Récompensé ce jeudi après-midi par un jury de lecteurs encadré par le journaliste Laurent Dehossay (La Première), Le Démon de la Colline aux Loups de Dimitri Rouchon-Borie l'emporte face à neuf autres premiers romans, présélectionnés sur le volet par un comité de professionnels (journalistes culturels et libraires).
...

Récompensé ce jeudi après-midi par un jury de lecteurs encadré par le journaliste Laurent Dehossay (La Première), Le Démon de la Colline aux Loups de Dimitri Rouchon-Borie l'emporte face à neuf autres premiers romans, présélectionnés sur le volet par un comité de professionnels (journalistes culturels et libraires). "La Colline aux loups, c'est là que j'ai grandi et c'est ça que je vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire, c'est la mienne c'est comme ça." C'est par ces mots - ou presque - que débute la narration de Duke, depuis la prison où, adulte et désabusé, il va taper sa trajectoire chaotique sur une vieille machine à écrire prêtée par le directeur. De son enfance violentée à une famille d'accueil, en passant par une histoire d'amour tragique et deux procès (celui de ses parents et le sien), il n'aura de cesse d'essayer d'expulser hors de lui ce "Démon" qui semble entacher de noirceur le destin de ceux qu'il ronge. Les mots de guingois de celui qui n'a jamais reçu une dose complète d'amour mais plutôt l'effroi en héritage sont à la fois pudiques et en lutte et le lecteur est tour à tour en empathie et en asphyxie - à n'en pas douter une ambivalence qui aura impressionné le jury cette année. Ce cycle infernal du Mal, Dimitri Rouchon-Borie l'aura côtoyé de près, lui qui fréquente les tribunaux bretons comme chroniqueur judiciaire pour Le Télégramme et avait déjà publié Au tribunal - Chroniques judiciaires (Manufacture du Livre, 2018). Il aura vécu l'écriture de ce texte âpre comme en apnée, devant lui aussi exorciser les trop-pleins d'une pratique qui ne laisse guère de temps de reprendre son souffle face à l'horreur ni tout à fait le cadre suffisant pour l'empathie.Le Démon de la Colline aux Loups est par ailleurs un parcours éditorial comme il en arrive rarement pour un premier roman. Envoyé sous pseudo au Tripode par mail sur les conseils de l'auteur Frédéric Ciriez (Je suis capable de tout, Bettiebook, éditions Verticales) avec qui Dimitri Rouchon-Borie échangeait, le manuscrit a rapidement été évalué par l'éditeur Frédéric Martin, qui a repris contact dès le lendemain matin. Il s'agissait là de la seule tentative du primo-romancier d'être accepté par une maison. "Obtenir ce prix est pour moi un grand moment d'émotion Avec un premier roman, on ne sait jamais à quoi s'attendre", nous confiera l'auteur quelques jours avant l'annonce, alors que la nouvelle est encore sous embargo. "Je suis heureux que le jury soit composé de lectrices et lecteurs, qui arrivent avec leurs émotions, leur spontanéité...pendant longtemps, on est de notre côté, puis un jour le livre part, et il nous échappe et arrive chez des gens...et même jusqu'en Belgique (rires)! Rien que ça, c'est assez magique!"Sortir un premier roman dans un climat qui empêche d'aller le défendre en librairies devant un public déjà convaincu ou encore à convaincre n'est pas non plus anodin et Dimitri Rouchon-Borie espère pouvoir rattraper le temps perdu prochainement, même si, comme il le souligne, il reste d'autres voies: "Cela ne remplacera jamais une rencontre et un temps d'échange et de convivialité, mais reste tout de même les réseaux sociaux, en particulier Instagram où les lecteurs m'envoient des messages et réagissent en me disant combien ils sont touchés".Aujourd'hui, l'auteur continue à écrire sans vouloir tomber dans l'imitation de ce roman singulier, à effet sismique: "Maintenant que j'ai commencé à me libérer du réel, j'ai envie de continuer dans cette voie et d'explorer d'autres choses. Je n'ai probablement pas encore mesuré tous les effets de ce premier roman - mais cela m'a enraciné dans l'écriture: il y a des choses qui ne peuvent se dire que dans la fiction. Je me laisse le temps que les choses se mettent à nouveau en place, mais je ne pense pas revivre une expérience semblable à celle-ci, aussi impressionnante, aussi intense qui croisait plein de fils autant personnels que professionnels. J'essaie d'accepter cela."