Foire du Livre: le point sur une édition 2021 en ligne et gratuite

Léonie Bischoff, Alain Damasio, Adeline Dieudonné, Erri De Luca, Florence Aubenas: quelques-uns des invités de l'édition 2021. © GETTY IMAGES / BELGA IMAGE
Nicolas Naizy Journaliste

Contrainte de se repenser, la Foire du livre de Bruxelles se vivra principalement sur les écrans. Une édition « hybride » pour prouver que le livre peut rassembler aussi en distanciel. Coup d’oeil sur le programme.

Tout avait été prévu pour qu’on puisse célébrer le livre ensemble malgré tout. Certes, les organisateurs de la Foire du livre de Bruxelles avaient déjà renoncé au salon sur quatre jours à Tour et Taxis, grouillant encore l’année dernière de 60.000 visiteurs aux portes du premier confinement. L’évolution de la pandémie et les mesures successives du Codeco avaient poussé l’équipe à repenser l’événement en un festival éparpillé dans Bruxelles, étalé sur une dizaine de jours et composé d’activités à jauge réduite retransmis en streaming. Finalement, seule la diffusion par écran reste d’actualité. L’enthousiasme n’a pas manqué à Marie Noble et ses collaborateurs qui ont profité de cette année exceptionnelle comme d’un laboratoire pour redéfinir ce rendez-vous du livre vieux de 50 ans tout en donnant de quoi envisager l’avenir un peu différemment.

Rencontres et du0026#xE9;bats mobiliseront quelque 250 autrices et auteurs belges et u0026#xE9;trangers. Avec la pru0026#xE9;sence notable d’Erri De Luca, invitu0026#xE9; d’honneur.

En ligne

Première innovation pour cette édition online: la création d’une « chaîne », un média vidéo entièrement dédié à l’événement et accessible via son site Internet. C’est là que se vivra la Foire du livre 2021, du 6 au 16 mai entre 10 et 21 heures, au gré des rencontres réaménagées pour les circonstances et des contenus plus insolites (murder-party participative en ligne, dragqueens conteuses, balade au cimetière, capsules diverses…).

Le « quartier général » est établi dans les locaux de KBR, la bibliothèque royale du Mont des Arts, où sera tournée une partie de la centaine de rencontres et débats qui mobiliseront quelque 250 autrices et auteurs belges et étrangers. Ils se voudront le reflet de l’actualité littéraire avec la présence notable d’Erri De Luca, invité d’honneur. Depuis Rome, l’auteur du recueil poétique Aller simple conversera avec Alain Damasio, écrivain de science-fiction; de quoi rapprocher deux regards engagés sur le monde contemporain. Parmi les autres temps forts, on compte aussi l’échange sur le fait divers comme terreau littéraire entre Florence Aubenas, la journaliste ayant une nouvelle fois frappé fort avec son livre-enquête L’Inconnu de la poste sur l’affaire Thomassin, et Dimitri Rouchon-Borie, chroniqueur judiciaire et lauréat du Prix Première pour son premier roman Le Démon de la colline aux loups.

Prix Goncourt 2020, Hervé Le Tellier pratique le détournement d’un avion dans L’Anomalie tout comme Clémentine Mélois détourne les romans-photos des années 1970 et 1980 dans Les Six Fonctions du langage. Deux livres pour une discussion autour de la contrainte avec ces deux membres de l’OuLiPo, l’Ouvroir de littérature potentielle. Ont répondu présent également l’indéboulonnable Amélie Nothomb et le tout aussi prolifique Eric-Emmanuel Schmitt, mais aussi la Belge Adeline Dieudonné qui vient de sortir son deuxième roman Kérozène, Victoire Tuaillon du podcast Les Couilles sur la table, la slameuse et poétesse Lisette Lombé (lire son interview), la Française Joy Sorman, le rappeur et néoromancier Gringe qui enrichissent encore la liste des invités.

Lettres helvètes et flamandes

La BD a toujours une place de choix avec notamment Bernard Yslaire (Mademoiselle Baudelaire) et Juanjo Guarnido (Blacksad, Les Indes fourbes) en têtes d’affiche du rayon 9e art. Sans oublier les signatures féminines que sont Alix Garin, autrice d’un premier roman graphique émouvant, Ne m’oublie pas, et Léonie Bischoff, qui a plongé magnifiquement dans l’oeuvre d’Anaïs Nin. Même si cette dernière est installée à Bruxelles, la dessinatrice née à Genève pourrait compter dans l’importante délégation helvétique, la Suisse étant le pays invité cette année. De mieux en mieux diffusée chez nous par les éditeurs locaux (Zoé, La Baconnière, Hélice Hélas, Atrabile…) et français, la littérature des cantons francophones jouit d’une belle vitalité qu’incarnent notamment Pauline Delabroy-Allard, Bruno Pellegrino, Elisa Shua Dusapin, Alain Freudiger ou le juge et sensation du thriller, Nicolas Feuz, tous à l’affiche début mai à Bruxelles.

La Foire n’en oublie pas pour autant les lettres flamandes avec lesquelles elle « flirte » depuis un petit temps. L’opération Flirt flamand, à l’image des applications de rencontre, entend ainsi réunir auteurs et autrices – et, dans la foulée, leurs lectrices et lecteurs – du nord et du sud du pays. Erigés en « couple » star de ce badinage littéraire, Thomas Gunzig et Lise Spit se diront symboliquement et poétiquement oui en clin d’oeil à un dialogue entre les deux grandes communautés nationales. De quoi se rapprocher par le livre, mission première d’une Foire différente mais toutefois tentante.

La Foire du livre de Bruxelles aura lieu en ligne du 6 au 16 mai et est 100% gratuite. flb.be

Présence en ville et à l’année

Mais que serait la Foire du livre sans ses dédicaces? Pas de panique, des séances de signatures se feront dans les librairies partenaires de la capitale. Avec les expositions dans les vitrines commerçantes et un gueuloir poétique dans les Galeries royales Saint-Hubert, elles seront les pavillons in vivo d’une édition qui « flirte avec l’hybride », pour reprendre les termes de Marie Noble, pour définir la première qu’elle a dû coordonner. Mais l’expérience vidéo devrait se prolonger toute l’année à travers le lancement d’un média en ligne « éditorialisé » sur le livre et les littératures, annoncent les organisateurs. Un pari que se lance un événement qui fait recette surtout sur ses exposants, mais qui, entre autres contenus, rendrait davantage visible une action sociale pérenne auprès de publics cibles (PMR, détenus, quartiers…). Le « salon du livre » continuera toutefois de mobiliser la majorité des ressources de l’asbl gestionnaire de la manifestation.

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