Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Son premier album, collection épanouie de chansons douces et un peu amères, est à la fois touchant et radiophonique: Mademoiselle de Berry est la surprise-party de l’année.

J e me sens plus proche de Bourvil que de Carla Bruni. » Berry, trente ans, rit. Elle dégage la même impression de forte humanité que son album Mademoiselle aux aisances mélodiques fondantes. On évoque Mme Sarkozy plus pour le succès que ce disque de novice pourrait décrocher, que pour une quelconque inspiration stylistique. Encore que, Berry démoule ses histoires, laisse les mots y caresser blessures et mélodies avec la même sensualité jamais vaine.  » Je cite Bourvil parce qu’il fait partie des musiques de la maison bohême où j’ai grandi aux environs de Poitiers. Mes parents changeaient souvent de boulot mais la musique naviguait toujours entre Barbara, Dylan, Gainsbourg et Leonard Cohen. J’étais amoureuse de Bourvil. »

Elle sourit. Berry n’a pas le visage de pomme ridée de l’acteur français, mais ses chansons ont les mêmes pattes d’oie sentimentales. Le bonheur, Mademoiselle, Belle comme tout, Demain ne tutoient aucune de ces armes lourdes trop souvent braquées par la variété française. Pas de cris, beaucoup de sentiments. Il y a un peu de Françoise Hardy aussi dans la fraîcheur de ce répertoire d’une intimité absolue, parfois conjugué avec verdeur ( Enfant de salaud). L’ex-comédienne y respire sa nouvelle scène comme elle a croisé les planches du théâtre: « J e jouais Molière, Les Femmes savantes, je faisais des rencontres, j’avais l’impression de faire partie d’une famille. Pour moi, le théâtre hier ou les concerts aujourd’hui, c’est l’odeur du chaud des éclairages sur le parquet et sur la peau. Je prends la vie au quotidien parce que rien ne pouvait me dire que ces chansons aboutiraient à un disque, encore moins sur une major. »

Avec son copain africain Manou, Berry enregistre chez un troisième larron, Lionel Dudognon, dans un lieu retiré du Poitou. Berry et Manou écrivent dans la discrétion, fomentent des maquettes, taillent la route avec un seul critère: se faire plaisir, ne rien lâcher aux modes, creuser l’inspiration… » C’est toujours la rencontre avec la musique qui amène le déclic, comme dans Plus loin où trois notes de Manou ont ramené l’idée de la mort et du deuil d’une histoire proche. » Et puis, comme dans un improbable scénario, les chansons atterrissent chez une connaissance commune de crèche (!) qui travaille chez Universal. Le reste appartient déjà à l’histoire.

Sorti il y a quelques semaines, le disque provoque un buzz qui gagne les médias de qualité . Le Monde, France-Inter, Les Inrocks s’amourachent de Berry . Nous aussi. Tout le monde s’emballe sur cet album en partie enregistré à l’ICP, légendaire studio bruxellois. « Au printemps 2007, on est resté un mois à Bruxelles et on ne voulait plus en partir (rires). Tout était nouveau et il faisait beau. On était à l’ICP pour enregistrer des parties de basse, de batterie. Puis on est rentré chez Lionel, et on a enlevé certaines pistes de batterie pour les remplacer par les bruits originaux, des frappes sur des petits tabourets en skaï… » Une fille capable de transformer du synthétique en chansons organiques mérite notre plus profond respect.

PHILIPPE CORNET

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