C'est un visage connu. Vous avez déjà probablement vu Aurelio Mattern au sein de Lucy Lucy, son premier groupe folk; ou dans les rangs de Paon, aux contours plus psyché; à moins que ce ne soit avec Sonnfjord, l'embarcation pop menée par sa soeur, Maria-Laetitia. Âgé aujourd'hui de 33 ans, il sort un premier EP perso, sous le nom d'Aurel. Cinq morceaux en tout, où l'on apprend notamment que le musicien aime les week-ends en caravane, les perruches, la SNCB. "J'habite à côté d'une gare, le rail passe au fond de mon jardin. Le premier mot de ma fille, c'était tchouk tchouk." Dès qu'il peut, Aurelio prend le train. Souvent, il utilise même l'arrière de ses titres de transport pour prendre des notes. Comme cette fois où, en remontant des toilettes d'un café bien connu de la place Flagey, à Bruxelles, un soir de fête, il se met à griffonner, un peu bourré: "L'escalier tourne toujours, y a trop de monde, trop de baskets blanches..." "Quelques jours plus tard, en remettant la main sur mon ticket, au fond d'une poche, j'ai relu ce que j'avais écrit. Je me suis dit: "Tiens, et si j'essayais de mettre ça en musique?"" Bizarrement, c'est la première fois qu'il essaie de caler du fr...

C'est un visage connu. Vous avez déjà probablement vu Aurelio Mattern au sein de Lucy Lucy, son premier groupe folk; ou dans les rangs de Paon, aux contours plus psyché; à moins que ce ne soit avec Sonnfjord, l'embarcation pop menée par sa soeur, Maria-Laetitia. Âgé aujourd'hui de 33 ans, il sort un premier EP perso, sous le nom d'Aurel. Cinq morceaux en tout, où l'on apprend notamment que le musicien aime les week-ends en caravane, les perruches, la SNCB. "J'habite à côté d'une gare, le rail passe au fond de mon jardin. Le premier mot de ma fille, c'était tchouk tchouk." Dès qu'il peut, Aurelio prend le train. Souvent, il utilise même l'arrière de ses titres de transport pour prendre des notes. Comme cette fois où, en remontant des toilettes d'un café bien connu de la place Flagey, à Bruxelles, un soir de fête, il se met à griffonner, un peu bourré: "L'escalier tourne toujours, y a trop de monde, trop de baskets blanches..." "Quelques jours plus tard, en remettant la main sur mon ticket, au fond d'une poche, j'ai relu ce que j'avais écrit. Je me suis dit: "Tiens, et si j'essayais de mettre ça en musique?"" Bizarrement, c'est la première fois qu'il essaie de caler du français sur ses mélodies. Et c'est une révélation. Le morceau deviendra Ah ouais, deuxième single du premier EP d'Aurel. Le projet est donc solo. Abonné jusqu'ici au travail collectif, le musicien a décidé il y a quelques temps déjà de larguer les amarres. "J'ai eu un petit ras-le-bol des compromis, de tous ces petits renoncements qu'implique la vie en groupe. Bosser avec d'autres provoque plein de chouettes choses, une émulation, etc. Mais c'est aussi un carcan. Dans Paon, par exemple, on était quatre potes, mais avec des univers très différents. C'était parfois difficile d'accorder nos violons. À un moment, j'ai juste eu envie de me retrouver dans ma chambre, et de faire douze chansons que j'aime, en les poussant jusqu'au bout." Après autant d'années passées au milieu des autres, cela n'est évidemment pas aussi simple. Comment trouver sa propre voie/x? Pendant des mois, Aurelio Mattern va expérimenter, tenter. "Si je réécoute le matériel accumulé pendant cette période, j'entends des choses très extrêmes. J'ai eu besoin de ça pour trouver mon centre à moi..." Entre-temps, le paysage musical a, lui aussi, évolué. Sans jamais avoir connu des succès monstrueux, les différentes formations d'Aurelio ont toujours trouvé un certain écho au sud du pays. Dès Lucy Lucy, en fait, il a pu embarquer dans le... train pop-rock, celui qui avait le vent en poupe au cours des années 2000, de Sharko à Girls in Hawaii. Aujourd'hui, l'air est toutefois un peu différent. Fini les groupes ("Ces trois dernières années, je n'en vois pas un qui a vraiment explosé"), place au rap et à des formats plus "urbains". "Soudainement, tout a basculé, vous n'êtes plus dans le coup. Cela a été assez perturbant..." À partir de là, il n'y a pas 36 options. "Soit vous vous braquez, au risque de passer rapidement pour un vieux con. Soit vous évoluez, mais en tâchant de rester vous-même." Cela tombe bien, c'est précisément la tâche à laquelle s'est attelé Aurelio. Pas question de s'inventer rappeur. Mais peut-être d'ouvrir quand même l'oreille, par exemple à Orelsan ou même les Bruxellois de L'Or du Commun, pour réaliser "le pouvoir des mots", l'impact que la langue française peut avoir. Et puis, malgré tout, il y a ces artistes hexagonaux, "qui ne trouvent pas spécialement de place en radio, mais qui proposent un truc très fort qui me fait vibrer". Des gens comme Flavien Berger, La Femme, Feu! Chatterton, L'Impératrice ou encore Odezenne. "Le jour où j'ai entendu Souffle le vent, j'ai eu un électrochoc." Aujourd'hui, Aurel est d'ailleurs signé sur le label parisien Alter K. Pour son premier EP, il a pu travailler avec l'ingénieur du son Perceval Carré, vu notamment aux côtés de L'Impératrice ou Isaac Delusion. Même si, en cours de route, le Covid s'en est évidemment mêlé... "Début mars 2020, je m'étais rendu à Paris pour effectuer des premiers essais avec Perceval Carré. Ça a directement super bien collé. Du coup, j'avais booké tout le mois d'avril pour avancer. Et puis le premier confinement est arrivé..." Le label décide alors d'envoyer à Aurelio tout le matériel nécessaire pour travailler chez lui. "On a pu bosser à distance, en s'envoyant des milliers de mails et de fichiers WeTransfer." Au final, la méthode fonctionne, presque mieux que prévu. "En tout cas, cela m'a plu. En me retrouvant seul, j'avais une totale liberté. Je n'avais pas le regard des autres pour me mettre la pression. Je n'ai jamais aimé enregistrer ma voix devant d'autres personnes, par exemple. Cette fois, j'ai pu le faire chez moi, à la coule, quand je voulais, comme je voulais." Lui qui a toujours eu un anglais "laborieux", "passant des heures sur Google Translate pour arriver à un résultat potable", est également soulagé de chanter en français. Même si l'exercice a demandé à être affiné. "Pondre une mélodie, un couplet, un refrain n'est jamais trop problématique. Par contre, trouver les douze phrases qui vont les habiller a toujours été plus compliqué." Les premiers textes restent encore très "écrits", forts dans la narration et la métaphore. "Ce qui ne m'allait pas trop." À force, il finit par trouver le bon ton. Moins ampoulé, plus direct. "J'adore partir de petites expressions, que j'entends dans la rue, chez le boulanger, ou dans le train (...). L'idée est d'avoir des paroles très "parlées", comme si je dialoguais avec un pote. À partir de là, c'est clair que je ne vais pas utiliser le passé simple, par exemple. La seule ambition, c'est de réussir à exprimer mon quotidien, qui n'est pas très différent des autres. On a un peu tous les mêmes envies, les mêmes peurs, voire les mêmes baskets blanches..."