Critique | Cinéma

[critique ciné] Now/Here: rencontre de deux solitudes

Noa Tambwe Kabati, la révélation. © maximel ahousse

Rencontre avec le jeune comédien belge Noa Tambwe Kabati, tête d’affiche et véritable révélation de Now/Here, drame sensible du cinéaste flamand Peter Monsaert.

Now/Here commence avec les traits sombres et burinés de Koen De Bouw qui porte le début du film sur ses solides épaules. Intense et charismatique, l’immense comédien flamand occupe l’écran, l’envahit même. Au bout de quelques scènes, surgit Thierry. Contre toute attente, Noa Tambwe Kabati éclipse presque son aîné, déboulant avec une énergie à la fois contenue et irradiante. On y retrouve quelque chose du Matt Damon de Good Will Hunting, jeune homme blessé, aussi impulsif que mystérieux, et terriblement présent. Ici et maintenant.

Autant dire que l’on était curieux de rencontrer le jeune comédien, qui avait déjà joué dans quelques séries et dans Welp, slasher scout de Jonas Govaerts, avant d’obtenir son premier grand rôle dans le nouveau long métrage de Peter Monsaert. On retrouve chez lui la même lumière que l’on devine chez son personnage, arrivé au seuil d’une nouvelle vie. Il est encore sur un petit nuage, à la suite de la projection du film en ouverture du festival d’Ostende.  » C’était tellement plus grand que moi. J’avais l’impression de n’être pas vraiment là. »

La première publique, en présence de sa famille, lui a mis en quelque sorte le pied à l’étrier.  » J’ai toujours été fan de cinéma, c’est une passion que m’a transmise mon père. À 10 ans, j’ai vu une scène qui m’a bouleversé. C’était le début de Seven Pounds , avec Will Smith. C’est à ce moment-là que j’ai su ce que je voulais faire plus tard. » Inscrit lui-même dans des agences de casting, son père suggère à Noa de passer des auditions. Après tout, le jeune garçon n’a rien à perdre. Danseur de hip-hop, il connaît déjà un peu la scène. Il enchaîne alors les petits rôles, avant d’être appelé pour celui de Thierry.  » Quand j’ai reçu la confirmation que je pouvais passer le casting, j’étais très excité. Mais une fois sur place, cela ne s’est pas passé aussi bien que je l’aurais voulu. Mon partenaire de scène parlait mal le néerlandais, j’étais un peu désorienté. Je suis sorti assez dubitatif. Mais j’ai quand même été rappelé pour un deuxième, puis un troisième casting. »

Apprentissage sur le plateau

 » Quand j’ai lu le scénario, c’était une évidence: il fallait que je fasse partie de cette histoire, qui montre des hommes qui s’ouvrent à leurs sentiments. » Si Noa est très attiré par le rôle, le passage aux choses sérieuses n’est pas de tout repos. Il se prépare avec application et curiosité, essayant de comprendre les motivations de son personnage, dont la situation familiale et affective est fort éloignée de la sienne. Les premiers jours sur le tournage sont complexes.  » Koen est un très grand acteur en Flandre, une star! Quand j’ai appris que je jouerais face à lui, je l’ai pris de façon très décontractée, je trouvais ça plutôt cool. Mais le premier jour de tournage, c’était une autre affaire. Je trouvais le projet de Peter tellement beau et émouvant, Koen est un acteur tellement impressionnant. J’étais stressé à l’idée de devoir être à la hauteur. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, mais je me suis très vite senti mieux, grâce à leur bienveillance. » Rapidement, il multiplie les échanges avec le comédien et le cinéaste, discute inlassablement à propos du film et d’autres choses. L’apprenti acteur observe beaucoup, notamment Koen De Bouw au travail.  » La façon dont il entre dans son personnage, dont il s’approprie le scénario, m’a beaucoup enrichi. » Il admire la vulnérabilité que le comédien parvient à laisser affleurer et s’en inspire. Des petites choses et de subtils détails qu’il garde en mémoire pour la suite.

Car suite, il y aura. Noa Tambwe Kabati étudie au Kask, l’école des arts de Gand. Il a soif de jouer et d’écrire, au cinéma comme au théâtre. Nourri de culture anglo-saxonne et bien de sa génération, il admire  » les artistes pluridisciplinaires« .  » J’aime l’approche d’un Denzel Washington quand il dit: si tu tombes, ne tombe pas en arrière, tombe vers l’avant. » Quand on lui demande s’il se reconnaît dans le cinéma flamand, il admet que ce qui le frappe,  » c’est qu’il n’y a pas beaucoup de gens comme moi, qui ont ma couleur de peau. Et même quand il y a des acteurs ou des personnages racisés, le profil des auteurs est un peu toujours le même: des hommes blancs entre 40 et 60 ans. Il faudrait plus de diversité, toutes les diversités. » Et dans dix ans, il se voit où?  » Pfff, quelle question! Je me vois heureux, avec ma famille. Et au travail aussi, au cinéma ou au théâtre. Je veux surtout continuer à travailler! » Et c’est tout ce que l’on souhaite au cinéma belge.

[critique ciné] Now/Here: rencontre de deux solitudes

Now/Here

Cinq ans après LeCiel flamand, Peter Monsaert nous raconte avec Now/Here la rencontre de deux solitudes, celle d’un père sans enfant -André (intense Koen De Bouw) qui travaille sur des chantiers- et d’un enfant sans père -Thierry (Noa Tambwe Kabati, une révélation), jeune garçon paumé en quête d’identité. Presque malgré eux, ils vont s’épauler pour accepter leur vulnérabilité et surpasser leurs traumatismes. Le réalisateur s’offre le luxe rare de regarder les hommes pleurer. André et Thierry se dépêtrent dans des injonctions à la masculinité qui semblent les définir mais dont ils vont peu à peu se libérer, avec leurs moyens bien à eux. Entamé comme un drame social ancré dans un monde âpre du travail et de la débrouille qui broie les corps et les âmes, le film finit par trouver la lumière pour offrir à ses protagonistes d’autres possibles.

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[critique ciné] Now/Here: rencontre de deux solitudes

De Peter Monsaert. Avec Koen De Bouw, Noa Tambwe Kabati. 1 h 50. Sortie: 06/04. [***]

[critique ciné] Now/Here: rencontre de deux solitudes

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