Myriam Leroy
Myriam Leroy Journaliste, chroniqueuse, écrivain

20.45 BE 1

DE DANIEL LECONTE.

Ultime verdict de la justice française autour du procès intenté à Charlie Hebdo par la Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale: « Les caricatures poursuivies comme toutes celles qui figurent dans ce numéro de l’hebdomadaire ont, par leur publication, participé au débat d’intérêt général sur la liberté d’expression. » Le 12 mars 2008, était donc inscrit le point final d’une saga juridico-médiatico-philosophique débutée en février 2006 avec le relais, par Charlie Hebdo, de la reproduction de la douzaine de caricatures du prophète Mahomet publiées dans le journal danois Jyllands-Posten, et qui avaient suscité l’ire des intégristes musulmans du monde entier. Et aussi – et peut-être surtout pour certains -, le dessin, en Une du canard, d’un prophète se désolant: « C’est dur d’être aimé par des cons. » Ces cons? Les extrémistes, bien sûr! Bien sûr? Pas de l’avis des plaignants, pour qui ce cartoon signé Cabu assimilait tous les musulmans à des imbéciles.

JUSQU’AU-BOUTISME

Le journaliste Daniel Leconte a suivi pas à pas les ressacs de la vague « liberté-d’expressionniste » qui a à la fois porté et submergé Charlie Hebdo durant deux ans. Depuis la conception du numéro incriminé (que l’on devine reconstituée pour les besoins du film) jusqu’au défilé des témoins à la barre de la 17e Chambre du tribunal de grande instance de Paris, la plaidoirie des avocats, les débats tenus dans les couloirs du palais de Justice…

De ce documentaire haletant – bien que tout suspense ait été depuis longtemps évacué -, on retiendra certaines démonstrations brillantes et d’autres consternantes de simplisme – du genre « la moquerie est interdite par l’Islam ». On soulignera que la voix des plaignants était souvent peu construite, peu structurée. Et que, bien qu’à la lumière de l' »affaire Siné » et de certains comportements relayés par des journalistes de France Inter, il est désormais un peu malaisé de se représenter Philippe Val comme un héraut de la liberté d’expression en France, son jusqu’au-boutisme aura au moins permis une passionnante confrontation d’idées en France et ailleurs.

Myriam Leroy

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