"Chris Cohen"

Existe-il un destin familial? Une espèce d'inconscient qui nous clouerait à une place dont il est difficile de s'extirper? Si partir sur les traces de ceux qui nous ont précédés peut être malaisé, il faut parfois se libérer des emprises familiales pour vivre pleinement nos propres désirs. Pendant la fabrication de son troisième album solo, le...

Existe-il un destin familial? Une espèce d'inconscient qui nous clouerait à une place dont il est difficile de s'extirper? Si partir sur les traces de ceux qui nous ont précédés peut être malaisé, il faut parfois se libérer des emprises familiales pour vivre pleinement nos propres désirs. Pendant la fabrication de son troisième album solo, les parents de Chris Cohen ont divorcé après 53 ans de mariage. Son père avait passé la majeure partie de son existence dans le placard, cachant à la fois son identité sexuelle et diverses addictions. " Pour moi, c'était comme être libéré d'un grand fardeau. Comme si ma vie pouvait enfin commencer", raconte l'ancien guitariste de Deerhoof tour à tour croisé auprès d'Ariel Pink, White Magic et Cass McCombs. Écrit et enregistré sur deux ans dans sa Californie natale (il a pour la première fois dans sa carrière solo fait appel à des musiciens pour venir l'épauler), Chris Cohen est un disque intimement personnel et profondément autobiographique. Né dans une famille où les hommes, de génération en génération, cultivent le secret et masquent leurs aspirations, Cohen (les groupes The Curtains, Cryptacize) y revisite son enfance et ses tentatives d'attirer l'attention paternelle ( Song They Play), raconte comment son grand-père et son père se sont transmis leur vision du monde avec une grande distance émotionnelle ( Green Eyes). Musicalement et vocalement parlant, Chris se la joue doux à la Nick Drake ( Edit Out), s'aventure dans les dissonances du Velvet Underground ( House Carpenter) et rappelle le formidable John Cunningham. Un album hautement recommandable pour un artiste trop mal connu...