Le bon cru du 47e festival de Deauville

Down with the King ©
Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Fidèle à son credo, la 47e édition du Festival de Deauville a célébré avec panache le meilleur du jeune cinéma indépendant américain. Instantané en cinq coups de coeur qui sont autant de paris sur l’avenir.

Down with the King de Diego Ongaro.

Le fier triomphateur de ce cru 2021, c’est lui. Objet en apparence modeste mais porté par un désarmant sens de la comédie et une foi inébranlable dans la nature humaine, le deuxième long métrage de Diego Ongaro, Français exilé au fin fond du Massachusetts, repart de Deauville, sa plage aux planches, son casino, couronné de la récompense suprême du festival. Grand Prix mille fois mérité, Down with the King envoie à la campagne une star du rap game (l’excellent Freddie Gibbs) en pleine crise existentielle qui se découvre un goût inattendu pour la vie à la ferme. Évoluant de décalages discrets en jeux d’opposition jamais appuyés, le film évite tous les clichés et invente le motif sensible du bling-bling rural. Le roi est mort déprimé, vive le roi!

Red Rocket
Red Rocket

Red Rocket de Sean Baker.

Insaisissable anguille du circuit indépendant que cet incurable amoureux des marges qu’est le New-Yorkais Sean Baker. Unanimement conspué par la frange cinéphile de la rédaction de Focus il y a quatre ans pour le tristement complaisant The Florida Project, il divise cette fois radicalement avec une nouvelle plongée ambivalente dans l’Amérique white trash. Détesté par les uns à Cannes en juillet, son Red Rocket a ravi les autres à Deauville pour son portrait gonflé, tout en séduction rigolarde, d’un crétin manipulateur à la toxicité cartoon, ex-star du porno revenu se rouler dans la fange de son Texas natal dans l’espoir de se refaire au détriment des siens. Prix du Jury et de la Critique, le film ose le rire franc et coloré pour mieux dire la misère humaine.

Pleasure
Pleasure

Pleasure de Ninja Thyberg.

La Suédoise Ninja Thyberg a infiltré durant de longues années le milieu du porno américain avant de signer cette plongée sans filtre dans l’envers du décor de l’industrie du X, dont elle souligne et déconstruit tous les stéréotypes avec un aplomb teinté d’humour caustique. Entre salutaire sororité et violence insidieuse d’un milieu hyper hiérarchisé et concurrentiel, le film trouve le ton juste pour raconter la résistible ascension d’une jeune actrice ambitieuse bien décidée à gravir les échelons à la force de son poignet. Prix du Jury ex-aequo, Pleasure a le bon goût d’être bien plus qu’une simple fable morale ou un énième film-choc convoquant les excès qu’il entend fustiger. Pressenti à Gand, il devrait sortir en Belgique début novembre.

John and the Hole
John and the Hole

John and the Hole de Pascual Sisto.

Le formalisme clinique d’un Michael Haneke période Funny Games inspire d’évidence ce premier long métrage visuellement hyper maîtrisé s’invitant dans la vie d’un ado mal dans sa peau qui drogue les membres de sa famille bourgeoise avant de les retenir captifs au fond d’un bunker creusé sur leur propriété isolée. Cynisme et perversité sous-tendent ce récit d’apprentissage déshumanisé doublé d’un thriller psychologique à l’envoûtante étrangeté où l’on teste les limites du corps et de l’esprit dans une atmosphère glauque suintant le vide et l’ennui. Ajoutez à cela d’inconfortables enchâssements narratifs qui questionnent la nature même de ce qui est montré, et vous obtiendrez l’ovni beau-bizarre du festival. Prix de la Révélation de cette 47e édition.

Pig
Pig

Pig de Michael Sarnoski.

Alléluia, Nicolas Cage est bel et bien ressuscité! Trois ans après l’halluciné Mandy de Panos Cosmatos, l’acteur américain aux dérives les plus capillotractées confirme qu’il est encore capable du meilleur en vieil ermite crado dévasté par l’enlèvement de sa truie truffière. Lancé à la manière d’un pur petit film de genre sombre et stylé, Pig semble d’abord promis à une explosion de violence vengeresse au coeur d’une civilisation honnie avant de déjouer toutes les attentes et muter en récit de deuil méta qui cherche autant -sinon plus- à panser les plaies de Cage lui-même que du personnage qu’il incarne. Un objet singulier, étonnant, assez fou finalement dans la fragilité et l’apaisement vers lesquels il tend. Dans ce cochon, tout est bon.

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