Water Get No Enemy: quand les enfants-soldats deviennent des enfants-surfeurs

Enfants-surfeurs du Libéria, photo issue du documentaire Water Get No Enemy © Arthur Bourbon

À l’occasion de la journée de lutte contre l’utilisation des enfants dans les conflits armés, l’ONG WAPA a présenté le documentaire Water Get No Enemy, ou comment les enfants de la guerre du Libéria parviennent à oublier l’horreur grâce au surf.

À l’occasion de la journée internationale contre l’utilisation des enfants dans les conflits armés, l’ONG WAPA (War-Affected People’s Association) a mis en lumière le film Water Get No Enemy des surfeurs et vidéastes du sud de la France Damien Castera et Arthur Bourbon. Ce documentaire prenant et édifiant illustre la résilience et l’émancipation des ex-enfants de la guerre du Libéria grâce à la pratique du surf.

Affiche du documentaire d'Arthur Bourbon et Damien Castera - Water Get No Enemy
Affiche du documentaire d’Arthur Bourbon et Damien Castera – Water Get No Enemy© Almo Film & Hand Studio

Dans ce documentaire, les réalisateurs mettent le projecteur sur cette ancienne colonie américaine et trop peu connue d’Afrique de l’Ouest. Dans les années 90, le Libéria a essuyé deux guerres civiles consécutives provoquant la mort de 250.000 personnes et poussant 2 millions d’autres à quitter leurs foyers. Lors des deux conflits, les forces du gouvernement et les rebelles ont fait appel aux enfants-soldats dans leurs stratégies de guerre. On parle de 15.000 à 38.000 enfants au total.

Même si les deux Français traitent du sujet à travers quelques témoignages et un brin d’histoire, ce n’est pas l’objet de leur documentaire. « On raconte souvent la guerre, mais rarement la paix« , déplorait gravement Damien lors de la rencontre avec la presse avant projection du film. C’est pourquoi ils ont préféré traiter de l’après-conflit, de la reconstruction et de l’optimisme en allant à la rencontre des surfeurs qui ont pris possession des vagues de Robertsport, au nord-ouest du pays, près de la frontière avec la Sierra Leone. Là-bas, les enfants-soldats ont troqué leurs fusils d’assaut contre des planches de surf et ont appris à dompter les vagues et l’océan pour mieux se reconstruire.

Soigner les maux grâce au surf

Enfants-surfeurs du Libéria, photo issue du documentaire Water Get No Enemy
Enfants-surfeurs du Libéria, photo issue du documentaire Water Get No Enemy© Arthur Bourbon

Avec ce film, on en prend plein les yeux et on est touchés en plein coeur. On y découvre des enfants, devenus adultes maintenant, qui ont vécu le pire et qui parviennent à soigner leurs maux grâce au surf. Tous les surfeurs de Robertsport qui se sont confiés à la caméra de Damien et Arthur le disent assurément: « Lorsque je suis sur ma planche, j’oublie tout: la guerre, la souffrance, Ebola…« 

Water Get No Enemy évite le piège du documentaire de géopolitique trop barbant. Arthur, Damien et les enfants-surfeurs nous livrent des performances à couper le souffle sur un fond de musique qui déménage. Une chose est sûre, ces jeunes riders de vagues ont du talent! Les réalisateurs souhaitaient éviter de s’inscrire dans le style des documentaires « à l’américaine » où l’on ne fait que regarder des intervenants ou des images d’archive se succéder tout du long. C’est pourquoi les témoignages, bien que poignants, sont bien dosés et l’histoire du pays, elle, a été très brièvement illustrée par des animations. Cependant, on peut tout de même reprocher au film d’être un peu trop court étant donné qu’il ne dure que 47 minutes.

Ce documentaire s’adresse à un large public, c’est là que réside sa plus grande force. Les spectateurs déjà sensibles à la cause des enfants-soldats seront conquis par la résilience dont font preuve tous ces surfeurs et les amateurs de belles images, de sports extrêmes et… de surfeurs pourront eux en apprendre plus sur le Libéria.

Damien Castera au Kinograph pour la projection du documentaire Water Get No Enemy par WAPA
Damien Castera au Kinograph pour la projection du documentaire Water Get No Enemy par WAPA© WAPA

Le film a été projeté par l’ONG WAPA (War-Affected People Association) quelques jours avant le 12 février, journée contre l’utilisation des enfants dans les conflits armés. La structure lutte contre l’utilisation des enfants-soldats et pour leur réinsertion au sein de communautés renforcées. Elle apporte son soutien à des projets partenaires en République Démocratique du Congo, en Colombie, au Sri Lanka et en Ouganda. On compte plusieurs centaines de milliers d’enfants, filles et garçons de moins de moins de 18 ans, qui sont associés à un groupe ou une force armé, à travers le monde.

Nous retiendrons deux messages de Water Get No Enemy: l’optimisme qui transcende tous ces jeunes de Robertsport qui ont servi d’outils aux pires groupes armés et l’importance du sport dans la (re)construction et la réappropriation de son corps. À ce propos, lors de la soirée organisée par WAPA, Damien Castera et Jacques Borlée, le parrain et ambassadeur de l’ONG partageaient ces quelques mots en discutant avec les journalistes: « Le sport, c’est une école de vie, c’est exceptionnel […] ça leur permet de bouger et surtout d’éviter de ne rien faire de leurs journées. »

Afin de permettre aux jeunes du Robersport de continuer à partager leur passion avec les nouvelles générations, Damien Castera et Arthur Bourbon ont envoyé du matériel de surf qui leur permettra de fonder un surfclub sur place.

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Guillaume Picalausa

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