[Critique ciné] Loro (Silvio et les autres), fascinante biographie subjective de Berlusconi

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

DRAME/BIOPIC | Dix ans après avoir croqué le portrait de Giulio Andreotti, l’homme fort de la Démocratie chrétienne italienne, dans Il Divo, Paolo Sorrentino s’attèle, dans Loro, à celui de Silvio Berlusconi, autre figure politique transalpine essentielle.

[Critique ciné] Loro (Silvio et les autres), fascinante biographie subjective de Berlusconi

Le leader sulfureux et controversé de Forza Italia, le réalisateur de Youth l’aborde à travers Loro (« Eux »), ceux qui gravitent autour de lui, sa cour et autres aspirants à en être, aimantés par l’attrait du pouvoir. Ainsi de Sergio Morra (Riccardo Scamarcio), souteneur alimentant les puissants en coke et prostituées pour assouvir ses ambitions, et décidé désormais à approcher de la lumière, l’étoile du « Cavaliere » (Toni Servillo) fût-elle en train de pâlir. Nous sommes en 2006 en effet et, en train de ferrailler pour retrouver les sommets, Berlusconi doit composer avec les défections de ses alliés, mais aussi avec la lassitude de sa femme, Veronica (Elena Sofia Ricci), épuisée par ses frasques et infidélités compulsives -« quand mon mari aime une chose, il en veut plusieurs« , ne peut-elle qu’observer dans une réflexion englobant tableaux, femmes et autres…

Gravitant autour de la personnalité multiple d’un Berlusconi vieillissant, Loro opère à plusieurs niveaux. Autant sinon plus qu’au politicien, c’est à l’individu que s’intéresse Sorrentino. Et de s’employer à le décrypter sous le masque cireux adopté par Toni Servillo pour la circonstance, en un portrait à géométrie variable, inventaire que Veronica ponctuera toutefois d’un constat sans appel: « Tu as bradé la culture, l’espoir, les femmes« . Et l’on en passe, leitmotiv d’un film enrobé d’un glacis funèbre que l’émotion ne perce que tardivement. Au passage, c’est aussi à la peinture de l’Italie et d’une époque que s’attelle le cinéaste, celle du bunga bunga et des parties fines peuplées de filles peu farouches et encore moins vêtues, de l’argent facile et de l’avidité sans frein, de l’arrivisme et de l’amoralité, du sex and drugs, à défaut de rock’n’roll. Quelque chose comme la quintessence du bling-bling aussi, résultant en un étalage de vulgarité sordide venue saturer l’écran, mais trouvant chez Sorrentino des accents d’une paradoxale beauté. Loro porte en effet résolument la griffe du réalisateur de La Grande Bellezza et de son cinéma baroque, sceau appliqué dès la scène d’ouverture, sidérante. Et si le film fascine, c’est autant par son tiraillement entre accomplissement esthétique et déliquescence morale que par la personnalité de celui qu’il dépeint. Soit une biographie subjective n’évitant certes pas les longueurs, mais cultivant tout du long une stimulante ambiguïté…

De Paolo Sorrentino. Avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio. 2h38. Sortie: 31/10. ***(*)

>> Notre interview de Paolo Sorrentino dans le Focus du 1er novembre.

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