Plages de lecture : notre sélection estivale de livres musicaux

Jean-Jacques Burnel © gettyimages

L’été 2022 sera propice au bouquinisme musical. La saison est riche en produits “bio”. En voici une petite sélection subjective.

Jean-Jacques Burnel, Strangler in the Light

Un livre sous forme d’entretien, c’est possiblement un peu casse-gueule sur la longueur, mais la (bonne) surprise est au rendez-vous de ces conversations menées par Anthony Boile, diplômé en Histoire de l’art, avec l’infameux bassiste des Stranglers. En douze chapitres thématiques, la saga du groupe anglais et du parcours du turbulent Burnel trace un itinéraire poivré. Où l’on note l’ostracisme d’être de parents français dans l’Angleterre des années 50-60. Où l’on plonge dans le karaté de JJ comme dans ses rapports bouillants avec les autres membres du groupe. Un bémol? L’impression grisâtre des photos.

Marc Danval, l’épicurieux

Chroniqueur à La Première, Michaël Albas se lance dans un texte sur l’homme de La Troisième Oreille, programme mythique du samedi après-midi: Marc Danval, qui a murmuré aux oreilles des vedettes pendant plus d’un demi-siècle. Outre un goût prononcé pour les chemises hawaïennes et les audacieux polos rose saumon et vert pomme, Danval, 85 piges, a causé, interviewé, partagé des coups avec Louis Armstrong, Chet Baker, Gainsbourg et même Billie Holiday, paraît-il. L’homme “ aux 2 000 conquêtes féminines” se raconte, sans jamais hésiter à mettre un doigt d’imagination, voire de fiction, dans un parcours qui inclut également poésie et gastronomie. Là encore, les images méritaient un peu plus d’encre. Qui, aux dernières nouvelles, ne manque pas suite à la guerre en Ukraine.

Front 242 – Catch the Men

Aurait-on imaginé un jour lire un bouquin à la plage, face à l’infini azuré, perché sur un bar à cocktails, à propos des électrobodyciens néo-indus bruxellois? Non. Mais au fil de trois années de rencontres et d’enquête, le Français Éric Duboys s’est plongé dans la frontitude maximale et en a tiré un étonnant bouquin. Outre le soin apporté à la chronologie des faits, l’auteur est parvenu à convaincre les intéressés, notoirement connus pour leur légendaire réticence à se livrer -quoi qu’adoucie au fil des décennies- à fournir par exemple des photos d’eux gamins. Les formidables instantanés de Patrick Codenys, Jean-Luc De Meyer et Richard Jonckheere -Daniel Bressanutti, le fondateur, passe son tour- ont le mérite de dédouaner le sens d’une bio officielle guindée ou exagérément supervisée. Celle-ci va très loin, scannant ce qui constitue peut-être la plus dingue, improbable et radicale aventure musicale belge. Oui, bien avant Angèle et Stromae. En plus, c’est bien écrit. À Front les manettes!

The Islander: My Life in Music and Beyond

C’est sorti le 7 juin, en langue anglaise uniquement. On n’a pas encore eu l’occasion de le lire. Mais les échos auxquels on fait confiance, notamment les reviews du Guardian, donnent des infos précises sur ce livre cosigné par Paul Morley, journaliste britannique reconnu. Le sujet est de taille. Chris Blackwell, d’une famille nantie anglaise, naît en 1937 avec une petite grosse cuillère argentée en bouche. Il est de la lignée Crosse & Blackwell, marque alimentaire aux revenus millionnaires. Dès la fin des fifties, le jeune Chris organise un pont discographique, via le ska et le pré-reggae, entre Jamaïque et Grande-Bretagne via son label Island Records. Il devient mondialiste lorsqu’il signe Bob Marley au début des années 70 et puis tout s’emballe dans l’écurie, rachetée par Polygram/Universal en 1989: Tom Waits, Grace Jones, U2, Roxy Music, PJ Harvey et des dizaines d’autres, marquant la musique. La mère de Chris, Blanche, est morte à 104 ans. On lui souhaite pareille longévité.

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© National
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Passé composé

Parus fin 2021, les Mémoires de Quincy Jones (Le Cherche Midi) méritent bien une prolongation de lecture vers l’été, vu l’ampleur et la longévité du musicien-arrangeur-producteur-compositeur américain (1933). L’homme multi-platine de Thriller, qui a survécu à ses rencontres avec Charlie Parker et Frank Sinatra, reste une saga américaine d’exception. Dans un genre tout aussi dansant, le Daft de Pauline Guéna et Anne-Sophie Jahn, publié en février chez Grasset, revient avec beaucoup d’infos sur le trajet des deux Français robotiques. Et la façon dont leur improbable électro chewing-gum a conquis la planète. Petit coup de sympathie pour Jolie petite histoire, paru fin avril au Cherche Midi. Louis Bertignac, le guitariste de Téléphone et du remake sous le nom des Insus, repart des origines -né dans une famille juive d’Oran en 1954- et parle d’une sacrée aventure française. Et puis Patti Smith et Arthur Rimbaud: une constellation intime, de Pierre Lemarchand, sorti à l’automne dernier aux éditions Le Mot et le Reste, n’a pas le poids sentimental des formidables Just Kids (2010) ou M Train (2015), toujours conseillés et disponibles, de la chanteuse. Mais l’ouvrage incarne la fixette de la poétesse sur l’aventurier français.

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