L'un est à Sprimont moulé dans son tee-shirt Komplikations. L'autre est à Malmö où il passe autant de temps qu'il le peut. À eux deux, ils sont Le Prince Harry. Des punks qui aiment l'électronique et préfèrent les synthés aux chiens. Lionel Van Erck, alias Béton Mortel, et Snon Steffler, le souffre-douleur de l'Experimental Tropic Blues Band dans Spit'n'Split (film déjà culte qui joue allègrement avec la frontière entre le réel et la fiction), défendent à distance Be Your Own Enemy. Troisième album énervé, fabriqué entre la Suède, la campagne liégeoise et Paris. Le local de The Guilt, le studio Koko (ils habitent au-dessus) et les pénates de Frustration.
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L'un est à Sprimont moulé dans son tee-shirt Komplikations. L'autre est à Malmö où il passe autant de temps qu'il le peut. À eux deux, ils sont Le Prince Harry. Des punks qui aiment l'électronique et préfèrent les synthés aux chiens. Lionel Van Erck, alias Béton Mortel, et Snon Steffler, le souffre-douleur de l'Experimental Tropic Blues Band dans Spit'n'Split (film déjà culte qui joue allègrement avec la frontière entre le réel et la fiction), défendent à distance Be Your Own Enemy. Troisième album énervé, fabriqué entre la Suède, la campagne liégeoise et Paris. Le local de The Guilt, le studio Koko (ils habitent au-dessus) et les pénates de Frustration. "Je ne sais pas si on peut parler d'une scène synth punk, estime Lionel (voix, guitare, machines). C'est très éclaté. Le hardcore et le garage ont leurs labels, leurs festivals. Mais pour nous, ça reste toujours un style en marge dans une grande bulle post punk. The Guilt a une boîte à rythmes, un chant féminin. Un côté un peu plus rock. Frustration est plus cold wave, plus froid, plus années 80. Tous les groupes ont une identité assez claire et sont assez libres dans leurs influences. Ce qui fait qu'on va répéter chez ces gens et qu'on enregistre chez eux, c'est qu'on est tellement peu qu'on se connaît tous."La musique du Prince Harry ne sent pas franchement le soleil mais tout a commencé il y a un an, à La Réunion. "On allait jouer là-bas, retrace Snon (basse, machines). Et comme on ne donnait que trois concerts en trois semaines, on est partis avec des démos, des micros et des cartes sons." Ils y ont préproduit deux chansons. "On voulait se diriger vers quelque chose de plus électronique, embraie Lionel. On a mis la boîte à rythmes encore davantage en avant." "On a cherché quelque chose de plus simple. De plus direct aussi. Sur le disque précédent, on avait repassé les synthés dans des amplis. On avait fait plein de trucs un peu compliqués. Des chipotages de studio. Cette fois, ça ressemble davantage à ce qu'on joue en live. C'est aussi un disque plus maîtrisé et moins bordélique que le précédent. À l'époque, on venait d'acheter du nouveau matos parce que le batteur s'était barré."Depuis 2006 et sa naissance dans le bassin liégeois, le Prince Harry n'a jamais vraiment forcé le changement. Il est le fruit du mouvement. Des départs, des arrivées, des remaniements. À la base, Lionel avait monté le projet avec le bassiste de Seasick (ancêtre des Tropics). "On était partis sur un groupe garage et de vrais instruments. Mais, finalement, on s'était retrouvés avec un ordi. On était un peu dans le milieu des free parties. C'était l'époque d'ADULT., de l'electroclash..." Et l'énergie punk dans la musique électro, ça colle plutôt bien à son background. "Dès le début, Ben avait ce côté plus rock'n'roll et moi new wave électronique. Gérald, le batteur, le seul qu'on a eu, est arrivé davantage marqué par le punk alternatif français. On a toujours été, si pas dans le compromis, dans le joyeux mélange. On a aussi essayé d'être de bon goût. Ce qui n'est pas toujours facile. Ben est parti, Snon est arrivé avec des influences encore différentes. Des trucs du label Warp et compagnie qui correspondaient tout à fait au projet. Beaucoup de groupes, même si ce n'est pas toujours assumé, partent de l'idée de faire une copie de quelque chose qui existe déjà. Nous, nous n'avons jamais eu de modèle..."Entre les répétitions de Tache, la fabrication d'un nouveau Komplikations et une séparation pour Lionel ("J'étais pas au top; je dormais la journée et je buvais le soir"), des boulots de production et d'ingé son pour Snon (Duane Serah, O.S.H., VHS from Space, Showstar...), les deux potes ont pris le temps de se retrouver. Efficace, frontal (mentions spéciales pour Slave et Stares), Be Your Own Enemy fonce droit au but (façon Lukaku) et est peut-être bien le meilleur album du Prince Harry. Les raisons de son titre? "Je me souviens d'une époque où il n'y avait pas de téléphone portable. Les gens ne se parlaient guère davantage. Ils lisaient le journal dans le bus. Mais sans jouer les vieux réacs, j'ai quand même l'impression que les réseaux sociaux et les messageries instantanées peuvent vite pourrir les relations humaines. Tu es toujours un peu dans l'obligation de répondre aux messages assez rapidement. D'être tout le temps dispo. Je pense qu'on est dans une espèce de généralisation de la surveillance. Qui ne relève pas de Big Brother comme on l'imagine et le dit souvent. Mais plutôt d'un contrôle entre individus. Je m'étais par exemple énormément pris la tête avec mon ex-copine à cause de Facebook. Parce que j'avais parlé avec telle ou telle fille. Ça nous pèse. On se sent traqués. On se plaint d'ailleurs pas mal en général. Du fait qu'on est surveillés par Internet, écoutés par notre téléphone. Mais c'est en partie de notre faute. Tu peux très bien décider de ne pas être sur Messenger et WhatsApp. De ne pas toujours avoir en poche ce truc qu'on appelle smartphone..." Les limites du progrès, le rapport pernicieux aux ordinateurs et aux nouvelles technologies sont un thème récurrent dans l'oeuvre punk du Prince Harry. Sur Synthetic Love, le tandem évoquait par exemple la domination à travers la machine. Sur Be Your Own Enemy, dont la pochette est encore une fois signée Elzo Durt, un des morceaux est étrangement intitulé Traire Bart De Wever. "Lio avait besoin de sons. Ses mots sont comme un solo de guitare", explique Snon de manière très diplomatique... "Il y a aussi quand même cette idée de traire le pis gras de Bart De Wever qui nous prend pour ce qu'on est. Nous, en tout cas. De petits limaçons wallons qui nous accrochons à ces tétines flamandes qui nous nourrissent. Le titre, c'est pour se moquer de l'image qu'on a en général des Wallons vivant aux dépens des Flamands et d'en rajouter une couche." Le Prince Harry en tient une et c'est comme ça qu'on l'aime...