Cannes: L’Iran, au féminin pluriel

Interdit de voyager à l'étranger, le réalisateur iranien Jafar Panahi n'a pas pu se rendre à Cannes. © AFP
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Après plusieurs films tournés dans des espaces confinés – jusqu’au magistral Taxi Téhéran, il y a trois ans d’ici -, Jafar Panahi embarque, avec Trois visages, pour le nord-ouest iranien, dans la partie azérie du pays dont il est lui-même originaire.

Tout commence lorsque Behnaz Jafari, une actrice célèbre, reçoit une affolante vidéo d’une aspirante comédienne implorant son aide pour échapper aux pressions familiales. Pressentant une manipulation, elle embarque néanmoins avec le réalisateur à destination du village de la jeune fille, histoire d’en avoir le coeur net.

La route est sinueuse, comme la ligne adoptée par un récit fascinant où le réalisateur convoque trois générations d’actrices – l’ancienne, à travers la légendaire Shahrzad, la présente avec l’épatante Behnaz Jafari et la future avec l’intense Rezaei Marziyeh. Et d’instaurer une solidarité féminine transcendant les époques face au mépris et aux entraves dont les actrices ont toujours fait l’objet, sous le poids notamment de traditions ancestrales encore bien ancrées dans les campagnes. Perspective embrassée avec acuité mais aussi légèreté – ainsi, lorsqu’il s’agit de porter un regard critique sur le pouvoir masculin -, dans un film modeste en apparence, mais n’en dressant pas moins un stimulant portrait de l’Iran au féminin pluriel.

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