[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine
[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine
[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine
[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine
[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine
[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine
[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine
05804312016-12-02 09:40:082016-12-02 10:52:50Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine

"Tenter de comprendre l'essence de Jack London, c'est comme essayer de saisir de la fumée, dit son petit-fils. Elle vous échappe des mains."

yesrmgimport newsgate2016-12-03 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-jack-london-une-aventure-americaine/article-review-580431.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-jack-london-une-aventure-americaine/article-review-580431.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] Jack London, une aventure américaine

Tour à tour vagabond, chercheur d'or, marin, militant socialiste passionné mais toujours écrivain, voyageur et aventurier, Jack London n'était pas un simple observateur. Il était au coeur de l'action. Créant un modèle qu'Hemingway et d'autres suivraient plus tard. Michel Viotte, à qui l'on doit notamment des documentaires sur Sinatra, Gabin, Ben Harper, Kerouac ou encore l'implication d'Hollywood dans la Seconde Guerre mondiale, avait déjà signé au milieu des années 90 Jack London, l'enfant secret du rêve californien. Pour commémorer la mort, il y a tout juste un siècle, le 22 novembre 1916, de l'auteur de Croc-Blanc, le Français brosse un nouveau portrait de ce grand et passionnant baroudeur emporté à 40 ans par une crise d'urémie.

Si London, né John Griffith Chaney, fut parmi les premiers Américains à faire fortune grâce à l'écriture, son entrée en ce bas monde survient dans les quartiers pauvres de San Francisco et tient déjà de la grande aventure. Passionnée d'astrologie et de spiritisme, sa mère fait tourner les tables et prédit l'avenir mais ne prévoit pas que l'homme qui l'a mise enceinte va s'en aller avant de connaître son fils. Elle tente d'avorter plusieurs fois et se tire une balle qui ricoche sur son front. Avant même sa naissance, Jack London est déjà un miraculé... Forcé très jeune de travailler pour permettre à sa famille de subsister, Jack est en lien direct avec la pauvreté, la classe ouvrière et prolétaire. C'est une vie de criminel (on le surnomme le prince des pilleurs d'huîtres) qui lancera sa vie d'aventurier. La chasse aux phoques et le récit que sa mère le pousse à écrire, dès son retour, pour un concours. Les voyages en hobo, clandestin sur les trains de marchandises. La prison (où il atterrit parce que sans-abri), l'unif (où il trouve les autres étudiants naïfs) ou encore son entrée dans le cinéma (bien avant les débuts d'Hollywood)... Jack London une aventure américaine se promène dans la vie trépidante d'un auteur à la plume accessible et pleine d'énergie, qui aimait raconter les laissés-pour-compte. Un vrai socialiste en même temps qu'un homme riche et heureux de l'être. Les photos se succèdent en rythme entre quelques scènes reconstituées (pas gênantes) et les interventions d'un professeur de littérature, de son biographe ou encore de son arrière-petite-fille... Passionnant.

DOCUMENTAIRE DE MICHEL VIOTTE. ****

Ce samedi 3 décembre à 20h50 sur Arte.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlJack LondonMichel ViotteBen HarperJohn Griffith Chaneydocumentaire
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
05782532016-11-28 11:34:542016-11-28 11:36:20Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPhilippe ElhemLaurent HoebrechtsPar Julien Broquet, Laurent Hoebrechts et Philippe ElhemMusiqueLeVif Focus

Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...

Sur son troisième album, Bruno Mars prolonge la fiesta d'Uptown Funk en piochant dans le r'n'b eighties. Ultra référencé donc, pas bien finaud, mais à peu près irrésistible. Avec également nos critiques des nouveaux albums de Thee Oh Sees, It It Anita, Sleigh Bells, Jim James, Yussef Kamaal, Charlie Haden, Manolo Cabras Quartet, Roberto Fonseca et Susana Santos Silva.

yesKevin Dochain2016-11-28 11:37:32http://focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-bruno-mars-thee-oh-sees-yussef-kamaal/article-review-578253.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-bruno-mars-thee-oh-sees-yussef-kamaal/article-review-578253.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Nos albums de la semaine: Bruno Mars, Thee Oh Sees, Yussef Kamaal...
Bruno Mars - "24K Magic"

POP. DISTRIBUÉ PAR WARNER. ** (*****)

En concert les 28 et 29/03, au Sportpaleis, Anvers.

Parfois, il faut savoir s'incliner. Déposer les armes traditionnelles du critique, et reconnaître que l'on s'est fait avoir. Promis, la prochaine fois, on vantera les mérites de ce nouveau projet islandais d'electronica ambient. Mais là, pour une fois, on ira au plus simple, voire à la facilité. Vous allez voir, ce n'est pas très compliqué, ce n'est même pas sale. Laissez-vous faire... Après tout, cela arrive à tout le monde de préférer un bon Quick à la dernière table tendance. Ce n'est pas forcément une défaite. Juste une simple parenthèse dans des temps troublés. Celle proposée par Bruno Mars est des plus savoureuses.

A vrai dire, de Bruno Mars, on avait toujours apprécié la vista pop, tout en gardant une certaine distance avec ce qui semblait malgré tout pouvoir déraper à tout moment, dans l'excès de sucre notamment, pas loin du tube Disney (Marry You). Et puis, il y a eu le Uptown Funk de Mark Ronson, sorti fin 2014, avec Bruno Mars dans le rôle de l'artificier funk. Cuivres (et choeurs) à la Earth, Wind & Fire, basse juteuse, outro jouissivement pétaradante: morceau sans prétention, mais tube majeur, il allait propulser Mars sur une autre planète. A cet égard, son nouvel album semble moins succéder à Unorthodox Jukebox, publié en 2012, qu'à la fiesta dance d'Uptown Funk. Opportunisme? Ou suite dans les idées, c'est selon...

24K Magic démarre par le single du même nom. Il n'est pas une copie d'Uptown Funk, mais plutôt sa suite. Tout aussi efficace, décomplexé, il est annoncé par une intro à la talkbox, façon Roger Troutman, avant de scintiller de mille paillettes funk. Vous pensez avoir repéré une odeur de Drakkar noir? Il faut voir alors le chanteur se promener dans les couloirs d'un hôtel-casino de Vegas, dansant avec ses poteaux, peignoir glitter et clapettes sur la moquette rembourrée. Est-ce que tout cela est vraiment sérieux? Non évidemment. Et c'est ce qui finit de rendre Mars sympathique.

Si Perm est une autre saillie r'n'b à la James Brown, l'essentiel de 24K Magic tourne surtout autour d'obsessions r'n'b très eighties, pas loin du new jack swing en cours ces années-là. On zappera facilement le Versace on the Floor, et son synthé millésimé 1988, au miel un peu trop dégoulinant. Finesse, par contre, n'aurait pas juré sur le Don't Be Cruel de Bobby Brown, tandis que la ballade Too Good To Say Goodbye aurait pu être produite par Babyface (en fait, elle est produite par Babyface).

A Honolulu, là où il est né et a grandi, Bruno Mars était notamment connu pour ses imitations du King Elvis Presley. Par la suite, il a souvent été présenté comme un clone de Michael Jackson. Il n'est donc finalement pas si étonnant que ça de le voir aujourd'hui enfiler encore un nouveau costume. Et cela, avec un enthousiasme qui manque souvent à d'autres revivalistes.

Ce n'est pas très inventif? Non, en effet -et c'est pour cela qu'on a mis une cote de 4. Mais le disque compense largement sur l'échelle du fun, où il vaut facilement un 10 ("Julio, serve that scampi", chante-t-il sur That's What I Like), allumant la mèche à défaut d'avoir inventé la poudre. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A4PgleR09JVnm3zY1fW3XBA" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe> Thee Oh Sees - "An Odd Entrances"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR CASTLE FACE/KONKURRENT. ***(*)

Trois mois et demi seulement après la sortie d'A Weird Exits, les inlassables et inarrêtables Thee Oh Sees lui offrent déjà un compagnon de route. Un petit frère qui malgré son nom similaire, An Odd Entrances, n'a rien d'un jumeau et emmène le paternel John Dwyer vers de nouveaux horizons. Enregistré lors des mêmes sessions que son jeune aîné, An Odd Entrances a l'humeur plus calme et le tempérament moins fougueux. Il barbote dans un psychédélisme doux et bredouille quelques gentilles et jolies pop songs (The Poem, At the End, Of the Stairs) comme Dwyer aime en truffer la fin de ses disques. Des sonorités jazz se sont glissées dans l'ADN du bébé qui finit, sans mordre, par piquer sa première crise (Nervous Tech). Six morceaux, dont trois instrumentaux, pour un mini-album nettement moins anecdotique qu'il n'y paraît. (J.B.)

<iframe width="100%" height="166" scrolling="no" frameborder="no" src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/285182736&color=ff5500&auto_play=false&hide_related=false&show_comments=true&show_user=true&show_reposts=false"></iframe>It It Anita - "Agaaiin"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR LUIK RECORDS. ***(*)

Le 02/12 au VK avec Cocaine Piss.

Après avoir enregistré un EP avec John Agnello, cocassement inititulé Recorded by John Agnello (l'humour belge, messieurs dames), les Liégeois de It It Anita s'en sont partis retrouver à New York cette pointure du rock chaussée entre autres par Sonic Youth, Male Bonding, Kurt Vile ou encore Dinosaur Jr., pour fabriquer Agaaiin. Fameux disque de noise sous tension qui renverra d'un coup de pied au cul dans les années 90. Quand Fugazi et At the Drive-In ne s'étaient pas encore séparés. Quand Thurston Moore faisait encore de la musique avec Kim Gordon. Quand les Pixies se montraient encore excitants et sauvages. Radical, bruyant, brutal et jusqu'au-boutiste (mais avec de vraies chansons), It It Anita crie sa rage et met la raclée à Metz... De quoi vous réconcilier dès la tornade 25 (From Floor to Ceiling) avec le revival nineties. (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A6QOnCwvvp84B8ROXUaCBFc" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Jim James - "Eternally Even"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR WARNER. ***(*)

Aux commandes de son groupe My Morning Jacket, l'Américain Jim James a réussi à constituer une discographie des plus attachantes, prenant au fil du temps une belle consistance. Creusant une sorte de rock psychédélique, gorgé de soul, My Morning Jacket publiait encore l'an dernier The Waterfall. Un septième album passionnant, qui prouvait qu'un groupe pouvait évoluer et bonifier avec le temps. Quelques mois à peine plus tard, James est déjà de retour, mais cette fois avec un effort solo. Il succède à Regions of Light and Sound of God, qu'il avait produit entièrement seul en 2013. Cette fois, il s'est adjoint les services de Blake Mills (connu notamment pour son travail sur le Sound & Color d'Alabama Shakes). Est-ce ce regard extérieur qui a permis à Jim James de rassembler et concentrer ses idées? Comparé à son prédécesseur, Eternally Even donne en effet l'impression de moins se disperser. Cela n'empêche pas les digressions: We Ain't Getting Any Younger, par exemple, est un long trip prenant, étalé sur plus de 9 minutes, où James ne prend la parole qu'en toute fin de parcours, dans la seconde partie du morceau ("The grave is always getting closer", ce genre).

Ici et là, le disque a été présenté comme le plus "politique" de Jim James. Certaines paroles l'attestent en effet ("If you don't vote, it's on you, not me"). Mais c'est encore la musique qui suggère le mieux l'état d'esprit du musicien. Dès l'entame, Hide in Plain Sight donne le ton du disque, mélangeant douceur et gravité, désenchantement et soul réconfortante. Au groove 100 % coton, vient ainsi se greffer la guitare grésillante typique de James. "Life goes on with or without you/But I hope you know I still care about you", assure-t-il, résumant bien la bienveillance du propos. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A36C2aKoHatN8ZQRmyW5z3z" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Sleigh Bells - "Jessica Rabbit"

POP. DISTRIBUÉ PAR LUCKY NUMBER. ***

La musique de Sleigh Bells a souvent constitué une véritable énigme (ou encore une sorte d'anachronisme, plus ou moins savoureux). Duo américain constitué de la chanteuse Alexis Krauss et du guitariste Derek E. Miller, Sleigh Bells s'est acharné jusqu'ici à pondre une noisy pop aussi catchy qu'encombrante. Après avoir publié trois premiers albums en trois ans, Krauss et Miller ont pris cette fois le temps de se poser. Ce qui leur a permis d'ouvrir un peu plus largement la palette sonore, mais sans vraiment adapter leur ambition, mêlant fulgurances soniques (Unlimited Dark Paths) et mélodies bubblegum (Crucible). Le résultat est à la fois intrigant, déstabilisant, mais aussi trop rarement convaincant. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A3AgkcecD3fx4iq9KQjGbqE" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Yussef Kamaal - "Black Focus"

JAZZ. DISTRIBUÉ PAR BROWNSOUND. ****

En concert ce 25/11, au Depot, Louvain.

Depuis Londres, le binôme Yussef Kamaal joint sa voix à la nouvelle génération de musiciens jazz, déterminés à creuser un groove rénové et aventureux.

On a beaucoup glosé ces dernières années sur le "retour du jazz". A raison. Non pas qu'il avait disparu de la circulation: même au nadir de sa popularité, le jazz a continué de livrer de grands disques, et n'a jamais cessé de produire des frissons musicaux. Le genre semblait cependant parfois coincé dans ses vieux réflexes, incapable de vraiment s'inscrire dans son époque ou de simplement la raconter.

Dernièrement, il a su cependant retrouver une voix dans la "conversation". Il n'est pas question de parler de revival ou de nouvelle révolution musicale. Mais en étant investi par une nouvelle génération plus ouverte aux autres genres, moins soumise à certains diktats traditionnels, le jazz a reconquis une certaine pertinence.

Jusqu'ici, le mouvement est surtout venu des Etats-Unis. Qu'il soit l'oeuvre de musiciens comme Kamasi Washington ou Thundercat, ou qu'il ait percolé dans les idiomes électroniques de Flying Lotus ou dans le rap de Kendrick Lamar. Petit à petit, la nouvelle donne a cependant fait tache d'huile. On pense par exemple aux Canadiens de BadBadNotGood, ou aux Belges de STUFF., pour n'en citer que deux. Avec le projet Yussef Kamaal, ce sont désormais les Britanniques qui intègrent le terrain de jeu. Un espace libre, aux limites mouvantes, poreuses à toutes les influences du groove. Où le jazz est moins une fin en soi qu'un moyen de traduire l'agitation et le chaos actuels.

L'acte de naissance de Yussef Kamaal en dit déjà beaucoup sur la nature du projet. C'est en 2015, à l'occasion d'une Boiler Room -session live filmée et diffusée sur le Net, et réservée généralement aux DJ's-, que Kamaal Williams (alias Henry Wu), aux claviers, invite pour la première fois le batteur Yussef Dayes. Tous les deux sont originaires du sud-est de Londres: ils n'ont pas pu passer à côté des radios pirates de la capitale, et de la manière dont la culture électronique y a muté durant ces deux dernières décennies, donnant naissance au grime, au dubstep, etc. Quand ils décident de collaborer plus avant, il est donc clair que leur musique reflétera aussi ces rythmes-là.

Cela ne veut pas dire que leur premier album en binôme, signé sur le label du gourou Gilles Peterson, est un disque pour les clubs, loin de là. A maints égards, Black Focus rappelle davantage le jazz-fusion seventies. Epaulé par Tom Driessler (basse) et Mansur Brown (guitare), le duo invite le saxophone de Shabaka Hutchings et la trompette du Cubain Yelfris Valdes sur le titre d'ouverture qui, passé l'intro planante, quasi "éthiopique", déroule un groove juteux. Hormis le très funky au carré Lowrider, le disque aime surtout s'étendre et improviser des atmosphères, laissant le piano électrique de Williams diriger la manoeuvre, entre pointillisme cristallin et dérapages contrôlés. A charge de Dayes d'injecter avec sa batterie la dose de nervosité et de tension nécessaire au morceau. Une formule somme toute assez simple, mais qui donne un premier album des plus bluffants. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A0CAXEcXpruvyGKSTjyLDNu" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Manolo Cabras Quartet - "Melys in Diotta"

JAZZ. EL NEGOCITO RECORDS eNR050 (elnegocitorecords.com) ****

Manolo Cabras, bassiste et compositeur de la totalité de l'album, propose dans ce disque généreux un post-bop qui devrait plaire aux amateurs des (meilleures) productions ECM navigant dans les mêmes eaux. Enregistré en quartette, Melys in Diotta est porté par ses solistes, le pianiste Nicola Andreolli (qui s'inscrit résolument dans les traces de monuments tels que Bobo Stenson ou Joachim Kühn) et le trompettiste Jean-Paul Estiévenart (lequel confirme ce talent protéiforme qui lui permet de passer, selon les titres, d'accents à la Miles à des explosions quasi free). La rythmique (où l'on retrouve le batteur Marek Patrman) n'étant pas en reste, nous ne serions trop recommander cette production d'un label belge bien trop méconnu. (PH.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A62ywiPKjhoWCOCnbV6rtIZ" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Roberto Fonseca - "ABUC"

JAZZ. IMPULSE! 92356 (Universal) ***

Huitième album du claviériste, ABUC s'inscrit toujours dans le Latin Jazz, version big band afro-cubain. Une musique qu'affectionnaient particulièrement Dizzy Gillespie et Charlie Parker, qui aimaient colorer le bop des rythmes et percussions du chef d'orchestre Machito, inventeur du genre dans les années 40. Certes, le jazz latin a connu de nombreuses variations au fil du temps et selon les pays, mais il reste toujours une musique qui se danse et se chante autant qu'elle ne s'écoute même si Fonseca, sa figure majeure aujourd'hui, tente d'en renouveler un peu figures et ambiances. Un effort respectable, mais dont les résultats ne sont pas toujours du meilleur goût -ce qui n'a jamais découragé les amateurs de cette musique "épicée". (PH.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A5X6dtrFMowH2z1x8QqHhoW" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Susana Santos Silva, Lotte Anker & Friends - "Life and Other Transient Forms"

JAZZ. CLEAN FEED CF379CD (intantjazz.com) ***(*)

Deux femmes respectivement trompettiste et saxophoniste d'un quintette où les hommes (à l'exception du pianiste) se voient relégués aux tâches secondaires (même si le "dépassement de fonction" relève de la règle du jeu), voilà qui n'a plus rien d'exceptionnel dans l'avant-garde du jazz. Susana Santos Silva est une trompettiste portugaise qui, comme la saxophoniste (soprano et ténor) danoise Lotte Anker, a beaucoup bourlingué avant d'émerger au premier plan de la musique improvisée. Les deux titres de ce CD, enregistrés live en Finlande par le combo (Sten Sandell, piano, Torbjörn Etterberg, basse, Jon Fält, batterie), propose une musique toujours intéressante même si (avouons-le) elle est loin de transcender les canons du genre. (PH.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A4Ce8U0oKf3AWj3ixCifkW0" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Charlie Haden/ Liberation Music Orchestra - "Time/Life: Song For the Whales and Other Songs"

JAZZ. IMPULSE! 84807 (Universal) ****

Fondé par Charlie Haden et Carla Bley en 1969, le Liberation Music Orchestra est resté fidèle aux idéaux politiques et militants qui l'ont vu naître. Grand brassage de couleurs et de nationalités, le big band a connu de longues périodes de sommeil mais s'est toujours réveillé pour soutenir les causes justes et les combats nécessaires: en l'occurrence, ici, celui de l'environnement. Les titres qui ouvrent et ferment Time/Life ont été captés au festival du Middelheim en 2011 (dont l'environnement était le thème) et sont les seuls où Haden (disparu en 2014) officie. Dans Blue In Green de Bill Evans, il se promène devant et derrière l'orchestre et ses douze musiciens (dont Carla, piano, Tony Malaby, sax ténor et Michael Rodriguez, trompette) alors qu'avec Song For the Whales, il recrée génialement, en usant de sa seule contrebasse, le chant des baleines. Après que l'orchestre et ses solistes ont pris le relais, il revient conclure le morceau avant d'en prolonger le message, de sa voix poignante d'éternel ado, par un plaidoyer en faveur de la nature et de ses créatures. Si les trois morceaux qui le complètent (avec Steve Swallow à la basse électrique) ne possèdent ni l'urgence ni la force émotionnelle des deux précités, ils mettent par contre magnifiquement en valeur la science des arrangements qui est celle de sa pianiste. (PH.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A16BFHpHOpmr3qXthpZX2BA" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.html23elhem-philippeJournaliste jazzElhemPhilippereporter/assets/126/avatar_64956.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-elhem-23.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-elhem-23.html25hoebrechts-laurentJournaliste musiqueHoebrechtsLaurentreporter/assets/88/avatar_45384.jpglaurent.hoebrechts@levif.behttp://focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlBruno MarsIt It AnitaJim JamesYussef KamaalCharlie HadenManolo Cabras QuartetRoberto FonsecaSusana Santos SilvaSleigh BellsThee Oh Sees
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
05754212016-11-22 10:07:582016-11-23 14:16:15Focus VifPas de parutionReviewArticlePhilippe CornetJulien BroquetLaurent HoebrechtsPar Julien Broquet, Laurent Hoebrechts et Philippe CornetMusiqueLeVif Focus

Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...

Ancienne assistante d'Alan Lomax, l'Anglaise Shirley Collins revient après 38 ans d'absence avec un joli disque folk qui traverse les siècles. Avec également nos critiques des albums d'Alicia Keys, Unik Ubik, Omni, Hope Sandoval, Common, A Tribe Called Quest, Gaye Su Akyol et Youssou N'Dour.

yesKevin Dochain2016-11-22 10:10:00http://focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-shirley-collins-common-a-tribe-called-quest/article-review-575421.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-shirley-collins-common-a-tribe-called-quest/article-review-575421.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Nos albums de la semaine: Shirley Collins, Common, A Tribe Called Quest...
Shirley Collins - "Lodestar"

FOLK. DISTRIBUÉ PAR DOMINO. ***(*)

Son parcours mouvementé et son timbre de voix si particulier rappellent Vashti Bunyan. A l'époque (au début des années 70), anéantie par son échec commercial, la chanteuse britannique découverte par le manager des Rolling Stones Andrew Loog Oldham, avait abandonné la musique pour s'en aller fonder foyer à la campagne. Mener une vie de paysanne hippie. Et se fondre dans un anonymat qu'elle ne quitterait que 35 ans plus tard adoubée par Devendra Banhart et Animal Collective.

Les figures tutélaires, la carrière avortée, puis l'improbable retour soutenu par une nouvelle génération amourachée... la vie de Shirley Collins a le même genre de casting et de ressorts scénaristiques que celle de la douce marraine du freak folk. Née à Hastings, dans le Sussex, le 5 juillet 1935, Shirley Elizabeth Collins grandit dans une famille mélomane. Papa est livreur de lait. Maman bosse dans des bus et des usines. Il n'y a pas grand-chose à faire à la maison. Alors chez les Collins, on chante. De préférence de vieilles chansons traditionnelles. En 1954, Shirley fait à Londres la connaissance du musicologue Alan Lomax qui fuit en Angleterre la chasse aux sorcières McCarthienne. Ils vivent et voyagent ensemble. Elle devient même son assistante et racontera dans un livre (America Over the Water, 2005) ces enregistrements dans des communautés religieuses, des prisons et des camps de travail redécouverts grâce au film des frères Coen: O Brother, Where Art Thou? En marge de ces grandes aventures, Collins enregistre ses deux premiers albums en 1958 et s'y accompagne au banjo avant de devenir dans les années 60 l'une des voix, audacieuses, d'un folk qu'elle aime "traditionnel". Ce folk, Collins le mène sur des chemins de traverse. Elle signe son disque le plus célèbre, Folk Roots, New Routes, avec le guitariste à tête chercheuse Davy Graham quand elle n'enregistre pas des albums avec sa soeur Dolly au piano comme cet Anthems in Eden où elle raconte l'Angleterre rurale après la Première Guerre mondiale.

En 1978, son mariage avec Ashley Hutchings de Fairport Convention bat de l'aile. L'actrice qui lui a piqué son mari assiste à des représentations de Lark Rise auxquelles Collins participe. Des premières loges et dans des pulls d'Hutchings. Shirley en perd la voix. Elle souffre de troubles de la parole (dysphonie) et disparaît de la circulation. Elle travaille au magasin du British Museum et tient un établissement Oxfam à Brighton (liste non exhaustive) jusqu'à ce qu'un fan, David Tibet, la réquisitionne début des nineties pour apporter sa touche à quelques disques de Current 93. Malgré les craintes et les doutes, il parviendra même à la faire remonter sur scène (c'était il y a deux ans).

Si une triple compilation, Shirley Inspired..., sur laquelle figurent notamment Graham Coxon et Angel Olsen, est sortie en 2015 pour commencer à financer un documentaire qui racontera son histoire, Lodestar est le premier album de Collins depuis 38 ans. Un recueil de chants anglais, américains et cajuns piochés entre le XVIe siècle et le milieu du XXe. On cherche parfois où sont les troubadours quand on ne se demande pas où se cachent les cowboys. Un disque de folk bercé par des chants d'oiseau qui voyage dans le temps (ancien) et traverse les époques. (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A2Yppuqy2u5rRUYeSLuju7r" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Unik Ubik - "Maximum Axis"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR LOVE MAZOUT, CALAMITI TANDORI, ROCKERILL RECORDS ET HOVERCRAFT RECORDS. ***(*)

Le 17/11 à la Maison des Cultures de Saint-Gilles.

Ubik... uité, Unik... ta mère. Quand il n'est pas le Charly Oleg rigolo à la moustache porno de Spagguetta Orghasmmond ou le DJ/tenancier fracassé du Water Moulin, Thomas Rasseneur agite (entre autres) l'esprit fêlé et débridé d'Unik Ubik. Deuxième album de ces "punks" sans chien de l'Eurométropole, Maximum Axis suinte l'adoration pour The Ex et ses accouplements avec la scène éthiopienne. L'amour du post-punk, du jazz (éthio forcément), du monde et de ses musiques. Mais la bête dégage d'autres vapeurs encore. Notamment celles d'un rock en français qui colle mieux au gainsbourgien Petonk (un Gainsbarre qui se serait perdu à Addis-Abeba) qu'au dispensable Nenuphars, tentative punk poétique et seul déchet de ce disque enflammé. (J.B.)

<iframe style="border: 0; width: 100%; height: 120px;" src="https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3900359222/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/tracklist=false/artwork=small/transparent=true/" seamless><a href="http://unikubik.bandcamp.com/album/maximum-axis">Maximum Axis by UNIK UBIK</a></iframe>Omni - "Deluxe"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR TROUBLE IN MIND. ***(*)

Trio d'Atlanta formé par deux Carnivores et un ancien guitariste de Deerhunter (Frankie Broyles a abandonné l'an dernier ce drôle et rachitique chasseur de cerfs qu'est Bradford Cox), Omni avait sorti un album en juillet sans qu'on n'y prête vraiment attention, la caboche embrumée par le bourdonnement incessant de l'été festivalier. Mélodieux et lo-fi, Deluxe mérite bien mieux que l'accueil timide et discret dont il a fait l'objet. En dix courtes vignettes, les Américains donnent un petit coup de jeune à Magazine, The Clean et Wire (c'est d'ailleurs le titre d'une chanson). Réveillent le Jonathan Richman et le Feelies qui sommeillent en vous. Un disque pop et sépia de post-punk qui aurait abandonné le noir et blanc pour la couleur. (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A6i1BbUp2bTavuxlxC59tzS" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Alicia Keys - "HERE"

SOUL. DISTRIBUÉ PAR SONY. ***(*)

Dès le départ, Alicia Keys a représenté une sorte d'antidote aux paillettes d'un certain r'n'b "bling bling". En 2001, au moment où la New-Yorkaise sort son premier album (le carton Songs In A Minor), elle n'a encore que 20 ans, mais passe déjà pour une chanteuse mûre, peu intéressées par les artifices mielleux de la soul romantique. Au fil du temps et des succès (15 Grammy, 35 millions d'albums vendus,...), Keys s'est cependant aussi construit l'image d'une star parfois un peu distante, aussi douée et inspirée que très professionnelle. Avec HERE, son sixième album, le premier depuis Girl On Fire sorti en 2012, il s'agit donc de fissurer un peu l'armure. Comme elle l'avait laissé entendre en affirmant avoir abandonné tout maquillage (pour protester contre "la tyrannie de l'apparence imposée aux femmes"), Alicia Keys a décidé de se présenter telle qu'elle est, au naturel, sans "fard". Ce qui la pousse en effet à ne plus courir derrière une sorte de perfectionnisme vocal, déliant son chant, le rendant plus rauque. Plus encore que d'habitude, elle se penche sur certaines thématiques dans l'air du temps, du mouvement Black Lives Matter évidemment au mariage homosexuel (Where Do We Begin Now). Certes, l'authenticité et le naturel de la démarche restent malgré tout encore un peu surjoués par l'intéressée. HERE réussit cependant le pari d'une proposition soul engagée et, à défaut d'être complètement originale, éminemment personnelle. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A5M31iLPzYuYxkpSO5tBOMN" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Hope Sandoval & The Warm Inventions - "Until the Hunter"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR NEWS. ***(*)

Aussi improbable que cela puisse paraître, Hope Sandoval a fêté cette année ses 50 ans. Figure centrale du groupe Mazzy Star, réactivé en 2013 après quinze années de silence, l'Américaine continue d'incarner un rock hanté, porté par un grain de voix reconnaissable entre mille. Sous l'appelation Hope Sandoval & The Warm Inventions, elle sort aujourd'hui le troisième album du duo qu'elle forme avec l'Irlandais Colm Ó Cíosóig (membre de My Bloody Valentine). Evoluant dans une espèce de ouate sonore, Until the Hunter est un nouveau coup de maître, enchaînant les langueurs folk (les neuf minutes d'Into the Trees) avec une élégance folle, ne brisant le fil du spleen qu'à de rares occasions (I Took a Slip). (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A72uDE3xlSwejX3iYZqWTWU" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Common - "Black America Again"

HIP HOP. DISTRIBUÉ PAR DEF JAM/UNIVERSAL. ****

Exaspéré par la situation de la communauté afro-américaine aux Etats-Unis, le rappeur Common sort un onzième album vibrant, carburant autant à la colère qu'à l'espoir. What's going on?...

C'est l'un des paradoxes des huit ans que Barack Obama a passés à la tête des Etats-Unis: avant même l'arrivée de son successeur, autrement plus polarisant, il aura fallu un président noir pour que l'Amérique se retrouve à nouveau en proie aux tensions raciales. Qui aurait cru par exemple, en voyant arriver au pouvoir un démocrate métisse, qu'un mouvement baptisé Black Lives Matter verrait le jour? Le collectif s'est monté en réponse aux violences policières et autres dérapages, touchant plus particulièrement la population noire.

Dans la foulée, il a été accompagné de sa propre "bande-son". Les artistes afro-américains n'ont en effet pas manqué d'apporter leur voix au débat. Les exemples n'ont pas manqué ces dernières années, lame de fond donnant naissance à quelques disques marquants -de D'Angelo (Black Messiah) à Kendrick Lamar (To Pimp a Butterfly). D'aucuns diront même que la démarche est devenue un exercice imposé. S'agissant du rappeur Common, on ne pourra cependant pas lui reprocher de prendre le train en marche. En 2014 déjà, l'album intitulé Nobody's Smiling revenait sur les événements et, plus largement, la vie dans le ghetto. Celui qui est né et a grandi à Chicago -la ville d'... Obama- se faisait le relais d'une population afro-américaine en colère, et cela avec une inspiration renouvelée, pointant les problèmes sans pour autant tomber dans la démagogie facile.

A cet égard, le nouveau Black America Again poursuit la tâche, reprenant le débat là où Common l'avait laissé. Sur la pochette, le portrait sombre de Nobody's Smiling a laissé place à celui de deux femmes dont les cheveux paraissent en feu -comme un indice supplémentaire que l'identité noire se cristallise, aujourd'hui plus que jamais, autour de la coupe à arborer, afro naturelle ou défrisée et lissée (écho au Don't Touch My Hair de Solange, sur son dernier album). Produit par l'impeccable Karriem Riggins, rappelant régulièrement la maestria d'un J Dilla, le onzième disque de Common s'abreuve à tout ce que la great black music a pu produire, de la soul au funk en passant par le jazz (l'interlude On a Whim). Puisque le but est bien de rapporter ce qu'a été (Pyramids, Letter To the Free, revenant sur le 13e amendement abolissant l'esclavage), et ce qu'est encore aujourd'hui l'expérience afro-américaine. Le morceau-titre est un bon exemple. Démarrant au quart de tour -"Here we go, here, here we go again/Trayvon'll never get to be an older man", référence à l'ado noir de 17 ans abattu par un membre d'une milice privée en 2012-, il sample la voix de James Brown et invite Stevie Wonder à rejoindre le débat. "You put a nigga in Star Wars/Maybe you need two/ And then, maybe then we'll believe you", glisse notamment Common, résumant bien l'atmosphère générale du disque, exaspérée et remplie de colère. Mais aussi combative et volontaire, loin de toute lamentation geignarde. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A0UmaEXiXAC1UAxHpy9dEMZ" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>A Tribe Called Quest - "We Got it from Here... Thank You 4 Your Service"

HIP HOP. DISTRIBUÉ PAR SONY. ****(*)

Voilà un disque que l'on n'avait jamais réellement osé espérer. Durant les années 90, A Tribe Called Quest a livré l'une des discographies les plus essentielles de l'histoire du rap, démontrant à ceux qui en doutaient encore, que le hip hop pouvait accoucher de chefs-d'oeuvre intemporels (The Low End Theory). L'aventure ne dura cependant qu'une décennie. Par la suite, le trio formé par Q-Tip, Phife et Ali Shaheed ne se retrouva qu'à l'occasion de l'une ou l'autre tournée. La scène finit cependant par remettre le projet sur les rails. Miné par la maladie (il décédera en mars 2016), Phife aura encore eu le temps de mettre la main à ce We Got it from Here, double album copieux, au casting quatre étoiles (Kanye West, Kendrick Lamar, Andre 3000...), aussi poignant qu'inspiré. On en reparle la semaine prochaine. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A3WvQpufOsPzkZvcSuynCf3" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Gaye Su Akyol - "Hologram Imparatorlugu"

SONO MONDIALE. DISTRIBUÉ PÄR GLITTERBEAT. ****

Du Syrien Omar Souleyman à la proposition Acid Arab, les musiques orientales ont su montrer ces dernières années qu'elles n'étaient pas forcément abonnées aux catalogues folk-world. De loin, Hologram Imparatorlugu, second album de Gaye Su Akyol, convoque tous les atours de la musique classique turque (oud, cordes, chant enlevé...). Rapidement, la trentenaire montre cependant qu'elle a été autant inspirée par la star Selda Ba?can (bien connue des rappeurs, samplée notamment par Dr. Dre et Mos Def) que par Nick Cave ou Joy Division. Sans jamais quitter longtemps les rives du Bosphore, Gaye Su Akyol n'hésite pas à mixer l'idiome musical local avec une guitare twangy (Eski Tüfek) ou à accélérer le rythme jusqu'à sortir des sentiers battus. Istanbul is burning... (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A0TWJwBkJo589boPUWpYuNr" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Youssou N'Dour - "Africa Rekk"

WORLD. DISTRIBUÉ PAR SONY MUSIC. ***(*)

En concert le 23/11, à De Roma, Anvers.

Pour ce qui doit être son 34e disque, l'entrepreneur et ministre sénégalais -aujourd'hui à titre honorifique- n'aura pas le Prix Nobel de littérature: trop convenus les slogans généreux sur le panafricanisme et le défi de vivre ensemble. Trop criminels les pompages d'auto-tune sur une paire de titres, dont le Conquer the World mené en duo avec Akon, qui ramène bizarrement à la pop garçon coiffeur des eighties. Par contre, impossible de ne pas plonger dans un titre comme Ban La, inspiré du ndombolo congolais, où l'incroyable langue wolof de Youssou défonce un rythme champion olympique. Ramenant avec un talent supérieur à la matière première de l'Afrique, la danse, via une voix qui tutoie les anges, noirs, blancs et autres. (PH.C.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A6Avh7X246FAL4RJdIaytPy" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>LOW
15cornet-philippeJournaliste musiqueCornetPhilippereporter/assets/88/avatar_45377.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-cornet-15.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-cornet-15.html16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.html25hoebrechts-laurentJournaliste musiqueHoebrechtsLaurentreporter/assets/88/avatar_45384.jpglaurent.hoebrechts@levif.behttp://focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlShirley CollinsMazzy StarA Tribe Called QuestAlicia KeysUnik UbikGaye Su AkyolYoussou N'DourHope SandovalOmniCommon
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache
05741972016-11-18 10:54:452016-11-18 11:03:49Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache

Dans une remorque à l'arrière d'un tracteur, Léon, vendu 14.200 euros, s'en va découvrir les 30 femelles qu'il devra remplir chaque année pour "fabriquer" des vaches idéales pour la consommation.

yesrmgimport newsgate2016-11-19 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-et-l-homme-crea-la-vache/article-review-574197.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-et-l-homme-crea-la-vache/article-review-574197.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] Et l'homme créa la vache

Bienvenue dans le monde des bovins. Ces steaks sur pattes dont l'homme s'est mis à régenter la vie sexuelle pour mieux doper ses chiffres de productivité. En se lançant dans la domestication, les humains ont affirmé tout leur pouvoir sur le corps des animaux. Docu scientifique fun et rythmé, cocasse mais solidement ficelé, à l'affiche duquel figurent Câlin, une tonne et demie de viande, Cendrillon, 40 litres de lait par jour, ou encore Rosita, deux gènes humains, Et l'homme créa la vache rencontre écrivain, professeur de génétique, éleveur ou encore philosophe des sciences. Ils parlent star-system, consanguinité, business du sperme et accouplement 2.0. Ils définissent les bioréacteurs, expliquent pourquoi les boeufs sont préférés aux femelles pour exciter les taureaux et interrogent ces corps taillés par la science pour intégrer la chaîne de production industrielle. L'amour est-il vraiment dans le pré?

DOCUMENTAIRE DE JEAN-CHRISTOPHE RIBOT. ***(*)

Ce samedi 19 novembre à 22h35 sur Arte.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlJEAN-CHRISTOPHE RIBOTvachesdocumentaire
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine
05715632016-11-10 13:12:032016-11-10 13:12:04Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine

Obsédé par l'écriture depuis l'âge de dix ans, il avait l'esprit vif et brusque, une voix haut perchée et une taille d'adolescent. Ce qui ne l'empêchait pas de battre Humphrey Bogart au bras de fer pour autant.

yesKevin Dochain2016-11-16 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-truman-capote-enfant-terrible-de-la-litterature-americaine/article-review-571563.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-truman-capote-enfant-terrible-de-la-litterature-americaine/article-review-571563.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] Truman Capote, enfant terrible de la littérature américaine

Pour certains, Truman Capote était notre Oscar Wilde, assumant sa sexualité et ses addictions. "Comme tous les génies, il était rarement heureux, postulent d'autres. L'alcool et les drogues l'aidaient à combattre ses démons." Portrait assez décevant, eu égard à la personnalité et à la vie invraisemblable de celui qui en fait l'objet, le documentaire d'Adrian Stangell commence à New York, au numéro 727 de la 5e Avenue, chez Tiffany and Co., le joaillier entré dans l'histoire de la littérature mondiale grâce à Capote et à son célèbre petit-déjeuner. Il retourne à Monroeville, là où Truman a grandi. Évoque cette réalité qui se met à l'intéresser davantage que la fiction, le travail que lui a demandé De sang-froid, ses relations avec la jet set et ses essais sans grand succès au cinéma. Un docu, entrecoupé par des dessins et des bouts de lectures, bien moins passionnant que le film avec Philip Seymour Hoffman qui le précède.

Documentaire d'Adrian Stangell. ***

Ce mercredi 16 novembre à 22h40 sur Arte.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlHumphrey BogartTruman CapoteAdrian StangellMonroevilledocumentaire
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...
05726072016-11-14 16:06:042016-11-14 16:13:15Focus VifPas de parutionReviewArticlePhilippe CornetJulien BroquetPhilippe ElhemLaurent HoebrechtsPar Laurent Hoebrechts, Philippe Cornet, Julien Broquet et Philippe ElhemMusiqueLeVif Focus

Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...

Elevée dans la musique classique, l'Américaine Kadhja Bonet a dévié vers la soul et la pop de chambre pour un premier album d'une classe impressionnante. Avec également nos critiques des albums de Betty Harris, Vanishing Twin, Archive, Joan As Police Woman et une grosse sélection jazz (Miles Davis, Whit Dickey, Festen, Émile Parisien...).

yesKevin Dochain2016-11-14 16:22:14http://focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-kadhja-bonet-betty-harris-miles-davis/article-review-572607.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-kadhja-bonet-betty-harris-miles-davis/article-review-572607.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Nos albums de la semaine: Kadhja Bonet, Betty Harris, Miles Davis...

Kadhja Bonet - "The Visitor"

SOUL. DISTRIBUÉ PAR FAT POSSOM/PIAS. ****

Si l'on a traduit correctement sa bio officielle, Kadhja Bonet serait née "en 1764, sur le siège arrière d'une Ford Pinto spatiale de couleur vert océan". Improbable certes, mais pas complètement insensé. En tout cas à l'écoute de sa musique: en même temps qu'il dégage une patine vintage, The Visitor donne régulièrement l'impression qu'il va quitter la Terre, direction l'infini (et au-delà). Le mini-album (il frôle tout juste la demi-heure) est le premier de Kadhja Bonet. Mais il est déjà affolant de maîtrise. Suggérant une soul automnale élégante, la proposition de Bonet affiche en effet une assurance complètement bluffante.

La musique est aujourd'hui devenue un grand flux, un bouillon permanent. Comme la plupart, nous étions ainsi passé à côté du premier essai de la jeune femme. Lâché apparemment il y a un an (elle s'était arrêtée à l'époque au Botanique pour le présenter, en première partie de Rhye), il est réédité aujourd'hui par le label Fat Possum, augmenté de deux nouveaux morceaux. La discrétion de Kadhja Bonet a certainement dû jouer. Ses premières interviews apparaissent d'ailleurs seulement aujourd'hui sur le Net. Et dans celle accordée au LA Weekly, la musicienne annonce que c'est l'une des dernières qu'elle donnera, pas franchement à l'aise de devoir s'expliquer sur des chansons qu'elle présente comme extrêmement intimes et personnelles...

L'on aura quand même eu le temps d'apprendre que la jeune femme, destinée au départ au cinéma, est originaire de l'East Bay du côté de San Francisco. Issue d'une famille de six enfants, elle a été élevée par un père chanteur d'opéra et une mère violoncelliste, peu enclins à lui faire écouter autre chose que du classique. Sans surprise, Kadhja Bonet a d'ailleurs suivi un cursus musical très académique, apprenant le violon dès le plus jeune âge. Au Guardian, elle confie ses préférences pour Chostakovich, Debussy et Ravel. Ce bagage classique s'entend un peu partout dans The Visitor. Il lui permet à la fois d'évoquer un songwriting rétro, comme tout droit sorti des années 40, mais aussi des cordes qui semblent évoquer un dessin animé de Disney. Sur le single Honeycomb, les violons qui ouvrent le morceau donnent eux l'impression d'avoir été enregistrés par le sorcier soul Willie Mitchell, prêts à être samplés par RZA, pour un inédit du Wu-Tang Clan.

Hormis deux reprises (le Francisco de Milton Nascimento et Portrait of Tracy, tiré d'un solo du bassiste jazz Jacob Pastorius), la pop de chambre de The Visitor a été entièrement composée, arrangée et produite par Kadhja Bonet. Elle a également pris en charge la moitié des instruments (violon, flûte, guitare). Ceci expliquant sans doute la cohérence (on n'a pas dit l'uniformité) de l'objet, couleur sépia. Le dernier atout du projet étant la voix même de Bonet, portée par une distance précieuse, quelque part entre la dramaturgie fêlée d'une Beth Gibbons (Portishead) et le grain soyeux de Minnie Ripperton. Autant dire qu'elle s'avère à peu près irrésistible. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A2lakXL9FoeCvHXi28znQia" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Betty Harris - "The Lost Queen of New Orleans Soul"

SOUL. DISTRIBUÉ PAR SOUL JAZZ/V2. ****

Les voies du succès sont comme celles du Seigneur. Souvent injustes et terriblement impénétrables. Durant les années 60, Betty Harris, avec son incroyable timbre de voix, puissant et patiné, a placé trois chansons dont une reprise du Cry to Me de Solomon Burke dans les charts américains et travaillé avec ce monument musical de La Nouvelle-Orléans qu'était Allen Toussaint. La native d'Orlando, Floride, issue d'une famille religieuse et partie tenter sa chance en Californie à 17 ans ("je suis entrée dans ce business pour gagner de l'argent"), n'a pas connu la célébrité pour autant. Mettant un terme à sa carrière dès 1970 pour s'occuper de ses enfants. Si, grâce à sa fille qui a pris conscience de sa popularité et de son succès, Harris est, depuis 2005, occasionnellement remontée sur scène, cette compilation du label Soul Jazz a tout ce qu'il faut là où il faut (en dessous et au-dessus de la ceinture) pour consacrer une perdante magnifique de l'industrie du disque. En 17 titres enregistrés dans Crescent City entre 1964 et 1969 avec Toussaint et des Meters qui allaient devenir bien plus célèbres qu'elle, The Lost Queen of New Orleans Soul célèbre une voix méconnue de la soul et du funk. La plupart des 45 tours réunis ici n'ayant pas vraiment été distribués par son label, Sansu, en dehors de la ville. Capable de chauffer le dancefloor (12 Red Roses, Mean Man, Ride Your Pony) comme de vous faire chialer tout seul dans votre chambre (What a Sad Feeling, Sometime, Nearer to You), cette anthologie qui groove tutoie la magie de la collaboration entre Toussaint et Irma Thomas. Un joli petit trésor. (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A1ITRn9IwA9O4AwiCwRRqNE" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Vanishing Twin - "Choose Your Own Adventure"

POP. DISTRIBUÉ PAR SOUNDWAY RECORDS. ****

Fondé en 2015 par Cathy Lucas (Fanfarlo), Vanishing Twin est la nouvelle signature du label hautement recommandable et bariolé Soundway. Maison mère des Meridian Brothers, Batida et autre déglingos à la Fumaça Preta... Entourée par la batteuse Valentina Magaletti (Raime, The Oscillation, Neon Neon), le bassiste Susumu Mukai (alias l'incroyable Zongamin), le mordu de Library music Phil MFU (Man From Uranus) et le réalisateur et artiste visuel Elliott Arndt à la flûte et aux percussions, Lucas réussit un génial album de dream pop étrange et aquatique. Ecouter Choose Your Own Adventure, c'est comme s'assoupir et divaguer dans un scaphandre. S'y laisser bercer par des rêves mouillés et suivre d'inquiétantes sirènes dans les mystérieuses profondeurs sous-marines. Tous à la flotte... (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A4Nn2oPaVW8nSDDJ6yi7Fr3" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Archive - "The False Foundation"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR PIAS. ***(*)

Le 28/11 au Cirque Royal, Bruxelles.

Sur son dixième album studio, Archive ne faillit pas à son mode de fonctionnement favori: débuter une musique dans la douceur puis la tordre jusqu'à l'extase mélodique accomplie. La meilleure du genre, funambule puis glorieuse à la Floyd, est Sell Out qui au passage, colle au thème de l'album fustigeant les "fausses fondations" de l'époque. "Dressez-en la liste vous-mêmes", conseille le groupe aux auditeurs en balançant dix titres charnus dont le névrotique Stay Tribal ramone l'électro avant la conclusion The Weight of the World. Equivalente d'un fil électrique dénudé porté par des choeurs à l'africaine, elle tente un yin yang qui se termine en quelques notes de piano et de voix cassée, à hauteur probable des actuelles désillusions planétaires. (Ph.C.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A7qKQNoKkrQP8fWaFmBYDRv" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Joan As Police Woman & Benjamin Lazar Davis - "Let it Be You"

POP. DISTRIBUÉ PAR REVEAL RECORDS/V2. ***

Le 02/12 à l'Ancienne Belgique, Bruxelles.

Avec ce nouveau projet, Joan Wasser (alias Joan As Police Woman) quitte (un peu) son terrain habituel pour creuser son amour des musiques africaines. Pour cela, celle qui a collaboré au projet Africa Express de Damon Albarn en Ethiopie, a créé un nouveau binôme avec Benjamin Lazar Davis, membre d'Okkervil River, qui a étudié lui les musiques d'Afrique de l'Ouest. A deux, ils se sont amusés à explorer les rythmiques pygmées pour en faire la base de morceaux étonnamment catchy (Broke Me in Two). Le résultat est surprenant, tant la touche africaine est noyée dans le parti pris pop (Overloaded). Loin de tout exotisme, Let It Be You est porté par un enthousiasme qui fait oublier une poignée de titres plus faibles. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A48KzriZX3EJsWHWUja0Nql" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Miles Davis Quintet - "Freedom Jazz Dance"

JAZZ. COLUMBIA/LEGACY 357372 (Sony Music). ****

Cinquième épisode de la série "Bootleg", Freedom Jazz Dance explore les coulisses de Miles Smiles, sommet discographique du Second Great Quintet du trompettiste.

Alors qu'il vient d'offrir au jazz (et à la musique tout court) l'un de ses plus grands chefs-d'oeuvre avec Kind of Blue, Miles Davis va connaître une traversée du désert artistique (toute relative, sa popularité ne cessant de croître) qui durera presqu'une demi-décennie. En cause, la défection de John Coltrane, parti vers sa courte mais fabuleuse destinée et l'impossibilité pour le trompettiste de lui trouver un remplaçant approchant, même de loin, son talent. Des artificiers bop, post-bop et free-bop comme Sonny Stitt, Hank Mobley, George Coleman (celui dont le séjour avec Miles sera le plus long), Joe Henderson ou Sam Rivers transiteront par le quintette sans répondre à l'attente de son leader mais aussi d'une rythmique qui, entièrement renouvelée (Herbie Hancock, piano, Ron Carter, contrebasse, Anthony Williams, batterie), accuse en moyenne une quinzaine d'années de moins que son leader -le batteur n'étant pour sa part qu'un adolescent de 17 ans quand il a rejoint la formation en 1963.

La solution finira par arriver en la personne de Wayne Shorter, alors membre des Jazz Messengers d'Art Blakey et que Trane (ô ironie) avait, en 1960, conseillé à Miles de prendre pour lui succéder, proposition à laquelle le trompettiste n'avait pas donné suite. A partir de 1964, bien aidé par le pianiste et, surtout, le batteur, le nouveau venu (qui, à 33 ans, est plus âgé que ses partenaires, Ron Carter excepté) va non seulement entraîner Miles sur des chemins nettement plus aventureux que prévu, mais il va aussi renouveler le répertoire du quintette de fond en comble en lui offrant quelques-unes de ses plus belles compositions. Un disque bien précis marque, en 1966, cette rupture. Transcendé par des titres tels Dolores, Orbits et Footprints (auxquels il faut ajouter Circle, signé par le maître, ainsi que deux formidables standards, Freedom Jazz Dance et Gingerbread Boy), le trompettiste délivre avec Miles Smiles un éclatant chef-d'oeuvre au terme duquel il va céder (un temps) sur scène, les rênes du groupe au triumvirat formé de Shorter/ Hancock/ Williams, lesquels mèneront la formation de l'ancien partenaire de Charlie Parker aux frontières du free jazz.

C'est l'histoire de cet album (mais pas seulement) que nous conte ce nouveau Bootleg contenant trois CD et un passionnant livret éclairant les sessions des 24 et 25 octobre 1966 mais aussi celles des 17 mai (Masqualero), 7 juin (Water Babies, Nefertiti), 9 juillet 1967 (Fall) et 15 mai 1968 (Country Son, seconde composition de Miles enregistrée durant ces séances étalées sur 17 mois et 3 années), titres qui apparaîtront sur Nefertiti (1968) et, près d'une décennie plus tard, Water Babies (1976). A travers les sessions reels contenant conversations, monologues, rires et silences entre Miles et Teo Macero (son précieux producteur), entre Miles et ses musiciens, le tout entrecoupé de faux départs et de versions avortées, nous suivons la lente (ou non) mise en place aboutissant aux masters que nous connaissons. Nous sommes amenés, ainsi, à pénétrer dans l'alchimie qui a présidé à l'élaboration de chaque morceau, même si cette page de l'histoire du jazz n'intéressera sans doute que les die-hard fans du maître et de ses formidables complices. (Ph.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A2cPnNqIkKs8VhF6Ewx5BXI" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Whit Dickey/Kirk Knuffke - "Fierce Silence"

JAZZ. CLEAN FEED CF376CD (Instantjazz.com) ****

Série de dix duos entre Whit Dickey (batteur de Davis S. Ware et leader de ses propres groupes, bien qu'il n'ait plus enregistré sous son nom depuis une dizaine d'années) et le trompettiste Kirk Knuffke (lié au post-bop), Fierce Silence est un album affectionnant les tempos lents d'une musique presqu'intime qui, selon son intitulé, se promène fièrement jusqu'aux limites du silence. Présenté modestement par Dickey comme une "méditation sur l'esthétique de la ballade", chaque duo est une conversation musicale dominée par une attentive écoute mutuelle et de discrètes performances instrumentales -notamment celles d'un trompettiste qui, bien qu'ayant enregistré souvent sous ce format, fait preuve ici d'une sensibilité inédite. (Ph.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A0O6WpUrLyrLMEjQEgVno2O" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Festen - "Festen"

JAZZ. CLEAN FEED CF368CD (Instantjazz.com) ****

La Scandinavie ne cesse d'alimenter la scène free européenne depuis plus de trois décennies en musiciens mémorables, les générations et les sexes se mélangeant toujours pour le meilleur. Festen, à la fois titre du groupe et de l'album, choisi en hommage (du moins on l'imagine) au film de Vinterberg, signe l'acte de naissance d'un quartette mixte composé des jeunes musiciens que sont Lisa Ullén (piano), Elsa Bergman (contrebasse), Isak Hedtjärn (saxes et clarinette), Erik Carlsson (batterie). La musique ainsi créée s'inscrit dans la lignée d'un free jazz musclé et roboratif d'où se détachent, toutefois, le piano taylorien de Ullén et les instruments à anches de Hedtjärn, les deux révélations de cette époustouflante fête des sens. (Ph.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A2Jwll4iSTHTIpzJqZIQh0l" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Émile Parisien Quintet - "Sfumato"

JAZZ. ACT 9837-2 (Harmonia Mundi) ****

Passons sur le texte de pochette anonyme qui présente le musicien français -décrit comme le nouveau "visionnaire" du jazz européen, rien que ça- pour nous pencher uniquement sur une musique diablement excitante. Toutefois, au-delà des compositions (plus habiles que mémorables, d'ailleurs), ce sont les performances instrumentales d'Emile Parisien et de Joachim Kühn, cet immense pianiste -performances parfaitement synthétisées par Duet for Daniel Humair, un tour de force improvisé et pour nous le sommet de l'album- que nous retiendrons avant tout. Comme les musiciens qui les entourent ne sont pas des manchots, nous ne saurions trop recommander Sfumato, qui se révèle nettement plus concret que son titre ne le laisse croire. (Ph.E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A1ENHW6OQBAQE61Pl5zIomQ" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Miles Davis - "Kind of Blue"

JAZZ. COLUMBIA/LEGACY 363572 (Sony) *****

Parallèlement à la sortie du nouveau "Bootleg" consacré aux sessions de Miles Smiles, Sony réédite Kind of Blue (1959) en lui appliquant le même traitement qui consiste à nous faire découvrir les coulisses du mythique enregistrement. Si les "sessions reels" de Miles Smiles se voient rebaptisées ici "studio sequences", les différences notables entre ce double CD et le digit-pack précité, outre de reprendre intelligemment l'intégral de l'album originel en ouverture du premier disque, consistent à proposer, sur le second, des titres pré-Kind of Blue comme On Green Dolphin Street, Fran-Dance (et son alternate), Stella By Starlight et Love for sale, interprétés par la même formation. Il n'en reste pas moins que, au-delà des bribes de conversations peu révélatrice entre les musiciens, les ingénieurs du son et Miles ainsi que des versions(1) de chaque titre tâtonnantes et souvent rapidement avortées (mais où l'on découvre que John Coltrane entame chaque fois ses parties de saxophone de façon différente), le grand moment de cette édition est constitué par un bouleversant So What de 18 minutes, capté live (dans une très bonne qualité sonore) où l'urgence et l'invention des musicien -Miles, Bill Evans et Coltrane (ce dernier, immense, radical et visionnaire) en tête- se révèlent absolument fascinantes. (Ph.E.)

(1) Tous ces moments, le plus souvent, dépassent à peine les 60 secondes et sont loin des 10 ou 20 minutes (!?) chacun, annoncées sur la pochette.

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A4sb0eMpDn3upAFfyi4q2rw" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>

LOW
15cornet-philippeJournaliste musiqueCornetPhilippereporter/assets/88/avatar_45377.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-cornet-15.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-cornet-15.html16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.html23elhem-philippeJournaliste jazzElhemPhilippereporter/assets/126/avatar_64956.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-elhem-23.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-elhem-23.html25hoebrechts-laurentJournaliste musiqueHoebrechtsLaurentreporter/assets/88/avatar_45384.jpglaurent.hoebrechts@levif.behttp://focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlKadhja BonetBetty HarrisJoan As Police WomanMiles Davis QuintetWhit DickeyBenjamin Lazar DavisJohn ColtraneKirk KnuffkeVanishing TwinArchiveMiles DavisFesten
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine
05715032016-11-10 11:47:332016-11-10 11:56:04Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine

Antoine Leiris, jeune père de famille, a perdu sa femme le 13 novembre au Bataclan. Après un bouquin, témoignage sur son quotidien et sur la nécessité de continuer à vivre, c'est un documentaire que le journaliste présente aujourd'hui sur France 5.

yesKevin Dochain2016-11-13 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-vous-n-aurez-pas-ma-haine/article-review-571503.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-vous-n-aurez-pas-ma-haine/article-review-571503.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] Vous n'aurez pas ma haine

"Vendredi soir, vous avez volé la vie d'un être d'exception, l'amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n'aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur. Alors non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l'avez bien cherché pourtant, mais, répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes." Ces mots à la fois déchirants et empreints d'humanité, vous les aviez probablement déjà lus ou entendus. Ils ont fait le tour des réseaux sociaux. Sortent de la plume et du chagrin d'Antoine Leiris, jeune père de famille qui a perdu sa femme, la mère de son gamin, le 13 novembre au Bataclan. Après un bouquin sorti fin mars chez Fayard, un témoignage sur son quotidien et sur la nécessité de continuer à vivre, c'est un documentaire du même nom, Vous n'aurez pas ma haine, que le journaliste, ancien chroniqueur culturel sur France Info et France Bleu, présente aujourd'hui sur France 5. Leiris a rencontré des hommes et des femmes qui tentent de se reconstruire après l'horreur. De reprendre goût à l'existence sans un être cher ou avec un membre en moins. De se battre pacifiquement, avec eux-mêmes déjà, pour ne pas donner raison à ces terroristes qui ont emporté aveuglément un bout de leur vie. Sur papier, le concept faisait sacrément peur. Bas les masques... On sentait venir de loin le vilain Mireille Dumas racoleur. Que nenni. Avec pas mal d'intelligence et de tact, d'empathie et de pudeur, puis aussi des interlocuteurs toujours justes, tout en dignité et en courage même dans le doute et l'incompréhension, Leiris, qui s'y met en scène sans que ce soit gênant, a trouvé la bonne distance pour aborder le sujet, faire partager le long chemin qu'est ce deuil si particulier. Touchant.

Documentaire d'Antoine Leiris. ***(*)

Ce dimanche 13 novembre à 20h50 sur France 5.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlAntoine LeirisBataclanAttentats de Parisdocumentaire
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma
05705412016-11-08 11:51:262016-11-09 11:11:49Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma

De Méliès à la 3D... Le titre de la nouvelle exposition présentée jusqu'au 29 janvier à la Cinémathèque française vaut mieux qu'un long discours.

yesrmgimport newsgate2016-11-09 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-120-ans-d-invention-au-cinema/article-review-570541.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-120-ans-d-invention-au-cinema/article-review-570541.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] 120 ans d'invention au cinéma

L'institution parisienne se penche pendant quatre mois sur l'histoire de la technique et sur les métamorphoses successives de l'image animée depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à l'ère numérique. Un événement que prolonge Arte et Stan Neumann, connu pour diriger la série documentaire Architectures. Le kinétoscope (de Thomas Edison) dans lequel un spectateur unique peut regarder un film d'une minute, le Scopitone, juke-box qui promeut l'ancêtre du clip ou encore la caméra des frères Lumière... 120 ans d'invention au cinéma brosse en une petite heure l'histoire d'une attraction foraine qui devient grand spectacle de masse. Épingle la tension permanente entre innovation et inertie (le dilemme d'un art très sensible qui ne supporte pas qu'on le touche et où le progrès mène à des désastres industriels). Et contextualise des idées extravagantes comme l'odorama qui a fonctionné dans les années 50 et répondait à un fantasme de cinéma total. Bien filmé, très sérieux et dit par Denis Podalydès, il explore également son évolution en matière sonore (des boîtes à bruits aux systèmes élaborés d'aujourd'hui) et l'arrivée de la couleur d'abord plus poétique que réaliste. Un peu technique forcément parfois et extrêmement classique, mais malgré tout captivant.

DOCUMENTAIRE DE STAN NEUMANN. ***(*)

Ce mercredi 9 novembre à 22h30 sur Arte.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlMélièsStan NeumannThomas EdisonDenis PodalydèsCinémathèque françaiseArtedocumentaire
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume
05702212016-11-07 15:07:372016-11-07 15:10:57Focus VifPas de parutionNormalArticleJulien BroquetPar Julien BroquetMusiqueLeVif Focus

À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume

Duo de chamans montois, La Jungle part à l'assaut du dancefloor avec une guitare, une batterie et un album dingo de kraut trans noise urbain et vaudou.

yesMaxim Defays2016-11-07 15:11:12http://focus.levif.be/culture/musique/a-la-rencontre-de-la-jungle-le-duo-le-plus-trippant-et-tribal-du-royaume/article-normal-570221.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/a-la-rencontre-de-la-jungle-le-duo-le-plus-trippant-et-tribal-du-royaume/article-normal-570221.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
À la rencontre de La Jungle, le duo le plus trippant et tribal du royaume

Vingt heures. La nuit est déjà tombée sur Mons quand on retrouve La Jungle à La Fabrique des Singes. C'est là, quelque part entre la Grand-Place et le Marché aux Herbes, que le plus trippant et tribal duo du royaume tiendra deux jours plus tard sa release party. Son guitariste, Mathieu Flasse, a ouvert les lieux avec deux potes: Julien Lefrancq, qui construit des maisons en paille, et François Chevalier, un graphiste qui monte des expos et tenait auparavant un maga de skate/street art/fringues dans le piétonnier. "On voulait un endroit pour développer l'économie créative locale. On a fait de la découpe laser, de l'imprimante 3D. On a exposé des artistes. Puis aussi le travail d'artisans, des gens qui fabriquaient des bijoux notamment. On a organisé des concerts et des projections également, créé un atelier de sérigraphie. Si le lieu survit, il se concentrera plutôt sur le live, les performances et les expos."

Mathieu est Montois, vit de la musique, baigne aussi dans la peinture, le dessin et le monde plasticien. Né à Boussu, Rémy Venant, lui, a grandi à Ghlin, habite Bruxelles et travaille au Vecteur, à Charleroi, depuis trois ans. Avant de créer La Jungle (c'était en juin 2013, bien avant qu'ouvre celle de Calais), les deux Hennuyers ont organisé pas mal de concerts. Une cinquantaine en un an et demi. "Les gens, quand on montait un événement, savaient que ce ne serait pas de la pop ou du jazz. Mais à l'heure qu'il est, ça devient compliqué. Le Bateau Ivre est à remettre. Terminé depuis deux mois. Il reste Le Coin aux étoiles. Un petit repaire autogéré. C'est le syndrome Mons 2015... Toutes les villes qui ont été capitales européennes de la culture ont par la suite morflé. Qu'on nous file quatre murs, on ouvrira un lieu. On ne veut pas de sous. Juste qu'on nous laisse faire et qu'on nous foute la paix."

Faire vivre l'art, la musique n'est pas une sinécure. Même dans les villes étudiantes. "À l'Alhambra, certains groupes complètement dingues ont attiré 20 personnes, remarque Rémy. C'est une idée reçue que dans les villes universitaires, les lieux culturels sont forcément et fortement fréquentés. Les étudiants à Mons, ils se font une soirée au Waux-Hall et se bourrent la gueule en écoutant de la merde. Ils ne s'intéressent pas à la musique noise. Ils ne vont pas voir d'expos." "Et ce sont ceux qui disent qu'il ne se passe rien. Faut juste être curieux, creuser un peu." "Les étudiants en médecine, psycho, peu importe, ils s'en branlent. Au Vecteur, à Charleroi, on voit rarement des gens de l'Ipsma. Les villes étudiantes ne sont pas nécessairement plus vivantes. J'étudiais en kot, je fumais des joints et je mangeais des lasagnes. J'allais pas au Bateau ou voir des expos."

Large parenthèse fermée, La Jungle est de retour. De retour avec II, album kraut trans noise pour une afterparty à pieds nus sur les tessons de bouteille et les braises encore brûlantes du feu purificateur. "Le math rock ne m'a jamais particulièrement intéressé, insiste Mathieu. Les gens voient qu'on manipule des pédales avec les pieds. L'amalgame est vite fait. Mais pour moi, le math, c'est les débuts de Battles, Quadrupède... Je syncope tout. J'arrête. Je recommence. Et c'est pas vraiment ce qui nous intéresse. Nous, on aime la longueur, la dynamique, l'énergie. On a toujours essayé de ne pas faire compliqué pour le plaisir d'ailleurs." "Le côté plus répétitif et moins saccadé vient aussi de groupes qu'on a découverts entre les deux disques. Comme les Japonaises de Nisennenmondai ou les Chiliens de Föllakzoid."

Cinéma, Colombie et guillotine...

DRII, par La Jungle.Empreint d'un chamanisme moderne, II (40 minutes pour cinq morceaux) a été enregistré au Vecteur, au Rockerill et dans le home studio plutôt roots de Steve Dujacquier, collègue de Rémy qui bosse souvent au Théâtre de l'Ancre et a notamment collaboré avec Spagguetta Orghasmmond. "C'est un fou furieux de la physique et du son. Je n'ai jamais vu ça chez quelqu'un d'autre. En écoutant l'album, on peut s'imaginer l'espace autour des instruments. J'ai percuté avec un groupe comme Earth. On n'entend pas ça sur beaucoup d'albums. Je voulais tester un truc du genre." Mission accomplie. Succès sur toute la ligne. La Jungle est déjà parvenue à se réinventer, se rapproche du dancefloor et semble encore en mesure de gagner du terrain. En trois ans d'existence, la tandem a déjà tourné en France, en Espagne, au Portugal. "On nous a contactés pour des musiques de film. Des gens nous ont même écrit de Colombie pour qu'on leur envoie des CD et pour nous passer à la radio. Ce deuxième album était déjà composé au moment des retours positifs sur le premier. C'est plutôt sain. Maintenant, on se demande comment il va être reçu."

Mathieu a déjà bien roulé sa bosse. Que ce soit avec les Dancing Naked Ladies ou Petula Clarck. "Je vois bien qu'il y a un autre potentiel. La musique de Petula, qui existe toujours, ne parle pas à autant de gens. Petula joue par terre au milieu du public. C'est hyper spontané. Les morceaux sont créés en une heure et demie. On ne les retouche jamais. Par contre, avec son côté répétitif, La Jungle peut se rapprocher de l'électro." La pochette qui décapite des pastèques et est intitulée Repurposed Guillotine est à nouveau signée Gideon Chase. "C'est un artiste de San Francisco. J'avais découvert son travail sur un blog et épinglé une image dans mon bureau. Il est beaucoup plus occupé maintenant. Il fait des dessins animés. Il travaille chez Cartoon Network." Attention chérie, ça va trancher!

La Jungle, II, distribué par Black Basset/Rockerill Records. ****

MEDIUMPZ16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlArts, culture et divertissementMusiqueMathieu FlasseRémy VenantPetula Clarck
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère
05701652016-11-07 13:26:112016-11-07 14:12:46Focus VifPas de parutionNormalArticleJulien BroquetPar Julien BroquetMusiqueLeVif Focus

Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère

De Liège à New York, de Cocaine Piss à Pill, une nouvelle génération de rockeuses en colère donne de la voix et perpétue l'héritage Riot Grrrl. Portraits croisés.

yesrmgimport newsgate2016-11-07 13:26:00http://focus.levif.be/culture/musique/cocaine-piss-pill-une-nouvelle-generation-de-filles-en-colere/article-normal-570165.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/cocaine-piss-pill-une-nouvelle-generation-de-filles-en-colere/article-normal-570165.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Cocaine Piss, Pill... Une nouvelle génération de filles en colère

Leurs chansons questionnent le genre, parlent de sexe et de masturbation. Leur nouvel album a été produit par Steve Albini. Et leurs concerts ne dépassent jamais la demi-heure. Emmenés par Aurélie Poppins, bien plus trash et destroy que sa lointaine cousine Mary, les Liégeois de Cocaine Piss sont ce qui est arrivé de plus brutal, radical et vindicatif au rock wallon depuis un bail. Sauvage et définitivement pas sage, Cocaine Piss est un Perfect Pussy qui se serait perdu entre Sclessin et La Zone. Un groupe de mecs qui fait du bruit emmené par une nana déchaînée qui s'égosille. Symptôme belge d'une nouvelle génération de rockeuses déterminées qui ont des choses à hurler à la face un peu trop masculine du monde.

Aurélie est née en 1985 à Rocourt et a grandi dans le sud du Luxembourg. Elle est tombée dans les Bérus et le punk français à l'adolescence. "J'avais quatorze ans et j'ai ressenti des émotions de malade. Ça m'a vraiment transformée, ça m'a montré qu'il y avait de la place pour d'autres idées. Tout le monde n'avait pas Internet à la maison comme aujourd'hui. Je traînais dans un café avec plein de punks: Les Cigales à Arlon. Un bar en face de la gare comme tous les bars en face des gares. On pouvait glisser nos CD dans le juke-box, même si on devait payer après pour les écouter. On se retrouvait aux concerts aussi, on se donnait rendez-vous aux Nuits de l'Entrepôt. C'était l'époque des Sales Majestés, celle du punk messin."

À la terrasse du Reflektor sous un soleil surprenant pour un début octobre, Aurélie se marre, se boit une bière et se roule une clope. Elle explique avoir arpenté, curieuse, l'histoire du punk et s'être tournée vers des groupes plus hardcore. "À un moment, j'ai découvert qu'il y avait des nanas aussi et j'ai flashé sur The Distillers. Leur chanteuse (Brody Dalle) restait un peu girly et il y avait déjà Courtney Love dans un genre plus mainstream mais la bassiste était vraiment bad ass. J'avais plein de photos d'elles dans ma chambre. Pour une petite adolescente qui est pas bien dans sa peau, qui est pas bien dans son corps, qui sait pas vraiment comment elle s'appelle, voir ces gonzesses qui s'assumaient complètement, ouvraient leur gueule et n'en avaient rien à foutre, c'était vraiment la grosse claque."

Peaches et la scène Queer de Berlin lui en mettent une autre. "J'ai aussi entretenu une fascination, si pas pour la musique de Placebo, pour le personnage de Brian Molko."Fille de psychologues, Aurélie a, comme sa soeur, suivi les traces parentales. Elle a étudié la psycho à l'ULB et a prolongé avec un doctorat. À Bruxelles, elle découvre les Bikini Kill, L7 et toutes les Riot Grrrls. "Ce que j'aime le plus, c'est leur côté empowering. Vas-y. Fonce. D'autres l'ont fait avant toi. Ça a quelque chose de très rassurant. Parfois, ce n'est pas évident d'être une nana sur scène. Ce que les gens crient, je m'en branle. Un connard ne va pas m'empêcher de dormir. Reste qu'à un moment, tu te prends la petite blessure vite fait dans la tronche."

Steve Albini, ovaires et drag-queens...

DRTraîner avec des punks, entendre d'autres histoires de vie, se retrouver dans des cafés avec des mecs qui se boivent des bières à sept heures du mat'... la chanteuse de Cocaine Piss, qui a décroché du secteur académique mais écrit actuellement avec une copine d'Harvard, a été à bonne et rock'n'roll école. "On vit dans un monde terriblement injuste. Ne pas être en colère n'est pas une option. Il y a deux positions au final: se la jouer fâché, continuer d'être écoeuré par ce qui est écoeurant, ou une attitude passive de résignation. Ce n'est pas le genre de comportement que je peux adopter."

Aurélie se souvient de son premier "mouv politique" avec un sourire aux lèvres. C'était après le 11-Septembre et les frappes punitives en Afghanistan. "J'avais réussi à faire sauter une heure de cours pour une manif dans la cour de récré. La télé locale était venue. C'était ridicule mais j'étais contente."

Créé il y a trois ans à Liège avec quelques-uns de ses vieux potes "luxembourgeois"("c'était un peu pour déconner et on avait besoin d'une première partie"), Cocaine Piss a enregistré son deuxième album, l'expéditif et décapant The Dancer, à Chicago avec Steve Albini (Nirvana, Pixies...). "Steve gère les aspects techniques avec un savoir-faire incroyable mais ne livre jamais la moindre opinion artistique. Quand il dit: "It's great", je pense qu'il kiffe le truc. Il chantonnait même les chansons quand il allait pisser."

Des déflagrations punks, noisy et furieuses qui dépassent rarement la minute 30..."Quand tu es dans un groupe, tu es bien au courant que tu es une fille. On te le rappelle souvent. Je suis vachement consciente de posséder des ovaires et tout l'équipement qui va avec. Du coup, ça amène sans doute un contenu différent sur les paroles."

La question des genres n'est pas nouvelle. Elle passionne Aurélie depuis l'adolescence."De par mon parcours personnel. Être une fille, avoir un corps de fille. Nier le fait de l'être au point qu'on t'appelle monsieur. À un moment, je m'habillais avec des futes larges, de gros sweats et j'avais les cheveux plus ou moins rasés. Du coup les gens m'appelaient "jeune homme". Je me disais: "Merde, je suis pas un mec". Mais si, en fait. Pas loin. Il y a un parcours personnel donc. Le fait d'être une fille ou de ne pas vouloir en être une. De papoter avec des drag-queens et d'avoir des discussions qui m'ont vachement éclairée. Je me sens vraiment bien dans ma peau de nana grâce à ce genre de conversations. Et en même temps, en parallèle, il y a un militantisme par rapport au queer dû au fait de voir des gens qui ont une vie de merde parce que leur corps ne colle pas avec la manière dont ils se sentent. Qui a décidé qu'on naissait hétéro?"PETER SENZAMICIPill.

Pill est face

Emmené par Veronica Torres, une Texane de 30 ans née à San Antonio et exilée à New York, Pill n'a pas non plus sa langue en poche. La jeune femme hurle moins que miss Poppins mais mène ses combats (harcèlement, avortement, questions de genre, capitalisme sauvage) sur des sonorités post-punk, noise, no wave et free jazz débridées. "Je pourrais prétendre que j'avais des posters des Slits et de L7 dans ma chambre, mais j'ai peur de n'avoir jamais été aussi cool que ça. Le rock m'a changée mais grâce à ceux et celles avec qui j'ai traîné. Trois groupes répétaient dans le sous-sol qui me servait de chambre. Impossible d'y échapper."

Torres a fréquenté assidûment le Market Hotel, une salle Do it yourself de Brooklyn."Les filles que je côtoyais étaient toutes musiciennes. Madison (Farmer) par exemple, qui m'a donné mes premiers cours de basse, joue dans Nots et a tourné avec Chain and The Gang. Je vois encore Ian Svenonius répéter dans ma piaule."

Pill est son premier groupe. Il y a peu, Veronica ne jouait encore d'aucun instrument. Elle a étudié la photographie et a travaillé pour Ryan McGinley."Plein de gens autour de moi utilisaient chacun à leur manière leur liberté d'expression. L'idée était de faire de la musique ensemble sans idée préconçue. Au début, je hurlais juste à tue-tête."

Torres pèse ses mots, fait très attention à ne pas être cataloguée, emprisonnée dans les références."J'ai été comparée à un tas de femmes incroyables. Mais ce n'est pas possible. Je ne peux pas ressembler à la fois à Patti Smith, Lydia Lunch et PJ Harvey. Même si j'aimerais beaucoup. C'est juste que je suis une fille qui gueule. Je regrette qu'on ne me fasse pas davantage remarquer mes influences masculines. "

Amateur d'une musique puissante, physique, intense comme celle d'un Swans, d'un Sun O))) ou d'un Lightning Bolt, Pill a le poing levé et le combat dans les veines. "Le concept d'angry woman est bizarre à mes yeux. D'hommes, on dirait qu'ils sont passionnés. Qu'ils ont une vision déterminée qu'ils essaient de communiquer avec force. Moi, j'ai juste le droit à "en colère".""Angry est pour nous un terme de jardin d'enfants, acquiesce Jon Campolo, son guitariste. Un bête mot pour évoquer ce qui peut être lié à des émotions aussi complexes que la passion ou la frustration..."

Veronica écrit les paroles de Pill mais en parle toujours avec les garçons. Surtout quand il s'agit de sujets sensibles. "Est-ce du matraquage? Trop référencé ou explicite? La plupart de nos chansons viennent d'expériences personnelles. 90 % des filles que je connais ont été victimes d'attouchement déplacés. Et donc quand tu te lances sur des trucs pareils, tu dois vraiment faire très attention si tu ne veux pas mettre les gens mal à l'aise et les replonger dans ces situations merdiques. Ce sont donc des zones où on navigue en tant que groupe."DR

Un groupe qui semble tout aussi politisé et engagé qu'elle. "C'est vraiment important d'avoir cet exutoire, clame Jon... Il y a beaucoup de raisons de se sentir paralysé par les news, d'avoir l'impression que l'inaction est la seule éventualité parce que tu n'as aucun moyen de délivrer et partager ton message. L'apathie a été très populaire dans la musique ces quinze dernières années. Cette attitude whatever avait la cote depuis trop de temps. J'ose penser que c'est en train de changer. La politique occupe l'esprit de plus en plus de monde. C'est peut-être davantage une question d'âge que d'époque. L'idée c'est vraiment: ressens quelque chose. Que tu nous aimes ou nous détestes, réagis au moins à notre putain de musique."

Quand on s'étonne qu'un candidat à la présidence des États-Unis ait pu parler des femmes comme se l'est permis Trump, Torres termine sur des considérations plus terre à terre. "C'est un exemple extrême. Pense à la vie de tous les jours. À toutes ces filles qui n'arrivent pas à obtenir une promotion, qui souffrent de commentaires sur leurs tenues. On doit regarder en face notre propre culture pour le comprendre. Une culture qui a peur du changement, des différences en matière de race, de religion, de sexe. Vous ne vous rendez pas compte du pouvoir que vous avez en tant qu'hommes. Ne serait-ce que celui de marcher tout seul dans la rue la nuit."

Cocaine Piss. The Dancer, distribué par Hypertension Records. ****

Le 18/11 à Het Bos (Anvers), le 19/11 à L'entrepôt (Arlon), le 26/11 au Belvédère (Namur) et le 02/12 au VK.

Pill. Convenience, distribué par Mexican Summer. ****

GRRRL POWERPerfect Pussy

Agression noise, assaut sonore arty et hardcore... Meredith Graves crie, hurle, expurge des histoires de frustration et d'isolement. Violent, chaotique, apocalyptique même, Perfect Pussy a sorti son seul et unique album il y a deux ans chez Captured Tracks. Graves a depuis écrit pour le Village Voice, le Guardian et Pitchfork et est devenue cette années correspondante pour MTV News.

Wall

Si Andrew Savage a sorti les débuts de Pill sur son propre label (Dull Tools), son comparse de Parquet Courts Austin Brown a pour sa part produit le premier EP de Wall. Quatuor new-yorkais aux trois quarts féminin, Wall tape dans un post punk énervé qui rappellera à tous les "vieux cons" Wire, The B52's et Pylon. Pour boucler la boucle, la chanteuse Sam York a servi de modèle au photographe Ryan McGinley.

Downtown Boys

Le Rolling Stone Magazine les présente comme le groupe punk américain le plus excitant du moment. Emmenés par la virulente Victoria Ruiz, les Downtown Boys ont intitulé leur dernier album Full Communism et invitent avec beaucoup de coeur à leur "bi bilingual political dance sax party". Combattant en musique la queerphobie, le capitalisme, le fascisme et l'ennui.

Nots

Ne vous fiez pas au titre, Cosmetic, de leur deuxième album. Les quatre filles de Nots se la jouent sans artifice ni maquillage. Nots vient de Memphis et a été fondé par l'ancienne bassiste des formidables Ex-Cult Natalie Hoffmann. Sa musique joue dans la cour des Bikini Kill, des Slits, de The Fall et sort les Riot Grrrls de leur cimetière ou à tout le moins de leur torpeur.

MEDIUMPZ16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlMusiqueArts, culture et divertissementSteve AlbiniAurélie PoppinsVeronica TorresCocaine Piss
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
05700912016-11-07 10:50:232016-11-07 10:52:26Focus VifPas de parutionReviewArticlePhilippe CornetJulien BroquetLaurent HoebrechtsDidier StiersPar Didier Stiers, Laurent Hoebrechts, Philippe Cornet et Julien BroquetMusiqueLeVif Focus

Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...

Adepte d'une chanson délicatement minimaliste, Mathieu Boogaerts laisse percer une mélancolie encore jamais entendue chez lui. Avec également nos critiques des albums de Liset Alea, Xylouris White, Marching Church, Kate Tempest, Pablo Moses, Steve Hauschildt et Powell.

yesKevin Dochain2016-11-07 10:54:35http://focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-mathieu-boogaerts-kate-tempest-xylouris-white/article-review-570091.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-mathieu-boogaerts-kate-tempest-xylouris-white/article-review-570091.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Nos albums de la semaine: Mathieu Boogaerts, Kate Tempest, Xylouris White...
Mathieu Boogaerts - "Promeneur"

CHANSON. DISTRIBUÉ PAR TÔT OU TARD/PIAS. ***(*)

Mathieu Boogaerts adore le mot "fou" (qu'il prononce "fouh", tel le bruit du bolide qui passe en coup de vent). Exemple: "C'est fou comme le temps passe vite." Vingt ans en l'occurrence. Deux décennies que Boogaerts est apparu sur la scène française. C'était avec l'album Super, et le single Ondulé. Depuis, le bonhomme a continué à tracer sa route dans son coin. Sans connaître le succès retentissant qui lui aurait permis par exemple de remplir des Zenith. Mais avec une constance qui lui a amené une fan base solide, ainsi qu'une reconnaissance du métier (il a écrit pour Vanessa Paradis, Camelia Jordana, Luce...). En février dernier, il a ainsi fêté ses 20 ans de carrière à la Philharmonie de Paris. Par ailleurs, en septembre, la "jeune" génération lui a rendu hommage à travers un disque de reprises (avec notamment Nicolas Michaux, reprenant Jambe, et Témé Tan transformant Bandit en petite bombinette funky). Compilé par le collectif La Souterraine, 10 ritournelles autour de Mathieu Boogaerts montre ainsi à quel point les chansons de Boogaerts, sous leur apparente délicatesse, sont solidement charpentées.

C'est bien là le tour de magie de Mathieu Boogaerts. Réussir à glisser des morceaux qui, tout en donnant l'impression de tenir à deux fois rien, parviennent à retenir l'oreille et à s'y incruster durablement. Musicalement minimaliste, Boogaerts a la fantaisie légère et attachante, et cet art de jouer les grands naïfs.

Le titre de son nouveau disque, le septième, semble encore le confirmer: globe-trotter invétéré, Boogaerts est bien ce musicien qui chante comme il se balade, Promeneur faussement dilettante de la scène française. Cette fois, il a décidé de partir s'isoler dans les montagnes. L'essentiel des morceaux a été enregistré dans une ancienne bergerie, plantée à côté du mont Ventoux. Trois micros, une simple guitare: rien de plus. Ce n'est que plus tard que seront ajoutés deux, trois éléments supplémentaires. Comme une guitare électrique, un petit clavier-piano, un bongo, et puis, surtout, trois violons. Est-ce la raison pour laquelle Promeneur sonne plus mélancolique qu'à l'habitude?

Clown lunaire mais rarement triste, Mathieu Boogaerts laisse percer ici une mélancolie rarement entendue chez lui. Dans Chhh, par exemple, celui qui chantait "Montre-moi ta flamme, montre-moi tout" (Avant que je m'ennuie) se demande désormais si "la vérité à dire est bonne?", avant de conclure "Nan, rien n'sera jamais plus comme avant/Et avant, c'était mieux que maintenant". Peut-être que le brouhaha du monde a quand même fini par atteindre l'île déserte que s'était inventée Boogaerts: "Toi, pourquoi t'es méchant? [...] Je pleure, je meurs de peur [...] Tu penses vraiment qu'y a pas de la place pour nous deux, sur la Terre" (Méchant). Plus loin, la sentence est encore plus explicite: "C'est quoi la raison/que j'tombe dans le trou/j'aimerais le savoir [...] Sauvez-moi/Que la lumière soit" (L'enfer).

Mathieu reste cependant bien Boogaerts, qui termine sa promenade, un peu K.-O. certes, mais toujours volontaire: "Tout est merveilleux ici/N'est-ce pas un peu le paradis" (Merci). Après tout, un peu d'autopersuasion n'a jamais fait de mal... (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A4F9D7C0ypc3LcKC9TnxUXk" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Liset Alea - "Heart-Headed"

POP. DISTRIBUÉ PAR V2 RECORDS. ***(*)

Née à Cuba, devenue Parisienne, elle a vécu à New York, Amsterdam, Londres et au Costa-Rica. Voyageuse, comme ses collaborations éclectiques égrenées depuis la fin des années 90, notamment avec Nouvelle Vague. Marc Collin, du groupe français, produit ce premier solo qui débute par un Jerusalem réminiscent de Lana Del Rey, même si au fil de l'album, Liset joue moins de théâtralité que de féminité. Sans éviter complètement le rétroglamour (superbe Warrior), la voix rayée renoue avec les vieux rêves cubains (Tidada) et des ballades chargées de mélancolie (Alexander). Ou peut-être, de fantômes nés des multiples vies déjà empilées avant 40 ans. (Ph.C.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A3RjMFG1I8XHG7cpkxHDkIL" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Xylouris White - "Black Peak"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR COOPERATIVE/PIAS. ****

Né de la rencontre entre le luthiste crétois George Xylouris et le batteur australien des Dirty Three Jim White (mariage accéléré par un festival ATP curated by Nick Cave), Xylouris White (tu as suivi?) réussit avec son deuxième album, Black Peak, un solide disque de folk rock d'avant-garde. Sept titres mêlant tradition et modernité pour un projet qui a autant sa place à Dour ou au Pukkelpop que dans les grands rassemblements des musiques du monde. Produit par Guy Picciotto (Fugazi) et bénéficiant sur Erotokritos d'un petit coup de main de Bonnie Prince Billy, Black Peak mène l'improbable tandem vers les sommets. Xylouris White light, Xylouris White heat... (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A1Vkw9yFK2kLctNhIkpKHfr" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Marching Church - "Telling It Like It Is"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR SACRED BONES/KONKURRENT. ***(*)

Le 17/11 au Trefpunt (Gand).

Frontman des violents mais dispensables Vikings d'Iceage, Elias Bender Ronnenfelt prenait l'an dernier la tangente le temps de s'enregistrer un album insomniaque et fiévreux, This World Is Not Enough, sous haute influence nickcavienne. Disque qu'il ne défendit d'ailleurs quasiment pas sur scène. Le Danois ressort déjà la bouteille d'Aquavit pour Telling It Like It Is, mis en boîte avec des musiciens nordiques croisés dans les rangs de Lower et autre Hand of Dust. Un peu de Tom Waits par-ci, une pointe de dEUS par-là. Le nouveau Marching Church avec ses touches cabaret et ses odeurs de cendrier froid emmène dans des bars de nuit aux couleurs blafardes et s'achève sur un Calenture qui sonne comme du Rolling Stones bourré. Une église pas vraiment au milieu du village. (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A5iqjOWEFOallNrOrZCW7UY" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Kate Tempest - "Let Them Eat Chaos"

SPOKEN WORD. DISTRIBUÉ PAR FICTION. ****

En concert le 11/11 au Reflektor, Liège et le 12/11 au Sonic City, Courtrai.

Sur son second album, la jeune poétesse londonienne se branche à nouveau sur l'électronique pour raconter le chaos du monde actuel. Noir, c'est noir...

Nulle part comme en Angleterre le médium pop aime se frotter à la chose politique. De Billy Bragg à The Clash, des Specials à Blur... Même la scène dance, tout occupée soit-elle à provoquer l'extase, n'a jamais été complètement frivole: depuis les idéaux communautaires de la scène rave, en passant par les prises de position de groupes comme Massive Attack.

A 30 ans, Kate Tempest est l'une des dernières arrivées dans cette longue tradition locale. En 2014, son premier album, Everybody Down, avait déjà fait forte impression -au point de se retrouver dans la liste des nominés au Mercury Prize (remporté cette année-là par les Young Fathers, autre entité à haute teneur socio-politique). Depuis, celle qui est aussi poétesse (elle se dit autant fan du Wu-Tang Clan que de William Blake) et auteure de théâtre a gagné le Ted Hugues Prize (récompensant chaque année, en Angleterre, le travail de poésie le plus novateur) et publié un premier roman (The Bricks that Built the Houses). Aujourd'hui, elle sort un second album qui radicalise encore un peu plus le propos. Kate la Tempête.

Sombre, électronique (il est à nouveau produit par Dan Carey), Let Them Eat Chaos est d'abord un disque foncièrement nocturne. Kate Tempest y raconte les états d'âme de sept personnages, captés au milieu de la nuit. Il est très précisément 4 heures 18 du matin. L'heure à laquelle l'obscurité est d'encre: plombée par la fatigue de la veille, pas encore éclairée par les éventuelles promesses du lendemain. A travers les différents protagonistes de son récit, Tempest brasse ainsi les tourments du monde actuel, n'épargnant rien, ni personne. Elle constate le dérapage des élites de plus en plus déconnectées, la toute-puissance de la finance, l'imminence de la catastrophe climatique, le délitement du lien social, l'apathie générale ("even the drugs have got boring")... L'un des morceaux-charnières du disque s'intitule Europe Is Lost, sorti en single l'an dernier, bien avant donc le cataclysme du Brexit. Il y a un peu plus de 35 ans, les Clash chantaient "London is drowning" (London Calling). Aujourd'hui, Tempest confirme: "The water levels rising! The water levels rising!"

Avec son accent cockney et son goût pour les beats électroniques, entre post-grime et garage, Kate Tempest fait forcément penser au The Streets des débuts. L'humour fendard en moins. C'est aussi un peu la principale limite de l'exercice: à côté de certains traits d'ironie bien tapés ("The squats we used to party in, are flats we can't afford", dans Perfect Coffee), Kate Tempest a parfois la sentence un peu lourde. Toujours moins, cela dit, qu'une époque où la caricature semble être devenue la norme. Après tout, si 2016 a pu souvent donner l'impression d'aligner tous les éléments du prochain Armageddon, Let Them Eat Chaos n'en est encore qu'un miroir atténué. Noir, il ne baisse d'ailleurs pas pour autant les bras. "I'm pleading with my loved ones to wake up and love one another", répète-t-elle en toute fin de disque. L'espoir et le volontarisme, malgré tout... (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A20IHNtzCY3uYpWolidiIDb" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Pablo Moses - "The Revolutionary years 1975-83"

REGGAE. DISTRIBUÉ PAR SOCADISC. ****

Avec le triomphe des Wailers de Bob Marley mais aussi l'avènement de Burning Spear, Culture, Tapper Zukie, Augustus Pablo, Big Youth, Junior Murvin et beaucoup d'autres, les seventies constituent la période matricielle du reggae-dub jamaïcain. Compilé sur ses quatre premiers albums, Pablo Moses s'inscrit dans la veine roots où le chaloupement fondamental laisse à la basse le maître mot sur des claviers volontiers pimpants et la fameuse guitare en cisaille: la voix n'a plus qu'à glisser sa béchamel naturelle et tailler des croupières à Babylone. La sensualité du reggae et ses convictions ici totalement rastafaris, justifiant l'expression "main de fer dans un gant de velours": les aficionados retrouveront les classiques de Moses -Give I Fe I Name, A Song, Revolutionary Step- les autres suivront leurs hanches. (Ph.C.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A6hkTmfQi48sMEy3dccaMhA" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Steve Hauschildt - "Strands"

ÉLECTRO. DISTRIBUÉ PAR KRANKY/KONKURRENT. ***(*)

L'Américain, ex-Emeralds, est un véritable artisan de l'électro expérimentale. Dixit sa bio, mais on ne dira pas le contraire! Vivant à Cleveland, il explique s'être inspiré, entre autres, d'une rivière locale qui a pris feu plus d'une dizaine de fois jusqu'aux années 60, polluée par les rejets de l'industrie locale. L'eau et l'huile n'ont jamais fait bon ménage! Sauf dans cette ambiant assez nineties, un peu à la Global Communication et, à une ou deux compos près, quasi sans beat. Les nappes de synthés de Horizon of Appearances 2 évoquent même des images de va-et-vient maritime. Avec A False Seeming, le mouvement gagne en amplitude mais des textures discrètement plus abrasives, comme un léger bruit blanc, lui évitent la grandiloquence. (D.S.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A2W0Onu4JKgSYhJAzR19cZ0" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Powell - "Sport"

ELECTRONICA. DISTRIBUÉ PAR XL RECORDINGS. ***

Dès l'introduction, Powell ne fait pas mystère de ses intentions. Sport démarre avec FiT_17, stridence qui agresse directement l'oreille -quelqu'un peut-il rebrancher la bonne prise?! Producteur et DJ anglais, ayant déjà commis une série d'EP, Oscar Powell adore provoquer (comme il l'a fait par exemple en charriant l'ayatollah rock Steve Albini, et en publiant leur échange de mails sur des grands panneaux d'affichage dans les rues de Londres). C'est l'un des principes de base de ce premier album, entre fulgurance techno malsaine et morve punk, ne laissant jamais l'auditeur tranquille très longtemps. Ereintante, l'écoute de Sport tient parfois de l'épreuve. Mais pour le même prix, elle se révèle aussi bizarrement comme une expérience intrigante, aventureuse. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A7clxr24R6XrmalqJxycDZq" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>LOW
15cornet-philippeJournaliste musiqueCornetPhilippereporter/assets/88/avatar_45377.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-cornet-15.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-cornet-15.html16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.html25hoebrechts-laurentJournaliste musiqueHoebrechtsLaurentreporter/assets/88/avatar_45384.jpglaurent.hoebrechts@levif.behttp://focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.html1685stiers-didierJournalisteStiersDidierreporterhttp://focus.levif.be/culture/auteurs/didier-stiers-1685.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/didier-stiers-1685.htmlMathieu BoogaertsLiset AleaXylouris WhiteKate TempestPablo MosesSteve HauschildtMarching ChurchPowellV2 RECORDSXL RECORDINGSPIASTôt ou tardCooperativeKonkurrentFictionSocadiscpoprockspoken wordreggaeélectroelectronicachanson
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques
05679812016-10-31 14:05:062016-10-31 14:26:56Focus VifPas de parutionNormalArticleJulien BroquetPar Julien BroquetMusiqueLeVif Focus

Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques

Chaque année, le temps d'une journée, Mons célèbre John, Paul, George et Ringo à coups de concerts, de marchés, de conférences et d'expos. Visite au royaume des Beatlemaniaques, du sergent poivre et des sous-marins jaunes...

yesrmgimport newsgate2016-10-31 14:04:00http://focus.levif.be/culture/musique/beatles-day-a-mons-a-la-rencontre-des-beatlemaniaques/article-normal-567981.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/beatles-day-a-mons-a-la-rencontre-des-beatlemaniaques/article-normal-567981.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Beatles Day à Mons : à la rencontre des Beatlemaniaques

Drapeaux Classic 21, promeneurs aux T-shirts Revolver, bagnole immatriculée "Beatles"... No doubt: on n'est pas à l'entrée du salon de la bière avec lequel les fans des quatre garçons éternellement dans le vent partagent l'immense Mons Expo en cet ensoleillé week-end d'octobre. Expositions, conférences, concerts... A deux pas de la gare encore en chantier de Calatrava se tient le 29e Beatles Day. Dans la ville du Doudou, d'Elio et de Suarez, aujourd'hui, on mange du fish and chips au son de Sergent Pepper, achète des tasses à café à l'effigie des Fab Four et on se fait caricaturer en mode Ringo Starr par un mec (Gérard Eléouët) qui a illustré un bouquin de Ruquier.

Une petite foire aux disques et une expo de pochettes constituent les seules entorses au régime beatlesien du jour. Les fans fouillent dans les disques, fouinent parmi les poupées, les figurines et les fripes. Des godasses trendy aux pulls de grand-mère en passant par les chaussettes et les caleçons. "Une année, j'ai vu des salières et des poivrières. Il y avait même une grosse valise contenant des balles de golf avec leurs têtes dessus et les clubs qui allaient avec."Geoffrey, qui ressemble plus à Robert Plant qu'à Paul McCartney, dénote un peu dans le paysage avec ses cheveux bouclés et sa veste en jeans Iron Maiden. "Le progressif, le psychédélique, le hard rock... John, Paul, George et Ringo ont été précurseurs dans un tas de domaines. Si bien que quand on est fan d'un groupe quel qu'il soit, on le doit quelque part un peu aux Beatles." Olivier Donnet

Plus loin, Jacques fait ses emplettes. "Je suis venu ici parce que je suis divorcé et parce que ma femme a tout gardé. Enfin non, je lui ai tout laissé. Il n'y a que deux moyens de reconstruire sa collection Beatles: eBay et les conventions où on peut discuter avec de vrais passionnés. Moi, je préfère voir ce que j'achète et je ressens un vrai plaisir à chercher. Je ne dépense pas des sommes folles. Je paie forcément cher comparé à ce que ces albums m'avaient coûté à l'époque mais dans le temps je gagnais 900 francs français (130 euros) et je pouvais juste m'acheter un ou deux disques par mois. "

Les Beatles sont entrés dans sa vie quand il avait 18 ans. "C'était une révolution musicale. Avant eux, on avait Dalida et Tino Rossi, Charles Aznavour et Sacha Distel. Puis, les Beatles étaient comme nous: ils n'étaient pas pauvres mais venaient des petites gens." Aujourd'hui, Jacques travaille dans la justice et manage les Rythmles, un cover band d'Amiens composé de trois avocats, d'un médecin et d'un routier. "Je suis un peu leur Brian Epstein." Olivier Donnet

Rock, classique, jazz, mambo... Selon Bernard Maton, vice-président de l'événement montois, il existe environ 10 000 groupes spécialisés dans les reprises des Beatles. Ils viennent du Brésil, du Venezuela, des Balkans. Il y en a des déguisés. Certains même en ont fait leur métier. "Les Beatles qui ont initié beaucoup de choses dans l'histoire de la musique sont à l'origine des cover bands, explique-t-il. Le phénomène a commencé avec eux avant de se propager. De plus en plus de très bons musiciens intègrent d'ailleurs des groupes de reprises. Il n'est pas évident de percer. Alors, ils jouent une musique qu'ils aiment et qui plait aux gens."

Initié par Alain Cardon, Montois à la fibre organisatrice et bénévole, le Beatles Day a vu le jour au Waux Hall en 1988. Il avait alors réuni trois cover bands et séduit 500 à 600 spectateurs. Aujourd'hui, il accueille une dizaine de groupes et fédère environ 2 000 personnes. "En 1987, on est partis à Liverpool avec un pote pour les 20 ans de Sgt. Pepper, se souvient-il. On a découvert la ville, le festival de Mathew Street et la convention Beatles à l'hôtel Adelphi. C'était la Caverne d'Ali Baba. Sur le bateau du retour, on s'est mis en tête d'organiser ce genre d'événement à Mons. Je suis né en 1951. Ce que j'aime chez les Beatles, c'est la musique bien évidemment. Leur son. Ce qu'ils ont transmis avec leurs chansons. Mais aussi la gentillesse, la bonne humeur et la joie de vivre. Je n'ai jamais vu un Beatles tirer la gueule, se permettre un bras ni même un doigt d'honneur ou faire des crasses comme on en voit maintenant. Aujourd'hui, on se sent obligés de se foutre à poil sur une scène. Montrer des nichons ou des culs, ça ne sert rien... Yesterday, c'est quand même quelque chose. Yellow Submarine, c'est coloré. C'est la vie. Les T-shirts avec des têtes de mort, moi, j'ai toujours trouvé ça ridicule." Olivier Donnet

Les garçons bouchers

Ici, Guy Delhasse dédicace son rock roman, Les Abeilles rôdent, qui commence à Hambourg et joue avec l'histoire de son groupe préféré. Là, l'ingénieur du son Ken Scott qui est entré aux studios EMI (plus tard rebaptisés Abbey Road) à seize ans, raconte photos à l'appui comment il a bossé sur Helter Skelter, Back in the U.S.S.R., I Am the Walrus ou encore Hello, Goodbye. Tandis que les "Beatsiciens" se succèdent devant un public encore sage, Fabrice exhibe fièrement l'album Yesterday and Today habillé de sa controversée "Butcher Cover". John, Paul, George et Ringo avec des blouses de bouchers, entourés de viande et de poupées décapitées. "Ce disque est sorti en 1966 et la pochette a fait scandale parce qu'un peu hard pour l'époque. Mais plutôt que de tout envoyer au bac, ils en ont juste collé une autre dessus.""Et des fans ont découvert qu'en dessous se cachait l'ancienne, ajoute son pote James. Si la pochette a été retirée correctement avec une presse à vapeur, ça vaut vraiment beaucoup d'argent."3950 euros sur Discogs..."On appelle ça "un pelé", reprend Fabrice. Perso, j'ai toujours aimé tout ce qui est anglais. D'ailleurs, je roule en Rolls." "Une Rolls de 1954, l'année de sa naissance." Olivier Donnet

En face, Pierre-Marc Aubry, un autre Beatlemaniaque, tient son stand et fait visiter sa petite expo. Pierre-Marc possède 3 000 vinyles des Beatles en pressage original ("pas de réédition à la maison, interdit par le règlement") et complète sa collection au volant d'un taxi anglais de 1975. "Je conduis aussi des mariés parfois. Un jour, je klaxonne et je vois un gros truc rouge au loin. C'était un bus british à l'effigie des Beatles. J'ai dit aux époux que c'était de la provocation. Qu'on arrêtait tout. (rires) Je suis meilleur acheteur que vendeur. Je vais pas à la pêche, pas à la chasse, je joue pas au football. J'ai trois passions: ma femme, les Beatles et la photo. Dans la maison, j'ai juste un poster. Pour le reste, faut aller dans le musée. Une pièce fermée à je ne sais pas combien de tours. Avec caméras, etc. Pour les gens de mon âge, avec les Beatles, on repart 50 ans en arrière et on revoit les têtes des copines. C'est un peu ça. Pas de la nostalgie, mais des cartes postales de notre vie."

"Ce qui est fort avec les Beatles, c'est qu'ils n'ont pas de date de péremption, termine Félicien Bogaerts, 19 ans et plus jeune animateur de Classic 21. Certains morceaux des années 90 ou, pire, un Rihanna d'il y a deux ou trois ans sont inécoutables aujourd'hui. C'est l'obsolescence programmée qui s'applique au monde de la musique. Il faut des événements comme le Beatles Day pour permettre à de nouvelles générations d'imaginer ce qu'était cette aventure musicale, humaine, sociale et politique. Moi, je suis dans la reconnaissance, l'amour et la passion. Mais oui, il y a sans doute chez certains une forme de spleen, de mélancolie. Beaucoup de gens aujourd'hui crachent sur la nostalgie, demandent qu'on aille de l'avant. Moi, je comprends. Certaines personnes revivent des moments qu'ils préféraient à leur vie de maintenant. Ils méritent notre tendresse, notre douceur et notre compassion."Olivier Donnet

MEDIUMPZ16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlMusiqueArts, culture et divertissementPaul McCartneyGeorgeRingo StarrMonsAbbey Road
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"
05658972016-10-25 14:21:122016-10-28 16:03:38Focus VifPas de parutionNormalArticleJulien BroquetPar Julien BroquetMusiqueLeVif Focus

"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"

Avec Artifacts, son nouvel album, Black Flower perpétue dans un melting-pot à la belge l'héritage du jazz éthiopien.

yesrmgimport newsgate2016-10-28 16:00:00http://focus.levif.be/culture/musique/mon-interet-pour-les-musiques-africaines-emane-de-leur-qualite-plus-que-de-l-exotisme/article-normal-565897.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/mon-interet-pour-les-musiques-africaines-emane-de-leur-qualite-plus-que-de-l-exotisme/article-normal-565897.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
"Mon intérêt pour les musiques africaines émane de leur qualité plus que de l'exotisme"

"Une Maes ou une Jupiler? Chaque communauté ici a ses préférences." Bienvenue à La Rose Blanche, café populaire et forcément multiculturel de Molenbeek-Saint-Jean. C'est là, à deux pas de chez lui, que le globe et belgium-trotter Nathan Daems nous a fixé rendez-vous. Né à Anvers, Nathan a été élevé à Malines, a vécu à Louvain et a étudié au conservatoire de Gand avant de s'installer à Bruxelles il y a quatre ans. Fils d'une mathématicienne et d'un prof d'unif linguiste, le talentueux multi-instrumentiste aux oreilles tournées vers le monde a déjà bien roulé sa bosse. Il a eu un quintette de jazz, joué dans les Balkans, en Mongolie ou encore au Canada, que ce soit avec l'Orchestre international du Vetex ou l'Antwerp Gypsy Ska Arkestra. Aujourd'hui, il est la tête pensante, le compositeur, saxophoniste et flûtiste de Black Flower. Supergroupe branché musiques éthiopiennes constitué du cornettiste Jon Birdsong (dEUS, Beck, Calexico), du batteur Simon Segers (Absynthe Minded, Stadt), du bassiste Filip Vandebril (Lady Linn, The Valerie Solanas) et du claviériste Wouter Haest (Los Callejeros, Voodoo Boogie). "Le nom du projet n'a rien à voir du tout avec le film Broken Flowers de Jim Jarmusch mais c'est chouette que les gens établissent le lien, sourit Nathan... Jarmusch a grandement contribué au succès de l'éthio-jazz. Comme Bregovic et Kusturica avaient popularisé la musique des Balkans. Black Flower est né de mon envie d'aller voir ailleurs. De jouer avec des influences psychédéliques et dub, de proposer une musique festive et pas trop difficile. Avec l'esprit du jazz, mais pas ses sonorités. En fait, je cherche du groove et la possibilité d'improviser pour des gens qui dansent. Comme le permettait le jazz avant, du temps du swing, dans les années 30."

Nathan Daems, qui parle cinq langues, a commencé le violon à trois ans et le saxophone à dix, est fan de Mulatu Astatke, de Getatchew Mekurya et de Mahmoud Ahmed et possède dans sa discothèque quasiment toute la collection Éthiopiques du label Buda Musique. "L'éthio-jazz, c'est des musiciens éthiopiens qui ont écouté le funk et le jazz américains des années 60, et l'ont mélangé à leurs musiques traditionnelles. Plaquant leurs mélodies sur ces rythmes dans le but de faire danser les gens.Il y a ce groove américain et ce côté africain donc, mais aussi une mélancolie tout orientale. Elle n'est pas que dans les gammes. Elle est aussi dans l'articulation, les ornementations de notes. Les Indiens font différemment des Perses, qui font différemment des Arabes et des gitans..."

Nathan et ses Black Flower ne sont pas monomaniaques. "Les gammes que nous utilisons sont extrêmement spécifiques. Elles possèdent une couleur éthiopienne tellement forte que c'est ce que tout le monde reconnaît en nous. Mais nos influences sont moins claires au niveau du rythme et du son. Il y a notamment des éléments sufis du Kurdistan."

Gourous

Sa mère est née au Congo, mais Nathan Daems n'a jamais mis un pied en Afrique. "Notamment parce que je ne voulais pas m'y retrouver comme un simple touriste. Mon grand-père était technicien. Réparateur électricien. Il faisait du cinéma aussi et gérait la technique dans des concerts. Ma mère a donc vu beaucoup de musiciens congolais dans les années 50. Je lui ai offert une double compile Crammed pour son anniversaire. Ça l'a transportée dans son enfance. Mon intérêt pour ces musiques émane de leur qualité plus que de l'exotisme ou d'une quelconque nostalgie. J'ai aussi écouté enfant du jazz et du Rage Against the Machine, mais j'ai par hasard loué un CD de musique arabe à la médiathèque quand j'avais dix ans... Ça m'a poursuivi."

Daems s'est cherché et trouvé des professeurs dans la musique orientale (turque, tzigane, ottomane, balkanique...). Il est parfois parti les rencontrer chez eux avec son sac à dos et ses flûtes. Il a consolidé son réseau avec des musiciens grecs, palestiniens, syriens installés en Belgique... Mais quand on lui parle de ses maîtres, le Molenbeekois ne peut s'empêcher de citer Tcha Limberger ("l'un des meilleurs musiciens au monde, aveugle, moitié gitan, moitié belge") et son gourou Dick van der Harst. "Ils m'ont fait comprendre que l'apprentissage de la musique n'était pas purement physique et technique. Mais aussi quelque chose de mental et de cognitif. Tu peux pratiquer de la musique sans instrument. Imaginer des morceaux. Ça sonne ésotérique, mais ça fait surtout travailler ton imagination. Quand tu penses que Beethoven était sourd. Qu'il pouvait écrire des symphonies sans les entendre physiquement. Dick, par exemple, quand il conduit, il ne met jamais la radio. Il fait de la musique dans sa tête."

DRNathan s'y est mis lui aussi. Mais grand consommateur de live, il avoue écouter certains disques de manière terriblement obsessionnelle. "Quand je veux apprendre un style qui n'est pas le mien, qui n'est pas encore dans mon sang, je trouve trois au quatre albums que j'apprécie et je les écoute des centaines de fois. Tu te mets alors à entendre tous les détails et tu comprends la musique en profondeur. Comme si tu étais né là-bas. Une espèce de lavage de cerveau."

Ouvert par Bones composé pour le film palestinien Amours, larcins et autres complications, Artifacts est intimement lié à un trip dans les montagnes grecques que raconte Nathan dans son livret. Une histoire de culte musical connecté à la bibliothèque d'Alexandrie détruite il y a 2 000 ans. "Je me suis retrouvé dans un endroit spécial et j'ai entendu ce poème ou ce chant, appelle-le comme tu veux, dont tous les titres des chansons de l'album sont extraits. Les gens me demandent souvent ce que je veux raconter avec la musique. Instrumentale, elle laisse énormément de liberté d'interprétation. Mais je veux et peux indiquer une direction à leur imagination."

Artifacts, distribué par SBDAN/NEWS. ****

Le 01/11 à De Centrale (Gand), le 03/11 à l'AB, le 04/11 au Cactus Club (Bruges), le 16/11 à De Studio (Anvers), le 22/11 au Stuk (Louvain)...

MEDIUMPZ16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlMusiqueArts, culture et divertissementNathan DaemsJim JarmuschDick van der HarstAnversLouvainGand
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère
05642512016-10-20 15:03:002016-10-21 15:51:47Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère

Le documentaire de Louise Osmond brosse le portrait d'un homme exquis carburant à l'indignation.

yesrmgimport newsgate2016-10-26 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-ken-loach-un-cineaste-en-colere/article-review-564251.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-ken-loach-un-cineaste-en-colere/article-review-564251.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère

"Quand on fait un film sur une famille, on se demande ce qui conditionne sa vie. Comment notre logement et notre travail influencent nos relations? Est-ce qu'on part en vacances? Que faisaient nos parents? Quelle éducation on a reçue? Tout ça, c'est le résultat d'un combat politique sur plusieurs générations. On ne peut pas y échapper." Il avait annoncé sa retraite en 2014. Exprimé sa volonté de ne plus faire de film. Il s'est finalement rétracté, à 79 ans, après l'écrasant succès des conservateurs britanniques aux élections législatives de 2015, pour remporter une nouvelle Palme d'or... "Ken Loach est sans doute le réalisateur de gauche le plus subversif du Royaume-Uni alors qu'on l'imaginerait bien boire une tasse de thé au presbytère", dit de lui Tony Garnett, qui l'a rencontré en jouant sous ses ordres et fut son producteur pendant une bonne dizaine d'années.

Fils d'un ingénieur électricien qui a fini contremaître, "un conservateur de la classe ouvrière", le réalisateur de My name is Joe et Land and Freedom a toujours la lutte et le combat vissés à l'objectif de sa caméra. "Si l'on veut raconter le monde tel qu'il est, évoquer les relations qui unissent les gens, leur vie, la question politique est cruciale, soutient-il. C'est l'essence même de la dramaturgie et du conflit."

Documentaire de Louise Osmond (Deep Water, Dark Horse) diffusé sur Arte dans la foulée de Sweet Sixteen, Ken Loach, un cinéaste en colère brosse le portrait d'un homme exquis carburant à l'indignation. Depuis ses débuts pour la BBC, "quand les acteurs bourgeois pensaient pouvoir interpréter les prolos du Nord", jusqu'à son dernier film pour lequel il craint de manquer de vivacité et de ne pas être à la hauteur. "Il faut déjà ne pas oublier les pommades, les bas de contention et toutes les aides matérielles qui existent pour le croulant qui fait le film."

Avec intelligence, caractère et pudeur, comme son illustre sujet, ce documentaire donne plus qu'une idée du personnage. Loach, ses collaborateurs, sa femme, ses enfants, Alan Parker, Gabriel Byrne ou encore Cillian Murphy racontent les entrées de Family Life en Angleterre qui, selon la légende, n'ont même pas permis de rémunérer les ouvreuses. Les spots publicitaires acceptés pour payer sa maison. "Moi qui reprochais aux autres de trahir leurs convictions." Ses essais dans le documentaire. "Un désastre". Comme la mort de son fils alors âgé de cinq ans. "Avant, on goûte au bonheur. Après c'est terminé. On a une boule au ventre sans arrêt." Pour prolonger l'immersion sur arte.tv, la chaîne franco-allemande propose avec La Méthode Ken Loach, un webdocumentaire interactif suivant la fabrication de son dernier long métrage. Passionnant.

DOCUMENTAIRE DE LOUISE OSMOND. ****

Ce mercredi 26 octobre à 22h35 sur Arte.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlLouise OsmondTony GarnettAlan ParkerGabriel ByrneCillian MurphyKen Loachdocumentaire
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
[À la télé ce soir] Heart of a Dog
05642452016-10-20 15:02:512016-10-21 15:44:53Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] Heart of a Dog

Laurie Anderson se penche sur la relation qu'elle entretient avec son chien, un fox-terrier nommé Lolabelle.

yesrmgimport newsgate2016-10-24 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-heart-of-a-dog/article-review-564245.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-heart-of-a-dog/article-review-564245.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] Heart of a Dog

Tout commence par une scène étrange et surréaliste en dessin animé (de manière plutôt artistique et rudimentaire d'ailleurs) dans laquelle elle s'imagine accoucher d'un chien. D'une voix calme et rassurante, elle y explique, détails de couture à l'appui, comment elle a introduit la bête. Personnage sans doute aussi tordu que son Lou de mari, Laurie Anderson, veuve Reed, a toujours aimé mélanger récit autobiographique et pensée philosophique. C'est ce qu'elle fait ici dans ce film expérimental commissionné par Arte ayant pour fil rouge la relation fusionnelle qu'elle entretenait avec son fox-terrier. Prétexte à des divagations poétiques et à des ré-flexions fantasmagoriques sur l'amour, le langage, la mémoire, la vie et la mort.

Séquences d'animation, films en Super 8 de son enfance et vidéos retouchées se suivent et se fondent... Heart of a dog (oui, comme la nouvelle de Boulgakov) est un drôle d'objet cinématographique. Mais quoi de plus normal venant d'une créatrice inclassable qui aime toucher à la musique (qu'elle compose à partir du violon et d'instruments électroniques) autant qu'au 7e art, à la danse, aux arts plastiques et à la sculpture 3D.

Dans Heart of a dog, essai aussi bizarre que fascinant, Anderson (l'une des rares artistes à avoir travaillé en résidence à la Nasa) s'interroge sur les derniers mots qu'on prononce avant de mourir et ceux qu'on aurait aimé glisser à l'oreille de celui qui est parti. Nous imagine avec un second coeur pour remplacer le premier quand il lâche (on a bien des dents de rechange pour prendre la place de celles de lait). Et disserte sur la mort subite du nourrisson et son lien avec les rêves.

Derrière son caractère faussement trivial où toute réflexion semble débarquer par hasard mais trouve joliment sa place, Heart of a dog cache un autoportrait fragmenté dans lequel Anderson flirte avec la mort. La sienne en s'essayant à un saut périlleux qui la vit s'écraser sur le bord d'une piscine. Comme celle de ses deux frères qu'elle dut sauver en plongeant dans des eaux glacées alors qu'elle les promenait en poussette sur un lac gelé. Le bouddhisme tibétain, Wittgenstein et Kierkegaard s'invitent entre autres dans ce singulier poème audiovisuel. Déambulation douce et spectrale dans les pas d'une artiste visionnaire. "Toutes les histoires d'amour sont des histoires de fantômes", dit-elle, citant David Foster Wallace. Heart of ghost...

DOCUMENTAIRE DE LAURIE ANDERSON. ****

Ce lundi 24 octobre à 00h40 sur Arte.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlLaurie AndersonDavid Foster WallaceLou Reeddocumentaire
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux
05642472016-10-20 15:02:542016-10-21 15:40:20Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPar Julien BroquetTéléLeVif Focus

[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux

Clémentine Deroudille partage la vie et l'oeuvre d'un humaniste forcené, amoureux des êtres et des lieux, aussi sensible aux douleurs des hommes qu'aux plaisirs simples de la vie.

yesrmgimport newsgate2016-10-23 07:00:00http://focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-robert-doisneau-le-revolte-du-merveilleux/article-review-564247.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/tele/a-la-tele-ce-soir-robert-doisneau-le-revolte-du-merveilleux/article-review-564247.htmlhttp://focus.levif.be/culture/tele/http://m.focus.levif.be/culture/tele/
[À la télé ce soir] Robert Doisneau, le révolté du merveilleux

De manière bien réductrice, son nom invite dans les esprits, écho à son célèbre Baiser de l'hôtel de ville décliné en cartes postales, tasses et rideaux de douche, l'image d'amoureux en noir et blanc. Né le 14 avril 1912 dans la banlieue sud de Paris, Robert Doisneau a immortalisé à sa manière Brassens, Braque, Picasso et Prévert. Mis en boîte Paname comme personne. Et combattu en images le capitalisme et la guerre. Avec Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, Clémentine Deroudille partage la vie et l'oeuvre d'un humaniste forcené, amoureux des êtres et des lieux, aussi sensible aux douleurs des hommes qu'aux plaisirs simples de la vie. Un homme, son grand-père, qui a commencé comme photographe aux usines Renault à raconter le quotidien des ateliers, la fabrication des voitures et le travail des ouvriers. Mais qui détestait la culture de l'entreprise, l'humiliation généralisée et la liberté entravée. Un type qui avait peur de la foule mais qui aimait s'y perdre. Un portrait familial rythmé par une musique qui lui colle à la pellicule.

DOCUMENTAIRE DE CLÉMENTINE DEROUDILLE. ***(*)

Ce dimanche 23 octobre à 22h50 sur Arte.

LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlRobert DoisneauClémentine Deroudilledocumentaire
Trois docus à ne pas manquer au Festival des Libertés
Trois docus à ne pas manquer au Festival des Libertés
Trois docus à ne pas manquer au Festival des Libertés
Trois docus à ne pas manquer au Festival des Libertés
Trois docus à ne pas manquer au Festival des Libertés
Trois docus à ne pas manquer au Festival des Libertés
05645772016-10-21 10:16:592016-10-21 10:17:00Focus VifPas de parutionNormalArticleJulien BroquetPar Julien BroquetCinémaLeVif Focus

Trois docus à ne pas manquer au Festival des Libertés

Spectacles, débats, compétition international de films documentaires... Jusqu'au 29 octobre, le coeur du Théâtre National battra au rythme du Festival des Libertés.

yesKevin Dochain2016-10-21 10:19:33http://focus.levif.be/culture/cinema/trois-docus-a-ne-pas-manquer-au-festival-des-libertes/article-normal-564577.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/cinema/trois-docus-a-ne-pas-manquer-au-festival-des-libertes/article-normal-564577.htmlhttp://focus.levif.be/culture/cinema/http://m.focus.levif.be/culture/cinema/

Raving Iran

DOCUMENTAIRE DE SUSANNE REGINA MEURES.

VENDREDI 21/10, 22H.

"La police de la moralité iranienne arrête chaque année des centaines de personnes dans ses raids contre les raves satanistes, les tenues inappropriées et les CD obscènes. Pour des raisons de sécurité, de nombreuses scènes du film ont été tournées au téléphone portable." D'emblée, le décor est planté. Raving Iran suit deux DJ, Anoosh et Arash, et plonge avec eux dans la scène électronique underground de Téhéran. On parle d'un pays où l'alcool est prohibé, où la diffusion de musique occidentale en radio ou en télé est interdite. De territoires où six jeunes ont été condamnés à de la prison et à 91 coups de fouet pour avoir dansé sur une vidéo virale du Happy de Pharrell Williams. Et où en juin, deux musiciens et un réalisateur ont commencé une peine de trois ans de prison pour avoir distribué de la musique sans l'accord du ministère de la Culture et de la Guidance islamique. Sortir un disque et mixer dans des raves au milieu du désert n'est pas juste un interminable parcours du combattant, c'est une dangereuse prise de risques. Une femme comme voix principale? Un dos (même d'homme) nu dans un livret? Des piercings? Impensable pour obtenir le feu vert du gouvernement, faire imprimer ses pochettes et vendre ses albums en toute légalité.

"Si le contenu est politique, ils t'exécuteront", disent certains. D'autres résistent. La république islamique a appris à la population à mentir et à cultiver les apparences. Alors, Anoosh et Arash, Blade & Beard, prennent des risques quitte à se retrouver en prison et quand s'ouvre à eux l'opportunité de visiter l'Europe et de jouer dans un festival suisse, c'est un véritable choix de vie qui se pose à eux. Sorte de Chats persans, mais dans le monde de l'électronique et non plus du rock, Raving Iran dépeint le quotidien d'une jeunesse ligotée et véhicule une inexorable soif de liberté.

Au nom du père, du fils et du djihad

DOCUMENTAIRE DE STÉPHANE MALTERRE.

MARDI 25/10, 21H15. (DIFFUSÉ LE MARDI 18 À 23H15 SUR FRANCE 2)

Il a grandi à Aix-en-Provence en écoutant MC Solaar, il est informaticien, a réussi son bac et a fréquenté l'université et, marié fort jeune, il est entré avec succès dans la vie professionnelle. Abdel Rahman Ayachi n'en est pas moins parti faire le djihad sur la terre de ses ancêtres. Abu Hajar, du nom de sa dernière fille, est devenu le chef d'un groupe de l'armée syrienne libre et a combattu Daech tout autant que Bachar el-Assad. Abdel Rahman Ayachi est avec son imam de géniteur, ex-responsable du Centre islamique belge qui a fini par suivre ses traces, le principal protagoniste d'Au nom du père, du fils et du djihad, fascinant portrait croisé, loin des clichés, d'une famille de djihadistes franco-syriens.

"Il avait besoin de ressentir la fierté de son pays", dit de lui sa soeur. Lettré, intelligent, Abdel Rahman, qui vouait une grande admiration à son grand-père, soldat dans l'armée française, a appris la stratégie militaire sur le tas et dans des bouquins. Pour lui qui voulait un État islamique qui serait le choix du peuple, le djihad (la lutte armée), c'était combattre l'injustice. Pas faire sauter des civils... Sans juger mais sans non plus éviter les sujets qui fâchent, le grand reporter Stéphane Malterre retrace son parcours en même temps que celui d'un père insaisissable qui est arrivé en France dans les années 60 et s'est installé à Molenbeek en 1996, admirait De Gaulle et Mai 68 mais a fini par ouvrir son propre tribunal islamique en Syrie.

Starless Dreams

DOCUMENTAIRE DE MEHRDAD OSKOUEI.

LUNDI 24/10, 22 H.

Après avoir réalisé plusieurs documentaires sur la délinquance juvénile au masculin, Mehrdad Oskouei s'est mis en tête de filmer dans un centre de détention pour jeunes filles. Il lui a fallu pas moins de sept ans pour obtenir les autorisations nécessaires. Starless Dreams a été tourné dans son pays, l'Iran, et plus précisément dans l'un de ses centres de correction et de réhabilitation. Il y suit des jeunes femmes, fatiguées de la vie, qui rêvent parfois déjà de la mort. Marquées au fer rouge par le tison de l'indifférence. Certaines ont volé, dealé. D'autres ont été enfermées pour meurtre prémédité, parfois de leur propre père. Toutes en tout cas ont morflé, partageant le genre de passé qui laisse des traces. "Ici, la douleur suinte des murs, déplore Somayeh. Quand j'ai parlé de mon père qui me battait, les yeux des autres filles se sont remplis de larmes parce qu'elles avaient toutes vécu la même chose. Un papa accro qui prostitue sa gamine pour de la came." Loin de foyers brisés par l'alcool, la drogue et la violence conjugale, ces prisonnières aux dates de libération incertaines se sont trouvé une famille d'accueil. Oskouei les a suivies pendant 20 mois et a gagné leur confiance au point qu'elles se mettent elles-mêmes parfois brièvement en scène pour raconter leur parcours. Déchirant.

Mais aussi...DRBlack Clouds de Fabrice Murgia

Outre une trentaine de documentaires s'attaquant notamment à la colonisation des consciences américaines par Israël, aux effets de la fonte des glaciers sur la Bolivie et à l'avortement au Chili, le Festival des Libertés, "politique et artistique, festif et subversif", enchaînera pendant dix jours débats, spectacles et concerts. Du 20 au 29 octobre, au Théâtre national, on dissertera sur les enjeux sociologiques et géopolitiques du djihadisme, Uber et les lois du travail, la crispation sécuritaire et les relations entre arts et migrations. On applaudira Michael Franti, Dub Inc, DJ Shadow, Alborosie, Ojos de Brujo ou encore un Asaf Avidan en mode solo acoustique. On assistera aussi à quelques pièces de théâtre forcément engagées, dont la première en Belgique de Black Clouds. Le nouveau spectacle de Fabrice Murgia se penche sur les relations Nord-Sud à travers le filtre des ordinateurs et d'Internet et convoquera notamment des personnages réels et disparus comme le magnat de l'informatique Steve Jobs et l'anti-impérialiste Thomas Sankara. Vive la liberté...

WWW.FESTIVALDESLIBERTES.BE

LOW16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlAbdel Rahman AyachiSusanne Regina MeuresStéphane MalterreMehrdad OskoueiFabrice MurgiaThéâtre NationalFestival des Libertésdocumentaire
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"
05631952016-10-18 12:00:122016-10-19 12:01:54Focus VifPas de parutionNormalArticleJulien BroquetPar Julien BroquetMusiqueLeVif Focus

Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"

Deux frangins de 17 et 19 ans passés par les planches de Broadway enregistrent avec un Foxygen et se prennent pour des Beatles glam, baroques et lo-fi.

yesrmgimport newsgate2016-10-19 12:00:00http://focus.levif.be/culture/musique/lemon-twigs-on-a-du-beatles-et-du-beach-boys-dans-notre-adn/article-normal-563195.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/lemon-twigs-on-a-du-beatles-et-du-beach-boys-dans-notre-adn/article-normal-563195.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Lemon Twigs: "On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN"

Le plus âgé ressemble à Nick Drake, Gene Clark et Gram Parsons. Le plus jeune à Ziggy Stardust qui se serait coloré la moitié de la tignasse et aurait joint une brosse punk à sa coupe mulet. T-shirts roses sur le dos (des Fab Four pour Brian, de la Pink Panther pour Michael), les Lemon Twigs sont plutôt bien assortis. Les deux Américains sont frangins, nés D'Addario. 19 ans pour l'aîné, 17 pour son cadet plutôt rigolo affalé sur sa banquette ou en train de se battre avec le citron qui veut rester sous les glaçons de son coca. Après une cassette tirée à 100 exemplaires -"Notre grand-mère nous en a acheté 20"-, les deux Américains sortent ces jours-ci leur premier véritable album (Do Hollywood) sur le label 4AD. "Tu as essayé de trouver la cassette sur Internet? Tu n'aurais pas dû. Aucun intérêt, mec. On va t'amener plus de musique. Ne te tracasse pas avec ça." Michael rigole. "Plus tard, d'ici deux ou trois disques, on la rendra disponible avec un lien MediaFire."

"Le truc, c'est que c'est vraiment très psychédélique, explique Brian. Ce n'était pas vraiment dans notre nature. On a du Beatles et du Beach Boys dans notre ADN, mais s'ils partent dans ces directions parfois, ils se sont surtout toujours efforcés d'écrire de vraies bonnes chansons. Et c'est ce qu'on a essayé de faire avec notre premier véritable disque."

I Wanna Prove to You, Those Day Is Comin' Soon... Les gamins remplissent d'emblée le cahier des charges. Sans cacher une seule seconde leur amour pour John, Paul, George et Ringo. Les sixties certes mais avec quelques paillettes glam. "Le premier morceau des Beatles qui a retenu notre attention devait être Yellow Submarine, essaie de se remémorer Brian. Nous étions encore tout petits, branchés par Le Roi Lion et ce genre de trucs. Pendant des années, on a regardé A Hard Day's Night et The Beatles Anthology en boucle. Il n'y avait pas que la musique, il y avait aussi l'univers, les couleurs. Puis, en grandissant, on a pris conscience de toute leur légitimité. Certains groupes s'écroulent à un moment de leur carrière. Eux ont toujours continué à avancer. Et ils y ont allié la qualité."

Brian se souvient encore des effets pyrotechniques sur Live and Let Die lors de son premier concert, à 6 ans, de Paul McCartney. "Notre dad nous a transmis le virus. Dans les années 70, quand les Beatles se sont séparés, il a essayé de leur chercher des successeurs et il s'est mis aux Beach Boys. Il ne les a pas vus en live. Il aurait pu, au Shea Stadium. Mais sa mère a eu peur qu'il se fasse piétiner et lui a interdit d'y aller." L'anecdote familiale, on le sent tout de suite, doit encore aujourd'hui ronger le paternel... Ses fils n'ont jamais été à Liverpool (ça ne saurait tarder) mais ils ont eu l'occasion de pousser une pointe jusqu'à Abbey Road et de se prendre en photo sur le plus célèbre passage piéton de l'histoire du rock. "J'ai retiré mes chaussures", sourit Michael, pas peu fier d'avoir imité McCa.

Broadway

Chez les Lemon Twigs, tout est dans le souci du détail. Et les D'Addario y portent une attention toute particulière sans doute inculquée par les quelques années passées sur les planches de Broadway. Leur père avait essayé de faire carrière dans la musique -"Les Carpenters ont enregistré une de ses chansons mais Karen est morte et il ne l'a jamais entendue." Leur mère leur a ouvert les portes des comédies musicales. "Elle avait joué quand elle était jeune et avait décidé de se mettre au théâtre communautaire dans notre quartier. Je devais avoir 7 ans à l'époque. Quelqu'un m'a vu jouer Gavroche. On m'a introduit à un agent, j'ai passé une audition et j'ai fini dans Les Misérables et La Petite Sirène sur Broadway."

Michael a, lui, joué dans All My Sons et The Coast of Utopia. Il a aussi fait quelques apparitions au cinéma. "Rien de bien grandiose mais des films avec quelques stars." Sinister dans lequel Ethan Hawke incarnait son père ou encore People Like Us avec Michele Pfeiffer... "Tu passes beaucoup de temps à attendre mais comme ils paient les billets d'avion, c'est la seule fois de ma vie où j'ai pu voyager en business. Broadway par contre était vraiment comme un boulot. Parce que tu es là tous les jours pendant un bon bout de temps.""On y traînait avec des gens plus vieux. C'est une expérience unique quand tu as 12 ans.""Puis, ça te procure très tôt une éthique de travail. Même si je ne l'ai jamais utilisée à l'école."

Michael devrait encore y être mais il a terminé son cursus en cours du soir. Tout risque de s'enchaîner très vite pour les D'Addario, qui ont fabriqué Do Hollywood avec Jonathan Rado, la moitié du duo Foxygen. "On est fans. Il y a deux ans, on l'a contacté en ligne et rencontré à New York juste avant qu'il ne bouge à Los Angeles. Il a proposé de nous produire et on a terminé dans son home studio. On a passé nos soirées à écouter des disques ensemble. Il était vraiment branché sur le Voodoo de D'Angelo."

"On a payé pour l'avion mais Rado ne nous a pas fait raquer. C'était il y a deux ans déjà." Michael se tourne vers son frère au regard réprobateur. "Quoi? C'est quoi le problème?" "Vas-y continue.""Il n'avait pas encore produit beaucoup de gens et il nous a fait une faveur." Les frères D'Addario sont plus civilisés que les Gallagher. "Entre nous, c'est parfois un peu brutal dans le sens où on n'hésite pas à dire à l'autre que ce qu'il fait est merdique. On en rajoute même un peu. Genre, c'est le pire truc que j'aie pu entendre de toute mon existence. Puis, on se bagarre de temps en temps évidemment. Mais ce n'est pas lié à la musique. On vit dans la même maison. C'est inévitable, j'imagine."

Multi-instrumentistes, les Lemon Twigs habitent encore chez leurs vieux dans un patelin, Hicksville, dont est originaire Billy Joel. Si Michael partage son amour pour Ariel Pink, Lou Reed et la comedy (de Steve Martin à Jim Gaffigan) et si Brian avoue avoir écouté The Life of Pablo de Kanye West dans le train, Do Hollywood slalome surtout entre les Beatles, les Beach Boys et Big Star. Elton John, MGMT et Freddie Mercury... "On a déjà des chansons pour nos deux prochains disques. Rien d'enregistré, mais c'est dans nos têtes." Love, love me do...

The Lemon Twigs, Do Hollywood, distribué par 4AD. ***(*)

Le 25/11 au Witloof Bar (Botanique)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A3L32usNqJql7Thi6uK13d6" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>MEDIUMPZ16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlFoxygenBroadwayThe Lemon TwigsBeatlesBeach Boys
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
05628452016-10-17 13:49:252016-10-17 16:24:27Focus VifPas de parutionReviewArticleJulien BroquetPhilippe ElhemLaurent HoebrechtsPar Laurent Hoebrechts, Julien Broquet et Philippe ElhemMusiqueLeVif Focus

Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...

Avec son second album, le Chilien Nicolas Jaar donne une nouvelle dimension à sa musique, malaxant aventure électronique, interrogations intimes et secousses politiques. Retrouvez également nos critiques des nouveaux Ex-Cult, Goat, How to Dress Well, TaxiWars, Bill Evans, Red Trio, Terrasson & Belmondo, Robert Glasper...

yesrmgimport newsgate2016-10-17 16:24:00http://focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-nicolas-jaar-goat-taxiwars/article-review-562845.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/nos-albums-de-la-semaine-nicolas-jaar-goat-taxiwars/article-review-562845.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Nos albums de la semaine: Nicolas Jaar, Goat, TaxiWars...
Nicolas Jaar - "Sirens"

ELECTRONICA. DISTRIBUÉ PAR OTHER PEOPLE/V2. EN CONCERT (COMPLET) LE 01/12, À L'AB, BRUXELLES. ****

Si d'aucuns doutaient encore du statut de Nicolas Jaar, la vitesse avec laquelle se sont écoulés tous les tickets de son prochain concert, prévu à l'Ancienne Belgique en décembre prochain, a fourni une nouvelle preuve de sa popularité. Étonnant? Tout de même. Au départ, l'intéressé navigue dans des eaux très calmes, house au ralenti qui n'hésite jamais à frôler l'ambient. Loin en tout cas du tube susceptible de faire courir les foules. Expérimentale, sa musique n'est pas forcément opaque. Mais son pouvoir de séduction reste très flottant. Malgré cela, force est de constater que Jaar a réussi à construire une fan base conséquente.

Jusqu'ici, il n'avait sorti qu'un seul album studio, Space Is Only Noise, acclamé par une bonne partie de la critique en 2001. À 26 ans à peine, le musicien donne malgré tout l'impression de proposer déjà toute une carrière derrière lui, remplie d'autres projets (Darkside avec Dave Harrington, la bande originale du Deephan d'Audiard...), de plusieurs EP et d'innombrables concerts. À chaque fois, il en profite pour bouger un peu les lignes de son terrain de jeu sans le bouleverser complètement. Une constante: sa capacité à créer des espaces ouverts, des lignes d'horizon dégagées, qui ne sont pas du vide. Une manière aussi de jongler entre une certaine distance intellectuelle un peu péteuse et des plans sentimentaux plus coupables. C'est sans doute cette tension qui fait le charme de son entreprise, parfois gênante, le plus souvent intrigante. Sur son nouveau Sirens, il la maîtrise comme jamais.

Sirens sonne à la fois comme son disque le plus cohérent (dans sa volonté de se mettre davantage à nu, comme sur le doo-wop de History Lesson ou le cumbia cotonneux de No) et le plus disparate (dans sa manière d'enchaîner les passages les plus pop et les plus expérimentaux). C'est aussi son disque le plus personnel et le plus politique, comme il l'a expliqué au webzine Pitchfork, citant notamment l'influence de Kendrick Lamar et de son To Pimp a Butterfly.

La pochette du disque, par exemple, dévoile, quand on la gratte à la manière d'un billet de loterie, la photo d'une installation de son père, l'artiste Alfredo Jaar: sur un panneau d'affichage de Times Square, un drapeau des États-Unis sur lequel vient s'ajouter l'inscription "This is not America" -une manière de rappeler que le mot désigne bien un continent et pas le seul pays de l'Oncle Sam... Dès le départ, c'est le bruit d'un drapeau dans le vent qui ouvre d'ailleurs le disque, tandis que plus loin, Jaar semble remuer l'histoire de son pays d'origine -"I found my broken bones by the side of the road", sur Three Sides of Nazareth, comme un écho aux tortures et aux disparitions organisées par le régime de Pinochet.

Cela ne fait pas de Sirens un grand manifeste, un pamphlet hautement subversif. Jaar semble davantage se demander et expérimenter jusqu'à quel point un disque de musique électronique peut être politique. Ou mieux: jusqu'à quel point, il peut, en 2016, tout à fait s'en passer... (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A2EvZiOMBlC9b5hbjbZCjZv" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Ex-Cult - "Negative Growth"

ROCK. DISTRIBUÉ PAR IN THE RED/KONKURRENT. ***(*)

Baissez un peu le son. Sortez vos têtes des enceintes. Ces derniers mois, Chris Shaw et Ty Segall n'ont pas fait équipe que pour enregistrer le premier album de Goggs, super groupe punk et sauvage qu'ils font rugir avec Charles Moothart (Fuzz). Le premier a aussi une nouvelle fois embauché le second pour produire le troisième disque d'Ex-Cult. Conçu dans la misère de Memphis et mis en boîte sous le soleil de Los Angeles, Negative Growth se présente comme un cauchemar en neuf chansons, un voyage mortel à bord d'un bateau de cristal et l'oreiller, moqueur, qui rit au nez des insomniaques. Ce troisième album s'allume sur une tornade (Mr. Investigator) et s'éteint dans la retenue avec le son cracra du saxophone de Mikal Cronin (New Face On). À quand la tournée européenne? (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A5GYXoHakVcS3tdkZo64Itn" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Divers - "Let It Be"

SOUL. DISTRIBUÉ PAR ACE/V2. ***(*)

Six ans après Come Together et sa pochette afro-américanisée de Revolver, rassemblant notamment le Back in the U.S.S.R. de Chubby Checker et le I Want to Hold Your Hand d'Al Green, le label Ace Records balance une deuxième compilation de chansons des Beatles (il avait déjà fait le coup avec Bob Dylan) passées à la moulinette black. Aretha Franklin se fait Eleanor Rigby. Nina Simone se paie Here Comes the Sun. Les Temptations revisitent Hey Jude. Screamin' Jay Hawkins diabolise A Hard Day's Night. Tandis qu'Arthur Conley tente vainement de réhabiliter Ob-La-Di, Ob-La-Da... Quelques titres sur les 22 étaient dispensables mais un Junior Parker, une Dionne Warwick et une Randy Crawford font plutôt bien le boulot... Vous n'avez jamais entendu les Beatles aussi soul et groovy. (J.B.)

How to Dress Well - "Care"

R N B. DISTRIBUÉ PAR DOMINO. ***(*)

EN CONCERT LE 11/11, AU BOTANIQUE, BRUXELLES.

Album après album, l'Américain Tom Krell s'est obstiné à épurer de plus en plus son r'n'b. Ou en tout cas à le raccorder toujours plus directement avec ses émotions les plus intimes. Unique cerveau derrière le projet How to Dress Well, Krell donne l'impression de se cacher de moins en moins (notamment derrière une posture indie/alternative qui semble aujourd'hui définitivement abandonnée). Care en est une nouvelle preuve, désarmant de sincérité, ne se refusant aucun drame, aucun état d'âme amoureux, aucune confession -quitte à ce qu'elle soit parfois gênante à écouter (What's Up, I Was Terrible). Jusqu'au-boutiste, Care semble abandonner tout filtre, pour le meilleur et pour le pire. Un ovni à sa manière. (L.H.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A5PIpamvH4amBLBdCix1IyG" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Goat - "Requiem"

WORLD FOLK. DISTRIBUÉ PAR ROCKET RECORDINGS/SUBURBAN. ***(*)

Ça commence avec des chants d'oiseaux et des flûtes du Machu Picchu comme on en entend tous les jours dans le métro bruxellois. Troisième album de Goat, Suédois masqués à ne pas confondre avec les Battles japonais, Requiem emmène les mystérieux Scandinaves sur de nouvelles pistes. Des pistes moins rock, plus folks, qui redessinent les ponts entre Göteborg et l'Afrique. Le folklore du soleil et celui du Grand Nord, chez les ancêtres d'Ibrahimovic et d'Ikea. Double album moins costaud et plus léger, moins kraut et plus boisé, que ses deux illustres prédécesseurs (World Music et Commune), Requiem fait le coup de la panne. Celle d'électricité. Avant, Goat nous envoyait avec pertes et fracas pleurer chez notre mère. Aujourd'hui, il nous invite à une séance de yoga et à un cours de zumba... Il appelle à la prière (Psychedelic Lover), célèbre une joyeuse messe en forêt, nous berce avec des piafs et sonne comme une bande de Vikings hippies partis tirer leur retraite au Mali. Goat, désormais, peut passer chez Nature et Découvertes et dans les magasins Oxfam. Mais Trouble in the Streets a beau faire penser à du Vampire Weekend, la chèvre suédoise broute en bronzant et cherche ses racines dans une démarche tout ce qu'il y a de plus naturaliste.

D'I Sing in Silence à Goodbye, de Temple Rhythms à Try My Robe, Goat explore le folk des quatre coins du monde sur un disque globalisé qui met un peu de temps (et nécessite un casque) pour dévoiler tous ses secrets. Requiem for a dream... (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A0crdUpeIJD7NQ94WuvG9rn" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>TaxiWars - "Fever"

JAZZ. DISTRIBUÉ PAR UNIVERSAL. ***(*)

Le 25/10 à l'Aeronef (Lille), le 29/10 au Centre culturel d'Evergem, le 9/11 à L'Entrepôt (Arlon), le 11/11 à Bozar, le 12/11 au Muziekodroom (Hasselt), le 13/11 à De Zwerver (Leffinge), le 14/11 à Het Bos (Anvers) et le 16/11 au Palais des Beaux-Arts de Charleroi.

Tom Barman et ses acolytes soignent leur fièvre sur un album qui emmène le jazz aux frontières du hip hop et du spoken word.

Kris Dewitte

Il y a quelques jours, après douze ans de bons, loyaux et rock'n'roll services, quatre albums (vraiment pas les meilleurs) et environ 400 concerts, Mauro Pawlowski annonçait son départ de dEUS. Une envie, un besoin même, pour l'ancien Evil Superstars de rompre avec un circuit pop qui lui allait finalement assez mal au teint. La bête, sa créature, Tom Barman lui-même lui fait des infidélités. Et ce en même temps qu'à l'univers trop formaté du rock. Un an à peine après le premier album de TaxiWars né de sa rencontre avec le saxophoniste Robin Verheyen, l'Anversois remet déjà le couvert, bleu, sur la table de tous les bons disquaires. Les trois premiers albums de dEUS mis à part, Barman n'a jamais semblé aussi excitant et excité qu'avec ce trio jazz complété par le bassiste Nicolas Thys (Toots Thielemans, Zap Mama) et le batteur Antoine Pierre (Philip Catherine), qui a remporté l'an dernier le Sabam Jazz Award dans la catégorie Jeune Talent.

"Je n'aurais jamais rejoint un groupe dans lequel Tom chanterait du classic jazz", rigole Verheyen, installé depuis dix ans à New York où il a joué avec Marc Copland, Gary Peacock ou encore Ravi Coltrane. Ça tombe bien, dans TaxiWars, Barman ne chante pas. Enfin pas vraiment. Nerveux au volant, il déclame, rappe, bredouille, éructe. Emmenant le jazz sur les terrains accidentés du hip hop et du spoken word.

On l'entend sur disque comme on le voit à ses concerts. Ces nouveaux paysages qui lui permettent de sinuer entre Charles Mingus, Archie Shepp et Pharoah Sanders, semblent rendre au dEUS en chef la fièvre de ses 20 ans. Il y a dans Fever, le deuxième TaxiWars, nettement moins énervé que son prédécesseur, des ambiances aventureuses comme il en installait déjà sur les deux premiers dEUS, mais elles dessinent ici tout l'univers d'un quatuor à l'attitude quasi punk. Un punk pour le coup virtuose. Et un jazz qui s'accommode à l'une ou l'autre petite exception près d'un format court. Le grand Tom n'a plus rien fait d'aussi bien depuis The Ideal Crash et d'aussi intéressant depuis In a Bar, Under the Sea.

On a beau toujours se demander après écoutes répétées ce qu'on pense vraiment de Soliloque (Sans Issue), morceau en français qui lorgne dans le débit du côté de Serge Gainsbourg... Comme Dans Dans (l'échappée belle du Flying Horseman Bert Dockx, de Lyenn et du batteur de Dez Mona), Tom Barman et TaxiWars rendent en Belgique du souffle à un genre qui, dans l'histoire toute cyclique de la musique, est en train de reprendre un petit coup de jeune.

"Le jazz durera aussi longtemps que des gens écouteront cette musique avec leurs pieds au lieu de l'entendre avec les oreilles", disait John Philip Sousa. Avec les deux, c'est encore mieux. (J.B.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A7qtbFwqe1BGOSoRw8IXImZ" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Bill Evans (with Eddie Gomez and Jack DeJohnette) - "Some Other Time/ The Lost Session from the Black Forrest"

JAZZ. RESONANCE RECORDS HCD-2019. ****

Un double album composé d'inédits de Bill Evans et de son trio capté en studio en 1968, voilà un événement considérable pour tous les amateurs de jazz et même au-delà. Enregistrée pour le défunt label allemand MPS dans le salon d'une villa de Villingen (cité située dans la Forêt noire) et jamais publiée pour des raisons contractuelles, cette session voit le pianiste interpréter 20 titres qui se partagent entre compositions personnelles (Very Early, Turn out the Stars, Walking rebaptisé ici Walking Up) et standards (dont, entre autres, I'll Remember April, My Funny Valentine, In a sentimental Mood, These Foolish Things, On Green Dolphin Street et les plus rares You Go to My Head et It Could Happen to You). L'enregistrement a été réalisé cinq jours après la prestation du combo au Festival de Montreux d'où était issu le seul disque jamais publié du trio comprenant (aux côtés du bassiste Eddie Gomez) le batteur Jack DeJohnette. L'édition concoctée par le label patrimonial Resonance offre tout ce qui a été mis en boîte lors de cette session mais a fait figurer (judicieusement) sur le premier CD les titres retenus à l'époque pour le LP jamais publié. Par ailleurs, Evans, qui se produit aussi dans ces plages en duo et en solo, est au meilleur de sa forme, offrant notamment un jeu bien plus percussif qu'il ne l'était jusque-là. (PH. E.)

Red Trio/John Butcher - "Summer Skyshift"

JAZZ. CLEAN FEED CF372CD (Instantjazz.com) ****

Il est le plus radical de tous les souffleurs de la musique improvisée en activité. Longtemps spécialiste des performances solitaires, l'Anglais John Butcher n'est pourtant jamais aussi intéressant que lorsqu'il se produit en compagnie d'autres musiciens. Surtout quand ils sont la puissance invitante comme c'est le cas avec les Portugais du Red Trio (Rodrigo Pinheiro, piano, Hernani Faustino, basse, Gabriel Ferrandini, percussions). La musique est, certes, sans concessions. Mais elle est plus proche du jazz (on pense au dernier Coltrane ou au Cecil Taylor des années 60) que ce qu'a produit depuis des décennies un saxophoniste (ténor et soprano) capable de faire montre d'un réel lyrisme lorsque l'environnement musical l'y invite. (PH. E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A3Gw8Q5TqiPYRXY8SwJXmcT" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Robert Glasper Experiment - "ArtScience"

JAZZ. BLUE NOTE 970503 (Universal). *(*)

Ça commence en boulet de canon: le second quintette de Miles revisité par quatre musiciens survoltés. L'illusion est toutefois de courte durée. Moins de deux minutes plus tard, un titre chanté et (lourdement) binaire vient soudainement s'y substituer, l'entrée en matière n'étant à coup sûr qu'une blague faite aux jazzophiles dans notre genre. Mais, comme cette musique (R&B, funk?) ne relève en rien de la note bleue (sauf sous forme de lambeaux malgré sa publication sur le label historique du jazz par excellence), nous nous sommes laissés aller à une lâche vengeance en la notant selon nos critères, alors même que nous savons qu'elle s'adresse à un autre public (du moins on l'imagine) que celui intéressé par cette rubrique. (PH. E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A1r9czg0HWsNzJaKhRMkP9u" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>Terrasson/Belmondo - "Mother"

JAZZ. IMPULSE! 49466 (Universal). **(*)

Le choix de mélanger originaux, classiques du jazz ou pas (First Song de Charlie Haden, You Are the Sunshine of My Life de Stevie Wonder), standards éternels de la musique américaine (Lover Man, You Don't Know What Love Is) et incunables de la chanson française (La Chanson d'Hélène ou Que reste-il de nos amours?) est une idée sympathique pour un duo trompette-piano. Mais, renforcé par le côté rencontre au coin du feu entre copains auquel il faut ajouter dans certains titres les attaques plus qu'approximatives du trompettiste, l'ensemble a un peu de mal à passer. En fait, on l'oublie instantanément après son écoute -le fait qu'il soit publié sur Impulse! (France) ne lui conférant malheureusement aucune aura particulière. (PH. E.)

<iframe src="https://embed.spotify.com/?uri=spotify%3Aalbum%3A5zhMCPkkIzTtOdfLQTvog7" width="100%" height="80" frameborder="0" allowtransparency="true"></iframe>LOW
16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.html23elhem-philippeJournaliste jazzElhemPhilippereporter/assets/126/avatar_64956.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-elhem-23.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/philippe-elhem-23.html25hoebrechts-laurentJournaliste musiqueHoebrechtsLaurentreporter/assets/88/avatar_45384.jpglaurent.hoebrechts@levif.behttp://focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/laurent-hoebrechts-25.htmlEx-CultHow to Dress WellNicolas JaarBill EvansTerrassonBelmondoRobert GlasperChris ShawTy SegallGoatTom BarmanTaxiWarsRed TrioAce RecordsTemple RhythmsUniversalInstantjazzImpulse!electronicarocksoulRNBworld folkjazz
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois
05626992016-10-17 10:00:132016-10-17 11:52:46Focus VifPas de parutionNormalArticleJulien BroquetPar Julien BroquetMusiqueLeVif Focus

Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois

Quelques jours après Eric Powa B, c'est une autre figure emblématique de la nuit bruxelloise qui nous quitte. Thierry Steuve est mort d'une crise cardiaque ce week-end, à 52 ans. En guise d'hommage, nous ressortons cette interview qu'il nous accordait il y a deux ans, à l'occasion du Mod Day qu'il organisait en marge d'un concert de Paul Weller. Mod de vie...

yesrmgimport newsgate2016-10-17 11:20:00http://focus.levif.be/culture/musique/deces-de-thierry-steady-go-le-plus-mod-des-djs-bruxellois/article-normal-562699.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/musique/deces-de-thierry-steady-go-le-plus-mod-des-djs-bruxellois/article-normal-562699.htmlhttp://focus.levif.be/culture/musique/http://m.focus.levif.be/culture/musique/
Décès de Thierry Steady Go, le plus mod des DJs bruxellois

"Je n'ai pas envie d'être un mouton. Les moutons, ça vit en troupeau. Et dans un troupeau, tu as toujours un trou du cul devant toi." Assis à la terrasse du bar de l'Ancienne Belgique où son pote Paul Weller est attendu quelques jours plus tard, Thierry Steuve a le verbe haut et l'humeur raconteuse. Thierry Steady Go, comme on l'appelle dans le milieu noctambule, est l'organisateur des soirées DYN-O-MITE, mixe à tous les concerts soul ou certifiés british dignes de ce nom et reste à bientôt 50 piges l'un des derniers vrais Mods du pays.

Mod, c'est l'abréviation de Moderniste. Le terme a beau qualifier à l'origine les amateurs d'un style de jazz nouveau opposés aux traditionnalistes qu'ils considèrent comme dépassés et vieux jeu, le mouvement naît à la toute fin des années 50 d'une irrépressible obsession pour les vêtements. "Pour moi, c'est la transition entre le noir et blanc et les années 60 où tout devient coloré, explique Thierry, moulé dans son polo Montagut. Au début, les Mods sont des jeunes gens davantage obnubilés par les fringues que par la musique. Ils n'ont rien de rebelle. La plupart des Mods ont un background juif. Souvent des parents tailleurs. Ils veulent se démarquer de la vie de tous les jours dans une Angleterre encore en train de se reconstruire." Ce qu'ils font à travers leur apparence vestimentaire, leur goût pour la musique et la danse.

A l'époque, l'Angleterre se lance enfin dans la société de consommation après des années de guerre et d'austérité. Les Mods sont des employés de bureau et de boutique, possèdent des métiers propres et urbains qui leur permettent un certain confort de vie. Ils s'inspirent fortement du dandysme, doctrine de l'élégance, de la finesse, de l'originalité. Le Mod, comme le dandy de Baudelaire, "doit être sublime sans interruption. Il doit vivre et dormir devant un miroir."

Les références Mods sont triées sur le volet mais sans sectarisme. Les Mods aiment le rhythm'n'blues, le ska, le cool jazz, la soul des écuries Motown et Stax. "Le premier Mod célèbre, c'est Marc Bolan. Costumes italiens, cravates françaises, musiques américaines et jamaïcaines... Le Mod prend ce qui lui plaît là où ça lui chante. Il élabore son propre melting pot. Tout, de toute façon, est dans le souci du détail et l'idée de se distinguer, d'avoir une longueur d'avance."

Elitiste, le Mod? Pour sûr. Individualiste aussi: 1964, le mouvement de masse, le cliché réducteur du scooter, du parka et des bagarres à la mer, très peu pour Thierry Steady Go... "Aujourd'hui, tout le monde met du Fred Perry et du Ben Sherman. Ça ne peut plus être considéré comme Mod. Moi, mes vêtements, c'est du sur-mesure. Ma couturière vit à Perpignan. Dans les années 80, j'étais loin: je faisais même faire mes propres chaussures... C'est plus compliqué aujourd'hui. Et en même temps, tu peux trouver des choses sympas dans des grandes enseignes et les faire retailler un peu. Le but n'est pas d'acheter des trucs à des prix exorbitants."

La culture Mod, Thierry est tombé dedans quand il était petit. "J'ai vu mon premier Mod en 1978 devant la prison de Wakefield. Je l'ai trouvé génial. Et quand, l'année d'après, je suis tombé sur les Specials à la télé, ça a été la révélation. Le ska." Suivent The Jam, les concerts à l'AB. "Je me souviens que la bande à Paul Weller voyageait avec deux bus d'Anglais quand elle venait jouer chez toi. Des skins du coin ont débarqué rue des pierres en gueulant "Fuck The Mods". Ils ont ramassé."

Mais Thierry y tient: les Mods ont été l'une des premières sous-cultures antiracistes sur la carte. "Un jour, John Lee Hooker jouait à Nottingham. Les artistes n'étaient pas hébergés comme aujourd'hui. Un fan l'a invité à pieuter chez lui. Ses parents ont été choqués qu'il ramène un noir à la maison... Les Mods n'aiment pas seulement la culture noire américaine, ils se mêlent aussi aux Jamaïcains. Parce qu'ils apprécient leur musique. Puis parce que ces derniers leur fourguent de la drogue."

<iframe src="https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fnickwaterhousemusic%2Fposts%2F1325979454088696%3A0&width=500" width="500" height="586" style="border:none;overflow:hidden" scrolling="no" frameborder="0" allowTransparency="true"></iframe>

Lire également l'interview de Thierry Steuve pour le livre Belgium: The Vinyl Frontier: "Ma mère m'a donné 3000 francs belges pour aller chez le dentiste. J'ai tout dépensé pour acheter des disques."

Pump Up The Jam

Arrivée à Londres il y a quelques années, la photographe Carlotta Cardana, récemment primée aux International Photography Awards, s'est fait une spécialité d'immortaliser, en couple, les Mods du XXIe siècle. "J'étais impressionnée par leur style. Pour moi, la quintessence britannique", commentait-elle récemment sur le site de Slate.

En 2014, le regain d'intérêt pour la Mod Culture est prégnant. Dans la grande distribution et chez les couturiers célèbres comme sur la scène rock émergente: Jake Bugg, les Strypes, les 45's... Aucun de ces musiciens en herbe n'est un vrai Moderniste pour les puristes mais ils en ont tout l'air. Un peu comme un Bob Dylan ou des Rolling Stones en leur jeune temps. Finalement, le plus Mod des rockeurs de la nouvelle génération s'appelle sans doute Miles Kane. 28 ans tout de même au compteur. "Les premières fois que j'ai voulu être beau et distingué, j'étais encore gamin, se souvient-il dans les coulisses de l'AB. Ado à Liverpool, j'avais acheté un costume noir assez cher pour moi... J'ai toujours été intrigué et séduit par les vêtements. J'aime ça. C'est un mode de vie. Si tu retirais la musique, je continuerais à m'habiller comme je le fais."

La passion de Miles Kane pour les fripes n'en est pas moins liée à son amour des guitares et au vent de fraîcheur insufflé au mouvement par la Britpop. "A l'époque, je découvrais Oasis, Blur... Je ne parlerai pas d'un look mod, c'était plus baggy qu'autre chose. Mais c'est à ce moment-là que j'ai commencé à percevoir la musique et les vêtements comme des trucs identitaires. Tu n'as pas besoin d'un costume trois pièces vintage pour être un Mod. L'idée n'est pas de rester coincé dans le passé. D'être un suiveur. Elle est de se réinventer. De rester frais."

La mère de Miles est une grande fan de la Motown, des Four Tops, des Sensations... "Je me souviens qu'elle m'a acheté une compilation des Small Faces quand elle a découvert que j'aimais les frères Gallagher", sourit Miles. Les Small Faces. Un groupe à qui son manager avait tout de même ouvert un compte dans les principales boutiques de Carnaby Street, jadis épicentre de la Mod culture.

"The Jam, j'y suis arrivé plus tard. Et encore une fois, je pense que c'est ma mère qui m'a offert un Greatest Hits. J'ai le souvenir d'un DVD. Un concert à Newcastle. J'ai flashé sur l'agression, l'attaque de ces chansons aux allures pourtant poppy. Puis aussi leur manière de se fringuer, de bouger... J'étais bluffé. Je me suis dit voilà ce que je veux devenir. Je n'avais jamais vu qui que ce soit jouer de la gratte avec autant d'attitude. Weller n'était pas juste un chanteur ou un guitariste. Il était les deux et ça me parlait."

Comedy Mods

"On a aimé le premier single d'Amy Winehouse mais dès qu'elle a eu du succès, c'était poubelle." Chez les Mods aujourd'hui, Sharon Jones, Charles Bradley, James Hunter ou encore le soulman blanc-bec Nick Waterhouse ont la cote. De l'avis général, si la culture Mod survit, c'est parce qu'elle est en permanente évolution. "Un Mod ne se qualifie pas de Mod, note Thierry. Mais on se reconnaît à une certaine manière de se fringuer, de se tenir, de marcher, de danser et on se fait un petit signe quand on se croise dans la rue."

Internet a bien évidemment participé au retour en grâce du mouvement Moderniste. Positivement. "Beaucoup de sites te conseillent pour les fringues et permettent de glaner des infos sur son histoire." Mais négativement aussi. "Le versant commercial et clownesque de ce renouveau. "

Les réseaux sociaux comme Facebook ont permis à Thierry de retrouver des potes de l'époque. "Ils offrent aussi la possibilité de faire circuler les infos d'événements, de soirées et de nouveaux groupes à suivre... En attendant, quand j'organise des soirées, je dois faire appel aux Hollandais et aux Français. En Belgique, on doit être une vingtaine ou une trentaine. Certains mecs en sont, je le sais. Mais ne veulent plus être associés au mouvement." Notamment à cause de l'émergence des comedy mods. "Des mecs qui ont été mods du temps de The Jam et veulent revivre leur jeunesse mais sont mal habillés et à moitié chauve. J'en ai même vu avec des queues de cheval..."

Pour approfondir le sujet...

Absolute Beginners

Paru en 1959, le quatrième roman de Colin MacInnes décrit l'art de vivre Mod sans le nommer et bien avant que les médias britanniques ne s'en saisissent pour en faire un sujet à sensation. Absolute Beginners, Les blanc-becs pour sa traduction française (éds. Folio), raconte les aventures d'un photographe freelance encore adolescent qui vit dans l'Ouest de Londres au milieu des marginaux, des immigrés caribéens, des toxicos et des homos et fait une fixette sur les vêtements et le jazz.

Quadrophenia

Adaptation cinématographique d'un opéra rock du même nom des Who composé dix ans plus tôt par Pete Townshend, Quadrophenia dépeint le quotidien de Jimmy. Un jeune Mod londonien en colère qui s'habille comme un prince, se gave d'amphétamines, roule forcément en scooter et prépare un week-end d'émeutes à Brighton Beach. Le film de Franc Roddam, plein d'anachronismes et non dénué de clichés, est ressorti l'an dernier en version restaurée et remasterisée. Les vrais de vrais vous recommanderont Les Tricheurs de Marcel Carné.

Mods: The New Religion

Publié en Angleterre il y a quelques semaines comme pour célébrer le 50e anniversaire des bagarres entre Mods et Rockers, et donc pas encore traduit en français, le bouquin de Paul Anderson, collectionneur de disques, DJ Mod, boss de fanzines et organisateur d'événements (telle en 2011 la plus grande expo organisée sur le mouvement), raconte tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la scène Mod sans jamais oser le demander. Ou du moins sans jamais trouver à qui vous adresser.

21st century modsBradley Wiggins

Inventeurs du sportswear, les Mods ont dans le temps porté des maillots de cyclistes et même parfois des casques de vélo sur leurs scooters. Bradley Wiggins le leur rend bien. Dandy du peloton, le vainqueur du Tour de France 2012, champion olympique en titre du contre-la-montre, se fringue comme un dieu. Collectionne les Vespa et les Lambretta. Et tient Paul Weller pour modèle. Mélomane averti, Wiggins est fan des Small Faces, des Who, de The Jam, d'Oasis et d'Ocean Colour Scene. Collectionneur de grattes, ce Londonien working-class, stylé et un brin arrogant, s'est d'ailleurs offert l'un des instruments les plus rares du bassiste John Entwistle. Wiggins, qui se fait accompagner sur les routes du tour de France par un photographe, Mod lui aussi, a conçu plusieurs collections de vêtements ces dernières années en association avec Fred Perry.

Martin Freeman

"Vous pouvez m'appeler Mod mais avec un petit "m". Je ne porte pas de parka mais je questionne mes vêtements et ce que j'écoute... Etre un mod est plus une question de sensibilité que de style." L'acteur britannique Martin Freeman, le Bilbon Sacquet du Hobbit, le docteur Watson de Sherlock (la série BBC) et jadis le meilleur vendeur de The Office, aime le look pre-mod jazz de la fin des années 50, le style Steve McQueen qui influença les modernistes anglais et celui de Ray Davies en 1966... Freeman, fana de musique qui chantait à cinq ans sur les albums des Sex Pistols, du Clash et des Buzzcocks, et achetait à neuf piges des disques 2 Tone, est amateur de mocassins depuis qu'il a vu Terry Hall des Specials en chausser sur la pochette de Do Nothing. Elémentaire mon cher Martin...

Miles Kane

S'il est un rockeur de la nouvelle génération qui incarne le style Mod du XXIe siècle, c'est bien ce playboy de Miles Kane. Partenaire du Arctic Monkey Alex Turner au sein des Last Shadow Puppets et cousin des frères Skelly (The Coral), Miles ne se fringue pas comme les trois quarts des rock stars pour monter sur scène, traînant dans leur loge et leur quartier en slashs et en training. Kane, qui voit Jacques Dutronc comme un Serge Gainsbourg mod (et a d'ailleurs repris Le Responsable), a la dégaine, le look et la musique qui va avec. Il a d'ailleurs joué les modèles à New York avec son père spirituel Paul Weller pour le designer John Varvatos...

LOW16broquet-julienJournaliste musique et téléBroquetJulienreporter/assets/88/avatar_45378.jpghttp://focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlhttp://m.focus.levif.be/culture/auteurs/julien-broquet-16.htmlThierry SteuvePaul WellerThierry Steady GoMarc BolanFred PerryMiles KaneSharon JonesCharles BradleyColin MacInnesPete TownshendMarcel CarnéBradley WigginsMartin FreemanModsModdécès