Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Sexe, violence et politique. Koji Wakamatsu nous revient dans 2 coffrets passionnants, ancrés dans l’histoire du Japon, les désirs interdits, les frustrations existentielles et une violence explosive.

1. (Les Secrets derrière le mur, Quand l’embryon part braconner, Les Anges violés, Va va vierge pour la deuxième fois) 1 h 16, 1 h 13, 0 h 57, 1 h 06. Dist: Twin Pics. – 2. De Koji Wakamatsu. Avec Maki Sakai, Arata, Akie Namiki. 3 h 10. Dist: Twin Pics.

Avant de devenir cinéaste, il fut un mauvais garçon, fréquentant les yakusas et faisant même de la prison! L’enfant terrible du cinéma japonais s’est spécialisé dans le « pinku eiga », littéralement « cinéma rose », genre lancé dans les années 60 et faisant de l’érotisme un ingrédient essentiel. Un érotisme soumis à quelques restrictions basiques, mais libre de toute contrainte dans l’exposition d’une sexualité volontiers perverse et violente. Le rebelle Wakamatsu sut faire son miel des tournages express, des budgets minimalistes, et des codes du « pinku eiga », dans une suite de films fulgurants dont quatre sont réédités aujourd’hui dans un beau et passionnant coffret. Tournés entre 1965 et 1969, Les Secrets derrière le mur, Quand l’embryon part braconner, Les Angesviolés et Va va vierge pour la deuxième fois illustrent à merveille le propos subversif du réalisateur et son style aussi brillant qu’économe. Les interdits sont bravés, les crimes se font révélateurs, dans ces £uvres stupéfiantes de force et d’invention, où Wakamatsu expose sans fard les frustrations du jeune mâle nippon, fruits vénéneux d’une double pression venant de la tradition des rapports entre sexes et d’une impuissance politique née de la défaite militaire, de la sujétion au vainqueur américain (voir encadré).

Bain de sang

Editeur de ce remarquable ensemble, la société française Blaqout sort également le dernier film en date de Wakamatsu, un United Red Army projeté au Festival de Berlin 2008 mais resté inédit chez nous. Entre documentaire et reconstitution fictionnelle, le film évoque l’éclosion d’un mouvement révolutionnaire armé, équivalent japonais des Brigades Rouges italiennes et de la Rote Armee Fraktion allemande. Il relate ensuite, dans une suite de scènes éprouvantes, la manière dont ces jeunes gens s’entretuèrent, l’exigence d’autocritique dégénérant en lynchages et autres exécutions au sein même de groupuscules faisant moins de victimes au-dehors qu’en leur sein! Amer constat d’un Wakamatsu qui observe la dissolution de l’idéal communiste puriste dans un bain de violence et de sang. Comme si une logique implacable menait des crimes sexuels de ses films des années 60 à ceux, politiques, de ce dernier opus…

Louis Danvers

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