En 2016, Fuocoammare, de Gianfranco Rosi, racontant le quotidien des habitants de l'île de Lampedusa ainsi que celui des migrants y ayant échoué, était le premier documentaire à remporter l'Ours d'or à la Berlinale. Deux ans plus tard, c'est en équipe réduite que le réalisateur italien s'est rendu au Moyen-Orient pour ce Notturno présenté à la Mos...

En 2016, Fuocoammare, de Gianfranco Rosi, racontant le quotidien des habitants de l'île de Lampedusa ainsi que celui des migrants y ayant échoué, était le premier documentaire à remporter l'Ours d'or à la Berlinale. Deux ans plus tard, c'est en équipe réduite que le réalisateur italien s'est rendu au Moyen-Orient pour ce Notturno présenté à la Mostra l'an dernier. Hanté ou habité par le concept de frontières, Rosi a arpenté celles d'Irak, du Kurdistan, de Syrie et du Liban. Autant de pays esquintés par les conflits, les invasions, le terrorisme, les dictatures aussi. Si la guerre n'apparaît pas frontalement à l'écran, elle reste pourtant omniprésente. Et quasi dès le début lorsqu'un groupe de femmes accompagne une maman brisée par le chagrin causé par la mort de son fils assassiné et torturé: "Je sens ta présence, mon fils. En touchant ce mur, je sens ton sang", dit-elle. Notturno fonctionne comme une mosaïque avec une dizaine de chroniques d'un quotidien âpre et rugueux. Comme si le temps était suspendu en attendant la prochaine déferlante de haine. La séquence avec les enfants victimes de Daech en Syrie est particulièrement secouante. On a beau savoir ici en Occident les saloperies commises dans les villages, voir et écouter des gamins expliquer en bégayant leurs dessins de décapitation, d'enfants frappés au bâton, brûlés à la plante des pieds, reste une expérience pas vraiment agréable. Gianfranco Rosi est un réalisateur pointilleux, qui privilégie les longs plans fixes et les cadrages au millimètre près. Sa tendance à embellir à tout prix est un peu embarrassante, surtout face à une réalité moins glamour qu'un coucher de soleil sur le Tigre et l'Euphrate.