Les rendez-vous du Vif/L'Express à la Foire du Livre de Bruxelles 2020
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Lors de sa présentation à la presse le 6 février, Marie Noble l'a tout de suite déclaré: ne venez pas lui demander ce qu'elle compte faire précisément à la Foire du livre de Bruxelles, la nouvelle commissaire générale ne le sait pas encore. Du 5 au 8 mars, elle entend surtout se promener dans les allées et discuter avec les exposants et les visiteurs de cette grand-messe qui a attiré l'an dernier quelque 72.000 personnes. "Pour moi, le moment de la célébration est important. Ce qui m'intéresse, c'est de créer du lien. Qu'est-ce qui va motiver les gens à venir dans un grand hall bruyant et chaud?" Arrivée début février, elle ne prendra effectivement le relais qu'en mai, succédant à Grégory Laurent, parti à la direction du service culture de l'ULB. Quand on la retrouve au siège de la Foire du livre, la nouvelle arrivante a les yeux rivés sur le plan de l'événement, on la sent impatiente d'y être. Marie Noble a l'expérience des grands rendez-vous culturels ayant promené ses compétences d'"accompagnatrice de projets" aussi bien à l'Atomium qu'à Bozar. Elle est passée aussi par la case politique de 2004 à 2007 à la tête du cabinet de Christos Doulkeridis (Ecolo), alors président du parlement francophone bruxellois. Définir cette germaniste de formation relève d'ailleurs de la gageure. Elle se dit elle-même "experte en rien", mais curieuse de tout. "Les artistes me font vivre", nous lâche cette grande lectrice, fan de Murakami et amoureuse de musique. Marie Noble a surtout porté le projet de Mons 2015 sur les fonts baptismaux dès 2007. Commissaire adjointe en charge de l'artistique, elle a coordonné les douze programmateurs pendant l'événement. "C'était un challenge colossal, celui de porter un vrai projet de ville. J'ai vraiment eu l'impression à ce moment-là que la culture était un outil de développement socio-économique. Et je sentais que ce projet était porté par des valeurs citoyennes avec en plus cette chance d'avoir eu les moyens pour les faire vivre." A l'écouter, la Bruxelloise considère l'aventure montoise comme fondatrice. Elle a gardé des liens avec ses coéquipiers, c'est en leur compagnie qu'elle crée au sortir de cette année folle Station, plateforme informelle d'experts (production, communication, design), à l'origine notamment du Picture! Festival, fête de l'illustration à Bruxelles. Le tout avec un goût certain, voire une ambition, pour la transversalité. Car une chose est claire pour Marie Noble, il faut que tombent les barrières toujours très rigides entre les disciplines artistiques. "Il y a tant de modèles culturels à inventer ou réinventer. Ce sont des lieux de vie et d'expériences que l'on recherche, où l'on vient pour se détendre, manger, voir un spectacle, faire une sieste littéraire, une promenade musicale. C'est aussi ça un festival, l'occasion de tester de nouvelles choses." Elle cite en exemple le projet Kanal comme lieu où les secteurs culturels ne sont plus considérés comme des "silos". Marie Noble entend inscrire cette dynamique dans les évolutions qu'a connues le salon littéraire ces cinq dernières années, instaurant d'abord la gratuité d'entrée et affichant ensuite une envie de sortir de ses murs tout en coordonnant les intérêts divers de ses exposants et de ses visiteurs. "La Foire du livre, c'est d'une part une activité commerciale avec des auteurs, des éditeurs et des distributeurs qui ont chacun une vue particulière du retour sur investissement qu'ils attendent de l'événement, explique-t-elle. Au-delà de ces considérations, le festival constitue surtout une fête de la lecture et du livre dans tous ses états. On peut l'imaginer de manière large et transversale avec une programmation culturelle en soi, tout en conservant un côté grande librairie. Les deux aspects doivent se nourrir." Pour ce faire, celle qui aime travailler en réseau entend jouer les intermédiaires entre les différents opérateurs culturels, comme les bibliothèques, qu'elle voit comme d'importants lieux de rendez-vous entre les lecteurs et les auteurs. Elle souligne le travail à l'année de Passa Porta, maison européenne des littératures qui a eu l'intelligence "de dépasser les enjeux communautaires et linguistiques du pays". Dans la conversation, un objectif émerge: faire de Bruxelles la capitale européenne de la culture en 2030, projet autour duquel elle aimerait mobiliser les énergies, forte de son expérience montoise. "Les candidatures doivent être remises en 2024. C'est demain!"