"Notre première série, Ploup, était un écran d'ordinateur (ou de portable) sur lequel on suivait des discussions de messagerie instantanée... Pour 18h30, finalement, on a juste ajouté des personnages et un décor mais globalement c'est toujours le même concept: regarder et écouter des gens parler."
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"Notre première série, Ploup, était un écran d'ordinateur (ou de portable) sur lequel on suivait des discussions de messagerie instantanée... Pour 18h30, finalement, on a juste ajouté des personnages et un décor mais globalement c'est toujours le même concept: regarder et écouter des gens parler."Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur, les cocréateurs de la série, sont fort aimables, mais aussi particulièrement modestes, car 18h30, c'est bien plus que ça! On y suit Éric et Mélissa, tous deux employés d'une société dont on ne saura pas le nom. Mélissa débute, Éric est là depuis treize ans. Tous les soirs, ils parcourent ensemble le chemin entre le sas d'entrée de l'entreprise et l'arrêt où chacun prendra son bus respectif. Après quelques échanges sur les process de la société et autres banalités "startupnationesques" entrecoupés de nombreux malentendus et maladresses, une complicité va finir par s'installer entre les deux collègues... Ce qui intéressait Maxime et Sylvain, c'est "cette parenthèse, qui a lieu quand les gens sortent du travail, entre vie professionnelle et vie privée. Quand ils ne sont ni des employés, ni des pères, des mères, des maris ou des épouses. Que se passe-t-il dans ce tout petit interstice de temps?" Alors bien sûr, Éric et Mélissa ne font que déambuler calmement entre des immeubles emplis de bureaux, et le danger est bien moins prononcé qu'entre les tranchées de 1917, mais figurez-vous que chaque épisode de 18h30 a été tourné, comme le film de Sam Mendes, en plan-séquence intégral. "On voulait vraiment prendre le contre-pied de l'ultracut qui pullule depuis quelques années", expliquent Chamoux et Gouverneur. Un épisode ne dure certes que cinq ou six minutes, mais 18h30 balance un lent uppercut à tout ce qui se fait dans le genre. "On voulait vraiment installer le spectateur dans un temps long, qu'il accompagne les personnages, qu'il sente l'épaisseur de ce temps avec les hésitations, les silences ou les bafouillages des comédiens." Alors, pendant que les saisons défilent, que les journées raccourcissent et que les chemises rallongent, les deux collègues se rapprochent, se fâchent, s'évitent, se retrouvent. Un petit saut de Mélissa sur un muret, un simple regard d'Éric... Chaque geste en dit long sur l'état d'avancement de leur relation. Le site choisi pour le tournage semble avoir été conçu pour la série, tant il se prête à tous ce que ses auteurs ont voulu y mettre: "Quand la production nous a montré des photos de Mériadeck à Bordeaux (quartier d'affaires de la cité girondine, NDLR), on s'est immédiatement imaginé tourner là-bas... On a adoré ce mix étrange entre une version un peu désaffectée de la Défense, des stations balnéaires espagnoles de type Benidorm et même un petit feeling japonais."Outre quelques légères variantes, le sinueux itinéraire emprunté par les deux acteurs (Pauline Étienne et Nicolas Grandhomme, excellents) lors de (presque) chacun des épisodes est toujours le même. Il se révèle comme le terrain de jeu idéal pour les deux scénaristes qui commettent là leur toute première réalisation. Ils ont adoré et, tels deux laborantins sériels, ont profité du vaste décor pour tenter quelques irruptions surprenantes et poétiques: un coach de vie sorti de nulle part, un projecteur subrepticement braqué sur les personnages principaux... Sylvain Gouverneur et Maxime Chamoux sont loin d'être les premiers venus: tous deux membres de la galaxie So Press (les magazines So Foot, So Film, Society, Pédale, etc.), ils ont participé à l'écriture de la fameuse enquête sur Xavier Dupont de Ligonnès publiée sur deux numéros parus l'été dernier et déjà cultes de l'hebdomadaire Society. Ajoutons que Maxime sévit aussi dans la musique, dans le groupe de pop indé français dont il est le leader, Pharaon de Winter. Plutôt imaginée pour être vue deux épisodes à la suite maximum, à sa sortie, 18h30 a majoritairement été regardée en une seule fois. "On s'est rendu compte seulement à ce moment-là que la série fonctionnait très bien d'une seule traite, voire mieux. À notre grande surprise." Même si certains s'évertuèrent à regarder un épisode par jour (... à 18h30) comme le compte @arte_asuivre les y incitait sur Instagram, on conseillera nous aussi le binge-watching intégral. Cela semble la meilleure façon de baigner dans l'atmosphère marginale de 18h30, lentement hanté par son thème musical principal. La musique, parlons-en: David Sztanke (ex-leader des Tahiti Boy and the Palmtree Family) a composé au piano des "virgules" variées annonçant le ton de chaque segment à venir (une des parties du processus de fabrication que les deux auteurs ont préférées). Tout comme ce thème obsédant qui ponctue chacun des 22 épisodes. "Nous avions une référence très précise en tête, qui était le thème principal du Vieux Fusil (film de Robert Enrico de 1975, NDLR) par François de Roubaix. C'est une mélodie magnifique, très sophistiquée, et qui a ceci de particulier qu'il est difficile de déterminer si elle est légère ou mélancolique. Nous voulions exactement ça pour 18h30."On ne s'étonnera guère qu'outre Fleabag et la saison 2 de Master of None, quand on les interroge sur leurs influences, les deux compères mentionnent le cinéma français des années 70-80, citent Éric Rohmer, Claude Sautet ("Les Choses de la vie est l'un de mes films préférés au monde", avoue Maxime Chamoux) et Un monde sans pitié d'Éric Rochant. Bon, mais qu'advient-il d'Éric et Mélissa? On ne le révélera pas. La suite? D'après nos informations, il faudra faire une croix sur nos envies de spin-off centré sur les personnages secondaires Philippe et Antoinette... Sachez par contre que les deux auteurs travaillent déjà sur une saison 2! Rendez-vous à 18h30.