En 2016, la radicalisation des jeunes a fortement inspiré le 7ème art

Layla M., en prise avec une réalité délicate et pétri de bonnes intentions. © DR
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Il aura fallu attendre 2016 pour que le cinéma soit rattrapé par la radicalisation des jeunes, son actualité brûlante pointant dans le paysage de la fiction.

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Certes, il y eut le suffocant Les Cowboys (2015), de Thomas Bidegain, le scénariste de Jacques Audiard, qui envoyait un père, flanqué de son fils, sur les traces d’une fille partie avec un candidat djihadiste, en quelque déclinaison contemporaine de LaPrisonnière du désert. Ou, plus loin de nous, l’excellent Les Chevaux de Dieu (2012), où Nabil Ayouch, auteur depuis de Much Loved, démontait la mécanique de l’embrigadement de gamins d’un bidonville de Casablanca, futurs martyrs des attentats de 2003. Il aura toutefois fallu attendre 2016 pour que le cinéma soit rattrapé par la radicalisation des jeunes, son actualité brûlante pointant à toute blinde dans le paysage de la fiction. Tellement brûlante, même, que Made in France, le film de Nicolas Boukhrief, devait être privé de sortie en salles, n’étant accessible, en France comme en Belgique, que sur plates-formes VOD. Le réalisateur de Va mourire et Cortex y mettait en scène un journaliste indépendant, infiltrant un groupe de jeunes radicalisés chargés de créer une cellule djihadiste pour semer le chaos à Paris – propos assurément raccord avec un présent dramatique, mais affaibli par un final plombé par les concessions au cinéma de genre.

Le ciel attendra : malgré son didactisme, une æuvre nécessaire.
Le ciel attendra : malgré son didactisme, une æuvre nécessaire.© DR

C’était ensuite au tour de Rachid Bouchareb d’expédier l’inoubliable Astrid Whettnall sur La Route d’Istanbul, à la recherche de sa fille, fraîchement convertie à l’islam, et partie avec son compagnon en Turquie avec l’intention de passer en Syrie. Soit, à hauteur du désarroi et de la solitude d’une mère, un film interpellant traquant la vérité humaine de la radicalisation. Curieusement, c’est le plus souvent au féminin d’ailleurs que le cinéma a choisi d’envisager cette dernière. Ainsi, dans Le ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar (Les Héritiers), entrecroisant pour sa part les destins de deux adolescentes, Sonia, au bord de commettre l’irréparable pour  » garantir  » à sa famille une place au paradis, et Mélanie, amoureuse jusqu’à l’aveuglement d’un  » prince  » rencontré sur le Web ; une oeuvre nécessaire, mais n’échappant pas au travers du didactisme démonstratif. Ou encore dans Layla M. , de la cinéaste hollandaise Mijke de Jong, qui suit les traces d’une jeune Amstellodamoise d’origine marocaine entraînée par le racisme et l’injustice ordinaires sur la voie d’un islam toujours plus fondamentaliste. Soit, là aussi, un film en prise avec une réalité délicate et sans nul doute pétri de bonnes intentions, mais quelque peu écrasé par son agenda. De la lourdeur, parfois, du cinéma à thèse, en dépit de son urgence incontestable…

Si, enfin, l’on associera à cette énumération le Nocturama de Bertrand Bonello, c’est parce que bien que s’en écartant… radicalement, le parallèle entre ce film et l’actualité récente s’impose, presque malgré lui. Un constat dont le réalisateur parisien, qui nourrissait son projet, expression d’un ressenti personnel, depuis six ans déjà, était d’ailleurs le premier à convenir :  » Une vérité, c’est que quand on veut faire un film contemporain un peu « politique » « , l’actualité est toujours plus rapide que vous « , confiait-il ainsi à Focus en août dernier. Nul doute, par ailleurs, que le climat ambiant ait déteint sur la perception qu’ont pu avoir les spectateurs d’une oeuvre mettant en scène des jeunes gens d’origines hétérogènes commettant des attentats simultanés visant des objectifs symboliques à Paris, en entretenant le flou sur leurs motivations. Soit, devant la caméra du réalisateur de Saint Laurent, une oeuvre résonnant avec le réel mais portée par l’élan souverain de la fiction, suivant une dynamique en deux temps chorégraphiant la montée d’adrénaline suivie du désenchantement. Et, tiraillé entre cinéma de genre et abstraction conceptuelle, un film à la fulgurance glacée cernant, dans un même mouvement, une tension générale –  » De toute façon, cela devait arriver « , observe Adèle Haenel le temps d’un caméo – et ce qui ressemble à la fin d’une époque. En phase avec le présent et tendu vers l’inconnu, ce monde en Nocturama restera assurément l’un des temps forts de 2016…

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