Critique | Cinéma

Soy Libre: au nom du frère

3,5 / 5
3,5 / 5

Titre - Soy Libre

Genre - Documentaire

Réalisateur-trice - Laure Portier

Casting - 1h18

Sortie - 04/05

Avec ce documentaire qui suit son frère au plus près, Laure Portier signe un portrait sans concession de leur lien familial.

Un film de famille, mais pas que. Avec Soy Libre, Laure Portier s’essaie à un classique du cinéma documentaire, le portrait familial. Sur le papier, une évidence: le sujet est là, sous la main, l’intimité déjà créée, passé et passif sont partagés. Mais la forme n’est pas sans écueils, habilement contournés par la cinéaste qui fait de son portrait un moment de rencontre entre elle-même et son sujet, en même temps qu’avec le spectateur.

Dès le premier plan, Laure nous présente son frère, Arnaud. Il est dans un élan, il fonce dans la nuit sur son scooter. Laure s’accroche à lui, comme nous. Mais on est vite ramenés sur terre. Entre les murs de sa tour, Arnaud se présente. On comprend qu’il flirte avec une petite délinquance, fruit d’un déterminisme social qui le met en rage. Prisonnier de son quartier comme de ses origines -quand ce n’est pas des murs d’un centre fermé-, il aspire à un ailleurs. Alors Arnaud va partir, quitter cette France où il se sent étranger. Dans le sillage de sa sœur, parfois présente, parfois à distance, on le suit d’échappées belles en retours au bercail, dans sa quête de soi, comme un nouveau territoire à découvrir. C’est en partie la question que pose le film: qui serait Arnaud sans ces déterminismes? Comment aurait-il pu se réaliser?

© National

Bienveillance et questionnement

Le dispositif mis en place par Laure Portier nous entraîne au cœur de leur relation d’une façon extrêmement dynamique, les questions de l’autorité de l’œuvre et de l’identité du sujet étant intelligemment soulevées. Loin d’être l’objet du regard porté par sa sœur, (la caméra de Laure Portier d’ailleurs ne fait pas que regarder, on l’entend parler, on la sent écouter), Arnaud est le sujet de l’action, mais aussi en partie du récit, qu’il s’approprie tant et si bien que sa sœur finit par lui confier la caméra.

Il faut dire qu’Arnaud à la bougeotte. Grâce à de sérieuses mais subtiles ellipses, on reconnecte avec lui, là en Espagne, ici au Pérou, autour de moments forts qui nous permettent de le voir s’ancrer peu à peu, non pas tant géographiquement que mentalement. Et qui soulignent aussi l’évolution de sa relation avec sa sœur, s’inscrivant dans une bienveillance totale, mais aussi dans un questionnement, celui du regard sur l’autre. Ainsi quand Laure l’observe voler un scooter, il interroge son point de vue: “Tu filmes la violence pour impressionner tes babas cool de la culture?” Car malgré le lien indéfectible qui les unit, c’est aussi sa solitude qu’Arnaud offre à voir, quand il s’empare de l’objectif, mais aussi quand il rencontre celle de sa grand-mère, dans une scène bouleversante. Soy Libre, hymne à l’amour adelphique et à la liberté, s’inscrit dans le temps long, laisse le temps et la place au destin pour s’écrire, et offre un film de famille d’un genre nouveau.

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