Tout sur des mères: entretien avec le réalisateur de La Vraie famille, drame juste et sensible

Histoire d'un jeune garçon partagé entre son père biologique et sa famille d'accueil.
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Après une mère porteuse dans Diane a les épaules, Fabien Gorgeart s’intéresse à une mère d’accueil dans La Vraie Famille, un film renvoyant à son expérience personnelle.

Fabien Gorgeart, on l’avait découvert en 2017 avec Diane a les épaules, un premier long métrage où l’excellente Clotilde Hesme incarnait une mère porteuse pour un couple d’amis. Quatre ans plus tard, la maternité est encore au coeur de La Vraie Famille, un drame sensible vu à travers le regard d’Anna -l’épatante Mélanie Thierry-, une mère d’accueil confrontée au désir du père biologique de son jeune garçon d’en récupérer la garde. « Diane a les épaules constituait une manière un peu détournée pour raconter déjà l’histoire de La Vraie Famille, soupèse le cinéaste, que l’on interviewe par écran interposé. Ça vient du fait que ma mère a été assistante familiale, que nous avons été famille d’accueil et qu’on a accueilli chez nous un petit garçon âgé de 18 mois qui est reparti quand il avait 6 ans. Au moment où je me suis autorisé à devenir réalisateur, j’ai eu envie de travailler autour de cette histoire-là. Mais ça a pris du temps: j’ai écrit plusieurs tentatives de scénario, que j’ai toujours fini par mettre au fond d’un tiroir. Et puis, j’ai tourné Diane a les épaules, et peut-être que ce pas de côté a fait que, délesté de l’angoisse du premier long métrage, je me suis senti plus à l’aise d’y retourner, et de raconter plus franchement ce qu’on avait traversé. Avec une limite quand même, qui était de partir de notre histoire -le schéma du film, c’est ce qu’on a connu, et en gros, ma position est celle de l’aîné-, mais de rencontrer d’autres familles d’accueil, des éducateurs spécialisés, de m’inspirer d’autres histoires pour les greffer à la mienne. »

Tout sur des mères: entretien avec le réalisateur de La Vraie famille, drame juste et sensible

Si La Vraie Famille s’inspire de l’expérience personnelle du réalisateur, le film réussit, ce faisant, à trouver la distance voulue, et cela, tant sur le plan émotionnel que sur le plan narratif, où Fabien Gorgeart évite avec doigté les pièges du film à thèse, écrasé par ses enjeux sociétaux. « C’était la problématique à l’écriture, effectivement. Une des clés, c’était de m’assurer que mon autofiction puisse appartenir à un genre du cinéma, m’assurer que ce réel que j’avais vécu pouvait appartenir à la fiction. C’est tout bête comme présupposé de départ, mais j’ai voulu que ce soit un mélodrame populaire. Je suis large dans les références que j’y mets, qui vont de The Kid, dont l’histoire a pour moi des similitudes, à Kramer contre Kramer, avec des adultes qui se déchirent sur le sort des enfants, et jusqu’à E.T., que j’ai vu à l’époque où nous avons vécu ça et qui est au fond l’histoire d’un enfant placé. Je savais ne pas vouloir forcément appartenir à un cinéma sociologique, mais plutôt à un cinéma sentimental. Et je voulais que le chemin soit le plus juste et le plus complexe possible, et donc donner à toutes les parties leur chance. »

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Deux légitimités contradictoires

Un cahier des charges respecté à la lettre, le film orchestrant ce qui s’apparente à la confrontation de deux légitimités, avec ce que cela peut charrier d’incompréhension et de douleur; d’inconfort aussi pour les représentants de l’institution chargée de donner un cadre aux choses. « Ce sont souvent des équations impossibles à résoudre, mais parfois, on en approche un peu, observe Fabien Gorgeart. Après, la configuration du film, c’est aussi une sorte de miroir assez idéal de ce genre d’histoire, dans le sens où on est plutôt sur le débordement d’amour que sur le manque d’amour. Ça m’importait beaucoup, et ça faisait écho à ce que j’avais ressenti enfant, alors qu’en fait, la réalité était peut-être bien plus dure et violente. Mais j’ai entendu des histoires qui correspondent à celle du film. Il y a 56.000 familles d’accueil en France et 76.000 enfants placés, et il y a quasiment autant d’histoires. » Partant, le film évite de charger l’un ou l’autre des intervenants, famille d’accueil, père biologique ou aide sociale ayant à traiter de cas parfois épineux, suivant le principe, énoncé en son temps par Jean Renoir, que chacun a ses raisons. Pour s’accrocher à l’humain et à des sentiments complexes auxquels Mélanie Thierry apporte justesse et intensité. « Contrairement à mon premier long métrage que j’avais écrit pour Clotilde Hesme, je n’ai écrit ce projet pour personne. On a fait un travail de casting assez classique. Mélanie est venue assez vite, et la rencontre avec elle a créé ce sentiment d’évidence. Ce que j’aime chez elle, c’est l’impression que son émotion est toujours à fleur et que le travail ne va pas être de la convoquer, mais plutôt de la retenir, ce qu’Anna doit essayer de faire. Et puis, j’avais comme références Meryl Streep et ma mère, il fallait à la fois cette figure « bigger than life » et cette figure simple et populaire. Et Mélanie, elle a ça aussi. Elle n’est pas sophistiquée dans ce qu’elle est, et ça, j’aime beaucoup… »

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