Pete Shelley, chanteur, guitariste, et co-fondateur des Buzzcocks est mort jeudi, d'une crise cardiaque, à Tallinn, en Estonie, où il vivait depuis quelques années. Les réactions et autres hommages n'ont pas tardé - de Peter Hook ("Without Pete & the Buzzcocks, I would probably still working at the Docks") à Pearl Jam en passant par Norman Blake ou Tracey Thorn.

C'est en effet bien l'une des figures les plus emblématiques du mouvement punk qui disparaît. Né en 1955, Peter Campbell McNeish - il empruntera son pseudo à l'actrice Shelley Winters, qui l'avait elle-même piqué à l'auteure de Frankenstein -, a grandi à Leigh, dans la banlieue de Manchester. En 1975, il est étudiant, fan de la musique électronique de Wendy Carlos, quand il rencontre Howard Devoto. À deux, ils lanceront les Buzzcocks, qui se greffent directement sur l'éruption punk en cours à ce moment-là, en Angleterre. Ils n'ont que quelque chansons en stock quand ils roulent plus de 300 bornes pour assister à un concert des Sex Pistols et convaincre leur manager, Malcolm McLaren, de les prendre en première partie. Plus tard, les Buzzcocks offriront eux-mêmes une première partie à un jeune groupe, qui n'est alors jamais monté sur scène, mais qui deviendra tout aussi important: Joy Division...

En deux ans, 1978 et 1979, les Buzzcocks sortiront trois albums - Another Music In A Different Kitchen, Love Bites et A Different Kind Of Tension - et une poignée de singles tout aussi essentiels - des classiques tels Orgasm Addict, Boredom... Guitariste fulgurant, Shelley y développe une écriture pop, qui, loin des grands slogans politiques souvent creux, préfère creuser l'angoisse de l'époque à hauteur de sentiments. En 1981, alors que Devoto est parti depuis un moment pour fonder Magazine, les Buzzcocks raccrochent. Il faudra attendre 1989 pour que le groupe se reforme.

En 2014, il sortait encore un neuvième album, intitulé The Way. En outre, les Buzzcocks n'ont jamais réellement cessé de tourner. Évitant le simple exercice nostalgique, ils ont même réussi à conserver jusqu'au bout une énergie et une pertinence qui forcent l'admiration. Il y a deux ans, Pete Shelley expliquait encore au webzine américain Pitchfork: "Le punk est juste l'idée qui pousse les gens à réaliser plein de choses très différentes. Pour moi, c'était de la musique. Mais le punk en soi reste aussi pertinent aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque. (...) Il peut inspirer les gens à être créatifs, à devenir des acteurs plutôt que des consommateurs passifs. (...) Voilà pourquoi c'est une idée révolutionnaire, il place les gens dans le siège du conducteur."