Sur Twitter, c'est cette semaine Guillaume Durand qui s'est retrouvé au coeur d'une tourmente-minute, la bonne petite shitstorm des familles. Le Feu des Enfers prit ce lundi 25 janvier 2021, lorsque le journaliste français surtout connu pour ne pas porter de chaussettes dans ses chaussures de ville et être sorti "traumatisé" de la présentation de Nulle Part Ailleurs il y a 20 ans, y publia le post jugé "fort condescendant" que voici: "Nous sommes en pleine Lupinade/The Crown/Casa Del Papel. Plus les gens m'abreuvent de leurs addictions admiratives aux séries, plus je leur conseille de relire Hamlet ou de s'intéresser à Manet. Comment peut-on utiliser son seul temps libre à ingurgiter le Bureau des Légendes?"
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Sur Twitter, c'est cette semaine Guillaume Durand qui s'est retrouvé au coeur d'une tourmente-minute, la bonne petite shitstorm des familles. Le Feu des Enfers prit ce lundi 25 janvier 2021, lorsque le journaliste français surtout connu pour ne pas porter de chaussettes dans ses chaussures de ville et être sorti "traumatisé" de la présentation de Nulle Part Ailleurs il y a 20 ans, y publia le post jugé "fort condescendant" que voici: "Nous sommes en pleine Lupinade/The Crown/Casa Del Papel. Plus les gens m'abreuvent de leurs addictions admiratives aux séries, plus je leur conseille de relire Hamlet ou de s'intéresser à Manet. Comment peut-on utiliser son seul temps libre à ingurgiter le Bureau des Légendes?" "Relire Hamlet?, s'enflamma au quart de tour son confrère Bruno Masure: comble du snobisme crétin." Autres réactions à ce post donc très vite adjugé scandaleux, ignare et insultant: "Shakespeare était littéralement le Netflix de son époque". "On ne hiérarchise pas la culture en méprisant ce qui est moderne et populaire". "Les séries sont aujourd'hui un support artistique majeur". "En tant que personne qui a lu Hamlet et Attack on Titan, je vous conseille quand même Attack on Titan". Bref, de la pignolade au kilo. Comme d'habitude sur les réseaux sociaux, surtout Twitter. Mais ce n'est pas tout. Depuis, cette sortie de Guillaume Durand a aussi fait l'objet d'articles sur The Huffington Post, BFMTV, Yahoo Actualités, Télé Loisirs, Voici et bien d'autres médias. On a même vu le journaliste s'excuser à la télévision de ce tweet "maladroit" et, à nouveau sur les réseaux sociaux, se faire une nouvelle fois copieusement insulter après qu'il ait confondu dans la même interview télévisée JRR Tolkien et GRR Martin. Bref, ça a été une escalade rapide. Tout en me consternant quand même pas mal, ce cirque m'a fait bien rire. D'accord: Guillaume Durand est un snobinard fini. Ce n'est pas un scoop. Mais évidemment, pour le coup, il a aussi entièrement raison. À ma droite, une pièce de William Shakespeare qui tourne depuis 1601. 420 ans de succès jamais démenti, donc. Ce n'est pas rien. C'est la preuve qu'Hamlet a résisté au temps, aux modes, aux déconstructions, aux tentatives de déboulonnages, aux remises en cause, au désintérêt... Or, quelles sont les chances de La Casa Del Papel et du Bureau des Légendes d'encore intéresser qui que ce soit dans 420 ans, en plein XXVe siècle donc, à part peut-être quelques historiens culturels? Parlera-t-on même du Bureau des Légendes dans 20 ans comme on parle aujourd'hui de The Wire et des Sopranos? Vous imaginez sinon vraiment le souvenir d'Omar Sy briller au milieu du XXIIIe siècle, 183 ans après sa mort, comme le talent d'Édouard Manet aujourd'hui? Pour son rôle dans Lupin, en plus, alors que là, quand on parle du Lupin de l'ORTF d'il y a 50 ans, on en trouve quand même pas mal pour aujourd'hui penser que c'était Jacques Dutronc et non Georges Descriéres qui en tenait le rôle principal. Bref, je trouve qu'il faut un aplomb incroyable pour aller chicaner ce tweet de Durand, cette eau qui mouille. L'accuser de radoter et de se la ramener, c'est même exactement comme si on ordonnait à Paul Bocuse de se caler sa mousse de truite dans le tabernacle parce que le poulycroc, c'est mieux. Ou y aller d'un bien pépouze "Ouais, pas mal, The Canterbury Pilgrims. William Blake dessine bien les chevaux. Mais je préfère quand même les Tuniques Bleues." Imaginons maintenant tweeter ce même Guillaume Durand à l'époque de La Cinq, fin eigthies donc: "Nous sommes en pleine Maguynade/Marie Pervenche/Marc & Sophie. Plus les gens m'abreuvent de leurs addictions admiratives aux séries, plus je leur conseille de relire Shakespeare ou de s'intéresser à Manet. Comment peut-on utiliser son seul temps libre à ingurgiter Châteauvallon?" Voilà qui serait drôlement mieux passé, non? Ou celle-ci, tiens: "Nous sommes en pleine Maguynade/Marie Pervenche/Marc & Sophie. Plus les gens m'abreuvent de leurs addictions admiratives aux séries, plus je leur conseille de lire James Ellroy ou de s'intéresser à David Lynch." Là, on aurait carrément comparé Guillaume Durand au Messie du Bon Goût. Il aurait été perçu comme "chébran", il est des nôôôôtres, combattant la sous-culture abêtissante des masses en proposant à ces mêmes masses une alternative certes un peu élitaire mais jamais élitiste. Parce que hiérarchiser la culture populaire, ça se fait, oui. Constamment, même. En revanche, lui préférer le classique, l'indémodable, le blindé au temps, le toujours pertinent 2 ou 4 siècles plus tard, non: verboten, guillotine, mort aux pedzouilles! Voilà dès lors ce qu'aurait dû tweeter Guillaume Durand ce 25 janvier 2021: "Nous sommes en pleine Lupinade/The Crown/Casa Del Papel. Plus les gens m'abreuvent de leurs addictions admiratives aux séries, plus je leur conseille de voir Euphoria ou de s'intéresser à WandaVision". Ça, il l'aurait balancé sur Twitter lundi dernier, il serait aujourd'hui rédacteur en chef du Journal du Geek. This is the way.