Personne n'ignore le penchant d'Archibald pour la bibine, l'un des running gags de la saga. Même sobre, ce marin d'eau-de-vie semble avoir toujours quelques grammes d'alcool qui traînent dans le sang. Pour le plus grand plaisir lexical des lecteurs, arrosés de jurons fleuris qui ne pourraient sortir d'un esprit totalement clair...

On a là une illustration du rapport singulier que l'art entretient avec la picole: entre tolérance amusée et bénédiction franche. Dans les BD comme dans les films, l'ivresse est souvent mise en scène pour son potentiel comique, festif ou désinhibiteur. Quelques scènes mémorables de la culture populaire, généreusement imbibées, en témoignent: le Petit Gibus initié à la goutte dans La Guerre des boutons, Blier, Lefebvre et Ventura se rinçant le gosier au "vitriol" dans Les Tontons flingueurs ou le tandem infernal Lhermitte-Balasko en roue libre dans Nuit d'ivresse.

Cet engouement de la fiction pour la cuite a trouvé un nouvel essor dernièrement dans les séries télé. Avec une armée d'ambassadrices pour le coup. Ce qui n'est pas anodin. Le Monde faisait récemment l'inventaire de ces séries assoiffées, de Cougar Town à The Queen's Gambit en passant par The Good Wife. Souvent des working girls traversant une mauvaise passe, ou alors de jeunes femmes émancipées qui expérimentent de nouvelles figures féminines tournant le dos aux catégories imposées par le patriarcat, soit la mère ou la putain.

Si l'alcool coule à flots dans la culture, c'est probablement aussi que, comme les produits stupéfiants, il a la vertu de stimuler, de libérer la créativité. Certains, à commencer par l'écrivain Charles Bukowski, en ont d'ailleurs fait un compagnon de route. L'auteur du Journal d'un vieux dégueulasse ne s'est jamais caché de puiser son inspiration au fond de la bouteille, cultivant à son corps défendant un romantisme autodestructeur qui enchaîne le génie à la déchéance -une image usée jusqu'à la corde par les rockeurs- et dont on peut mesurer la puissance poétique dans le spleenesque Sur l'alcool (Diable Vauvert) sorti il y a quelques mois, rassemblant des textes torchés sous influence.

L'artiste soûl jouit, dirait-on, d'une forme d'impunité. La prestation pitoyable du poète américain, complètement ivre, dans l'émission Apostrophes de Bernard Pivot en 1978 aurait dû s'apparenter à un suicide médiatique. Au contraire, elle a assis un peu plus sa réputation d'iconoclaste et d'emmerdeur. Une indulgence dont n'auraient certainement pas bénéficié à sa place un homme ou une femme politique, un scientifique ou un sportif.

Dans la vie comme à l'écran, l'alcool est un miroir grossissant, pas la lampe à huile contenant le bon génie. Celui qui croit autre chose n'est qu'un bachi-bouzouk.

Pour autant, les artistes ne sont pas aveugles et sourds aux ravages de l'alcool, loin de là. Une réalité sociale qui hante bon nombre de films, de romans, de BD (on a encore en mémoire la descente en enfer d'étienne dans Amères saisons d'Étienne Schréder). Avec ce paradoxe que si le cinéma, ou d'autres médiums, trouve dans l'éthylisme un formidable adjuvant comique (songeons au crescendo orgasmique de la soirée dans The Party de Blake Edwards), il est aussi le mieux outillé pour débusquer le malheur et l'angoisse existentielle qui se cachent souvent sous le coude qui se lève frénétiquement. On pense à ces films qui ont un coup dans le nez et transpirent la mélancolie, l'alcool servant à transcender une réalité terne, une impasse existentielle, comme dans Un singe en hiver d'Henri Verneuil, comme dans Husbands de John Cassavetes, ou comme dans le formidable Drunk de Thomas Vinterberg, sorti l'an passé, dans lequel quatre amis vont escalader toutes les faces, joyeuses et tristes, de l'ivresse. Dans la vie comme à l'écran, l'alcool est un miroir grossissant, pas la lampe à huile contenant le bon génie. Celui qui croit autre chose n'est qu'un bachi-bouzouk.

Personne n'ignore le penchant d'Archibald pour la bibine, l'un des running gags de la saga. Même sobre, ce marin d'eau-de-vie semble avoir toujours quelques grammes d'alcool qui traînent dans le sang. Pour le plus grand plaisir lexical des lecteurs, arrosés de jurons fleuris qui ne pourraient sortir d'un esprit totalement clair... On a là une illustration du rapport singulier que l'art entretient avec la picole: entre tolérance amusée et bénédiction franche. Dans les BD comme dans les films, l'ivresse est souvent mise en scène pour son potentiel comique, festif ou désinhibiteur. Quelques scènes mémorables de la culture populaire, généreusement imbibées, en témoignent: le Petit Gibus initié à la goutte dans La Guerre des boutons, Blier, Lefebvre et Ventura se rinçant le gosier au "vitriol" dans Les Tontons flingueurs ou le tandem infernal Lhermitte-Balasko en roue libre dans Nuit d'ivresse. Cet engouement de la fiction pour la cuite a trouvé un nouvel essor dernièrement dans les séries télé. Avec une armée d'ambassadrices pour le coup. Ce qui n'est pas anodin. Le Monde faisait récemment l'inventaire de ces séries assoiffées, de Cougar Town à The Queen's Gambit en passant par The Good Wife. Souvent des working girls traversant une mauvaise passe, ou alors de jeunes femmes émancipées qui expérimentent de nouvelles figures féminines tournant le dos aux catégories imposées par le patriarcat, soit la mère ou la putain. Si l'alcool coule à flots dans la culture, c'est probablement aussi que, comme les produits stupéfiants, il a la vertu de stimuler, de libérer la créativité. Certains, à commencer par l'écrivain Charles Bukowski, en ont d'ailleurs fait un compagnon de route. L'auteur du Journal d'un vieux dégueulasse ne s'est jamais caché de puiser son inspiration au fond de la bouteille, cultivant à son corps défendant un romantisme autodestructeur qui enchaîne le génie à la déchéance -une image usée jusqu'à la corde par les rockeurs- et dont on peut mesurer la puissance poétique dans le spleenesque Sur l'alcool (Diable Vauvert) sorti il y a quelques mois, rassemblant des textes torchés sous influence. L'artiste soûl jouit, dirait-on, d'une forme d'impunité. La prestation pitoyable du poète américain, complètement ivre, dans l'émission Apostrophes de Bernard Pivot en 1978 aurait dû s'apparenter à un suicide médiatique. Au contraire, elle a assis un peu plus sa réputation d'iconoclaste et d'emmerdeur. Une indulgence dont n'auraient certainement pas bénéficié à sa place un homme ou une femme politique, un scientifique ou un sportif. Pour autant, les artistes ne sont pas aveugles et sourds aux ravages de l'alcool, loin de là. Une réalité sociale qui hante bon nombre de films, de romans, de BD (on a encore en mémoire la descente en enfer d'étienne dans Amères saisons d'Étienne Schréder). Avec ce paradoxe que si le cinéma, ou d'autres médiums, trouve dans l'éthylisme un formidable adjuvant comique (songeons au crescendo orgasmique de la soirée dans The Party de Blake Edwards), il est aussi le mieux outillé pour débusquer le malheur et l'angoisse existentielle qui se cachent souvent sous le coude qui se lève frénétiquement. On pense à ces films qui ont un coup dans le nez et transpirent la mélancolie, l'alcool servant à transcender une réalité terne, une impasse existentielle, comme dans Un singe en hiver d'Henri Verneuil, comme dans Husbands de John Cassavetes, ou comme dans le formidable Drunk de Thomas Vinterberg, sorti l'an passé, dans lequel quatre amis vont escalader toutes les faces, joyeuses et tristes, de l'ivresse. Dans la vie comme à l'écran, l'alcool est un miroir grossissant, pas la lampe à huile contenant le bon génie. Celui qui croit autre chose n'est qu'un bachi-bouzouk.