Critique | Cinéma

El Conde, un portrait hautement fantaisiste de Pinochet (Netflix)

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Titre - El Conde

Genre - Comédie noire

Réalisateur-trice - Pablo Larrain

Casting - Jaime Vadell, Gloria Münchmeyer, Alfredo Castro

Sortie - Disponible sur Netflix

Durée - 1h50

Critique - Jean-François Pluijgeres

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Pablo Larraín fait d’Augusto Pinochet un vampire ayant assouvi sa soif de sang sur le peuple chilien. Une satire en noir et blanc léchée mais inégale.

Deux axes principaux président à la filmographie du cinéaste chilien Pablo Larraín: la relecture critique et ouvertement acide de l’Histoire de son pays, avec un accent particulier sur les années sombres de la dictature d’Augusto Pinochet, au cœur de films comme Post Mortem ou No. Et les biographies décalées de personnalités aussi diverses que le poète Pablo Neruda, la Première dame des États-Unis Jackie Kennedy, ou encore la princesse de Galles, lady Diana Spencer. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que El Conde, son nouvel opus, opère la synthèse de ces deux tendances, le réalisateur s’y attelant à un portrait hautement fantaisiste de Pinochet (incarné non sans mimétisme par Jaime Vadell), brocardant le dictateur et son “héritage” dans une satire grinçante.

Internationale vampiresque

Pinochet, Larraín choisit d’en faire un vampire assoiffé de sang, manière de signifier que, pas plus que les créatures de la nuit ne disparaissent, les crimes des dictateurs ne s’éteignent, faute d’avoir été proprement jugés. Et d’adopter l’esthétique du cinéma gothique, El Conde baignant dans le noir et blanc superbe de la photographie d’Edward Lachman (collaborateur régulier de Todd Haynes). Les vampires étant présumés immortels, l’histoire de celui-ci débute en France où, sous les traits de Claude Pinoche, il aura l’occasion de lécher le sang de Marie-Antoinette à même le couperet de la guillotine, avant de se décider à combattre les révolutions. En quoi il ne manquera assurément pas de travail. Mais voilà, les années ont passé, et deux siècles et demi plus tard, Pinochet, s’il a continué, du fin fond de se retraite chilienne, à se repaître du cœur de ses victimes passé au mixeur par ses soins, est désormais bien fatigué. Las d’être unanimement considéré comme un criminel, et usé par les incessantes querelles familiales, ses enfants se disputant son héritage avec la même avidité qu’il a mise à vampiriser le Chili dans la foulée du coup d’État de 1973. Et d’aspirer au repos éternel…

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D’humeur mordante, Pablo Larraín fait feu de tout bois dans cette satire grinçante associant le dictateur et ses alliés occidentaux -la voix off est empruntée à… Margaret Thatcher- dans leur entreprise vampiresque. Un postulat qui, s’il se révèle très drôle par endroits -voir les échanges entre le dictateur et son majordome (joué par l’impeccable Alfredo Castro)-, ne s’en essouffle pas moins rapidement, le cinéaste se dispersant et étirant inutilement son propos sur pas loin de deux heures. Les plaisanteries les plus courtes étant les meilleures, le spectateur en vient à se désintéresser des exactions des Pinochet et consorts, même s’il y a bien là l’une ou l’autre fulgurance -comme les plans où le dictateur ailé plane dans la nuit de Santiago. Dispensable.

El Conde

De Pablo Larraín. Avec Jaime Vadell, Gloria Münchmeyer, Alfredo Castro. 1 h 50. Disponible à partir du 15/09 sur Netflix.

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