Des films sur la Première Guerre mondiale, il y en a eu quelques-uns, et non des moindres, des Sentiers de la gloire, de Stanley Kubrick, à La Grande Illusion, de Jean Renoir. Aucun, cependant, qui ressemble à l'expérience que propose aujourd'hui Sam Mendes (lire son interview) dans 1917. S'inspirant des récits que lui faisait son grand-père, le réalisateur de Skyfall -un film crépusculaire, déjà- immerge le spectateur dans le néant de la Grande Guerre, s'aventurant à la suite de deux troufions dans un no man's land autant physique que mental.
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Des films sur la Première Guerre mondiale, il y en a eu quelques-uns, et non des moindres, des Sentiers de la gloire, de Stanley Kubrick, à La Grande Illusion, de Jean Renoir. Aucun, cependant, qui ressemble à l'expérience que propose aujourd'hui Sam Mendes (lire son interview) dans 1917. S'inspirant des récits que lui faisait son grand-père, le réalisateur de Skyfall -un film crépusculaire, déjà- immerge le spectateur dans le néant de la Grande Guerre, s'aventurant à la suite de deux troufions dans un no man's land autant physique que mental. Tout commence lorsque deux jeunes soldats britanniques, Blake (Dean-Charles Chapman) et Schofield (George MacKay), se voient assigner pour mission de s'insinuer derrière les lignes ennemies, porteurs d'un message annulant une attaque qui précipiterait 1 600 hommes, dont le frère de l'un d'eux, dans un piège mortel. Et le film de leur emboîter le pas alors qu'ils s'avancent bientôt dans une mer de boue et de désolation jonchée de cadavres dévorés par les rats, s'enfonçant toujours plus avant dans un horizon sinistre et putrescent, accrochés à l'espoir, de plus en plus chimérique en apparence, de sauver leurs camarades d'une mort certaine. "Je pensais que ce serait simple", dira Blake à son compagnon d'infortune, l'horreur -comme la désignait Brando dans Apocalypse Now- les encerclant bientôt de toutes parts, en plus de la menace latente planant sur l'ensemble... 1917 est une expérience de cinéma saisissante: brillante, abstraite et comme surréelle dans sa première partie; plus convenue, peut-être, mais non moins haletante dans sa seconde, où elle adopte une architecture par paliers, en une succession linéaire d'épreuves. Impossible, bien sûr, de ne pas souligner le tour de force technique que représente ce film en temps réel, ou presque, immergeant le spectateur au coeur du chaos par la grâce de plans-séquences proprement étourdissants -on pense au Birdman d'Iñárritu, la pulsion organique en sus. À quoi la musique tourbillonnante de Thomas Newman et la photographie hantée de Roger Deakins (lire aussi notre interview) viennent conférer un tour résolument funèbre. Si la guerre y est omniprésente, comme un état de dévastation qui absorberait les êtres et les choses, c'est avant tout l'expérience humaine qui intéresse Mendes. La construction du film est, à cet égard, exemplaire, qui, s'accrochant obstinément aux basques de ces soldats "inconnus" (MacKay, charismatique en diable, ne devrait pas le rester longtemps), happe bientôt les spectateurs aux confins d'un cauchemar, jusqu'à produire une impression indélébile. Quelque chose comme The Revenant dans les tranchées, et sans conteste le premier grand film de 2020. Tout simplement magistral.