Daft Punk, humains malgré tout: quatre coups de maître du duo français

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Scènes de désolation sur la planète dance: Daft Punk est mort. Plus énigmatiques que jamais sous leur casque, les deux Français ont annoncé leur séparation et la fin de l’une des épopées musicales les plus marquantes de ces trente dernières années.

C’est une scène de western post-apocalyptique. Casqués d’or et d’argent, les deux Daft Punk avancent au milieu du désert. L’un ralentit. L’autre se retourne, et le rejoint. Le décompte est activé. Une minute plus tard, c’est l’explosion. « 1993-2021 », indique l’écran. « If love is the answer, you’re home », conclut le choeur enfantin sur Touch, issu de leur dernier et désormais ultime album.

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Jusqu’au bout, le duo français le plus célèbre de la planète, as du marketing, aura donc contrôlé son image et son histoire. Reprenant une scène de leur film Electroma, la vidéo d’Epilogue a beau être muette, elle ne laisse planer aucun doute: Daft Punk, c’est fini. En 28 ans d’activité, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo auront sorti 4 albums studio. C’est peu. Mais assez pour révolutionner la planète dance et les musiques populaires en général. De la house filtrée des débuts au sentimentalisme post-disco de Random Access Memories, Daft Punk aura chamboulé les musiques électroniques. Longtemps vues comme la bande-son de fêtes droguées, ils l’ont reconditionnée en un bien de consommation courante, une version pop art. Un peu à la manière d’un Warhol, disparu en 1987, un 22 février. Tiens, comme Daft Punk…

Daft Punk, humains malgré tout: quatre coups de maître du duo français
© DR

1. Bangalter et de Homem-Christo se rencontrent en 1986, au lycée Carnot, à Paris. Ils fondent d’abord le groupe rock Darlin’. Mais l’accueil critique est réservé, un journaliste anglais traitant même leur musique de « daft punk trash ». Soit, ils trouveront là le nom de leurs prochaines aventures. Elles seront électroniques, les deux Parisiens vrillant sous les coups de la révolution techno-house en cours. Symboliquement, la même année où Kurt Cobain se fait sauter le caisson, soldant les dernières illusions rock, Daft Punk sort son premier maxi. Son titre: The New Wave

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2. Au départ, la techno figurait la bande-son du futur. Un avenir souvent sombre, menacé par la technologie et les intelligences artificielles. Chez Daft Punk, c’est un peu l’inverse. Les robots ont des sentiments. Et le futur est déjà une nostalgie. Celle par exemple des anime japonais, Albator en tête, avalés gamin devant la télé, le samedi matin. Comme quand ils sortent Discovery, et son esthétique VHS, accompagné du film Interstella 5555, réalisé par le studio Toei Animation.

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3. D’une house abrasive, bidouillée avec un minimum de moyens, les Daft Punk passeront à une dance music de plus en plus sophistiquée, travaillée dans des studios toujours plus luxueux, titillant volontiers les notions de bon et mauvais goût. Avec, en point d’orgue, le succès phénoménal de Get Lucky en 2013, joué depuis dans chaque soirée de mariage, jusqu’à être repris lors des cérémonies du 14 juillet, par une fanfare militaire, devant un Trump interloqué…

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4. Si la house et la techno sont nées aux États-Unis, il faudra attendre Daft Punk pour que le public américain s’empare davantage des musiques électroniques. Le 29 avril 2006, Daft Punk fait un triomphe sur la scène de Coachella. Le moment est marquant. Alors que la dance music est encore souvent snobée, et cantonnée aux clubs, les deux Français réussissent à occuper les scènes des plus grands festivals. Enregistré sous le titre Alive 2007, le live, spectaculaire, leur vaudra d’ailleurs leur premier Grammy award.

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