"Dans la classe, t'as perdu ta place. À cause d'un virus conçu en bonus. Maintenant, on n'a pas le choix. Il faut rester chez soi." La rythmique est post-(dance)punk, le morceau répétitif et contagieux. Comme taillé pour les fins de soirées underground auxquelles on n'a plus droit. Lyudmilla a neuf ans et demi. Elle a enregistré Le Virus l'an dernier au début du confinement avec son paternel, Nicolas Debroux, alias Stephen O'Maltine, le batteur barbu et carolo de Spagguetta Orghasmmond et Miss Tetanos. "La petite n'allait plus à l'école. Tout était fermé. Son prof filait des trucs un peu rigolos à faire à la maison mais c'était pas une vie. Un jour, sur le groupe Facebook de la classe, il a posté une vidéo de Calogero dans son appart. Un truc de confiné avec des paroles déprimantes. C'était super anxiogène, ultra glauque. J'ai écrit un commentaire genre "Il va tous nous enterrer". C'est pas possible de regarder un bazar pareil dans une période comme la nôtre... L'instituteur a répondu: "Il en faut pour tous les goûts"."
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"Dans la classe, t'as perdu ta place. À cause d'un virus conçu en bonus. Maintenant, on n'a pas le choix. Il faut rester chez soi." La rythmique est post-(dance)punk, le morceau répétitif et contagieux. Comme taillé pour les fins de soirées underground auxquelles on n'a plus droit. Lyudmilla a neuf ans et demi. Elle a enregistré Le Virus l'an dernier au début du confinement avec son paternel, Nicolas Debroux, alias Stephen O'Maltine, le batteur barbu et carolo de Spagguetta Orghasmmond et Miss Tetanos. "La petite n'allait plus à l'école. Tout était fermé. Son prof filait des trucs un peu rigolos à faire à la maison mais c'était pas une vie. Un jour, sur le groupe Facebook de la classe, il a posté une vidéo de Calogero dans son appart. Un truc de confiné avec des paroles déprimantes. C'était super anxiogène, ultra glauque. J'ai écrit un commentaire genre "Il va tous nous enterrer". C'est pas possible de regarder un bazar pareil dans une période comme la nôtre... L'instituteur a répondu: "Il en faut pour tous les goûts"." Alors Nico, il s'est dit qu'il allait faire un truc fun pour occuper sa progéniture et amuser ses condisciples... Assez fan d'Angèle, Lyudmilla joue du piano à l'Académie. "Ça a un aspect un peu figé. C'est pas ultra motivant pour apprendre la musique. J'ai perso commencé le solfège à 30 ans. Il y a un côté rébarbatif et chiant. Bref, je passe avec elle au Rockerill de temps en temps. Je l'ai emmenée voir un bout d'André Brasseur et elle aime beaucoup Le Prince Harry. Mais on n'avait jamais fait de musique ensemble." Beat disco, charley à contretemps et petite ligne de basse... Nico improvise. Le Covid s'invite dans les paroles. Disponible sur YouTube et Spotify, le mini tube est efficace. Les gamins fredonnent le morceau à l'école et le directeur appelle Lyudmilla "la chanteuse". À l'autre bout du Hainaut, un autre Spagguetta, Thomas Rasseneur, a été jusqu'à sortir un 45 tours avec sa progéniture. Sur la face A: Princess Ielena, sa fille, onze ans, Fleur de Crystal. Sur la face B: son gamin, Vvigo et une relecture du groupe de musique industrielle, bruitiste et expérimentale Throbbing Gristle. "L'idée de faire de la musique avec les enfants me trottait en tête depuis un bout de temps, explique la "chenille ouvrière" du Watermoulin, tanière du rock tournaisien. Ils apparaissaient déjà sur certains de mes disques, assuraient des choeurs sur des chansons de mes groupes: Unik Ubik, Spagguetta Orghasmmond, Bayacomputer... Je ne fais pas souvent de la musique avec eux. Je ne leur joue pas un truc à la guitare acoustique au bord du lit avant de dormir. Je suis pas un scout... Mais on fredonnait Fleur de Crystal avec Ielena depuis deux ans. On avait le "Dites-moi Dites-moi". Je lui ai demandé de penser à des trucs et on a terminé les paroles ensemble." Sur l'autre face du vinyle pressé à 324 exemplaires ("Tu en demandes 300 et ils t'en filent toujours un peu plus, comme à la boucherie"), son frère de huit ans s'attaque à un mythe. "Vvigo se prend des délires. Il y a eu Star Wars, la Première Guerre mondiale et puis Psychic TV. Il a accroché sur un de ses morceaux un peu enfantin dans la bagnole. Il a cherché des trucs sur Genesis P-Orridge et il est tombé sur une vidéo live de Discipline, un morceau de son autre projet Throbbing Gristle, où le mec se tape la tête contre des haut-parleurs. "Papa, papa, mets Discipline." Je lui ai proposé de l'adapter. On s'est bien marrés."En attendant, les mioches se sont davantage amusés à tourner leurs clips qu'à enregistrer leurs morceaux. "Ielena a commencé le violon il y a un an et Vvigo joue J'ai du bon tabac au piano. Mais je ne les force pas du tout. L'idée, ça reste de se marrer. De leur faire vivre une expérience musicale, de les sensibiliser. Or, chanter derrière un micro, c'est chouette cinq minutes mais refaire le truc dix fois, c'est autre chose. J'ai pas poussé le bouchon trop loin." Les enfants se sont occupés de leurs pochettes. "Ielena a fait elle-même un tour décoratif mais Vvigo avait un peu la flemme. J'ai été piocher des dessins par-ci par-là." Le petit stock est déjà bien parti. "Au début, j'étais tous les jours à la poste. J'ai reçu quelques commandes d'Angleterre, d'Allemagne, des États-Unis. Ça, c'est le public de Throbbing Gristle qui achète la moindre reprise. Mais j'ai aussi reçu pas mal de demandes de Flandre. C'est sans doute dû au charme exotique du français et au côté Lio. On m'a proposé des festivals à Gand et à Anvers pour Ielena. Mais ils veulent au minimum quatre ou cinq morceaux." Un album dans les tuyaux? "Si elle est en demande pourquoi pas, mais ils doivent d'abord s'occuper du jardin, du ménage et laver la voiture, se marre Thomas. Je déconne, hein. Je les exploite pas. Ils ont juste chanté, joué devant la caméra et fait un petit dessin." Récréation artisanale et underground. On est loin de la fabrique de stars à l'américaine. Dès les années 50, Disney et son Mickey Mouse Club capitalisaient sur des enfants invités à chanter à la télé. L'émission a amorcé la carrière des Britney Spears, Christina Aguilera ou encore Justin Timberlake alors âgés de onze-douze ans. Aux États-unis, dans la grande industrie du divertissement et le monde de la pop, on commence souvent sa carrière jeune. Très jeune. Billie Eilish a publié son premier single à quatorze printemps. Et quand Beyoncé signe un contrat chez Columbia Records avec ses Destiny's Child, en 1997, à l'âge de seize ans, ça en fait déjà sept qu'elle a été recrutée. Elle chante, rappe, danse et tente sa chance avec LaTavia Roberson et Kelly Rowland sous le nom de Girl's Tyme. Autres temps, autre échelle. Benjamin de la famille, le King of Pop Michael Jackson n'a que quatre ans lorsqu'il débute sa carrière de soliste au sein des Jackson 5 et il vient de souffler ses douze bougies quand la Motown le lance en solo pour répondre à la menace représentée par le jeune Donny Osmond, d'un an son aîné... À quatorze ans, Bambi a déjà sorti trois albums. Encore? Aveugle depuis qu'une infirmière a fait circuler trop d'oxygène dans sa couveuse, Stevie Wonder apprend le piano à sept ans, maîtrise la batterie et l'harmonica à onze et décroche à treize, avec Fingertips, le premier d'une longue série de tubes. Repéré qu'il a été par Ronnie White des Miracles et signé sur le label... Motown. Plus précoce que son idole Ray Charles, qui était déjà un vieux (quinze balais) quand sa carrière professionnelle a débuté dans un grand orchestre de Jacksonville. L'École des fans, les chorales d'église façon Petits Chanteurs à la Croix de Bois, The Voice Kids qui vend du rêve aux 6-15 et Kids United, les messagers de l'Unicef... C'est à ça qu'on pense généralement quand on associe les gosses à la musique francophone. Ou peut-être au destin tragique de Jordy. Le petit blondinet qui caracolait à quatre ans habillé d'un pampers en tête du Top 50 avec le fameux Dur, dur d'être bébé raconte dans son autobiographie comment son père aurait dépensé la totalité de ses bénéfices. À l'époque, son cas interpelle sur la situation des enfants stars, la protection de leurs intérêts financiers et leur équilibre psychologique lorsqu'ils sont en contact avec le monde du spectacle. Sa carrière aurait généré 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, dilapidés notamment dans l'ouverture en Normandie d'un parc de loisirs avec des "animaux miniatures" (La Ferme de Jordy). Le parcours de Vanessa Paradis est plus heureux. Après avoir marché sur les charts à quatorze ans avec Joe le taxi (son oncle, l'acteur et producteur Didier Pain, était son manager), la jeune femme collaborera avec Serge Gainsbourg, son amoureux de l'époque Lenny Kravitz, Bashung, M. et Brigitte Fontaine. Serge Gainsbourg, tiens, tant qu'on en parle. En 1984, sur son album Love on the Beat, Gainsbarre partage un duo avec Charlotte, alors âgée de treize ans. Lemon Incest fait évidemment scandale. "Je sais que le texte ne m'a pas choquée, commente-t-elle dans un documentaire bientôt diffusé sur France 3. Je comprenais la provocation évidemment. Mais ça ne m'a pas troublée. Je ne sentais pas avoir été mise en difficulté." La chanson parle de l'amour fusionnel d'un père pour sa fille. Le clip est provocateur mais les paroles, au-delà du jeu de mots un zeste-inceste, disent l'amour qu'ils ne feront jamais ensemble. "Encore aujourd'hui, je ne peux rêver plus beau témoignage."