La scène se déroule jeudi dernier. Sur la scène principale de Couleur Café, Pongo a du mal à retenir ses larmes. Celle que l'on surnomme volontiers la reine du kuduro - secousse électronique originaire d'Angola - vient d'enfiler une heure de concert/cardio à un rythme effréné, chantant et dansant sans s'arrêter, comme si sa vie en dépendait, livrant l'un des moments forts du festival. Née à Luanda en 92, arrivée à Lisbonne à l'âge de 8 ans, Pongo n'a jamais eu un parcours simple. Mais visiblement, l'année et demi passée sous covid a été particulièrement pénible et frustrante pour la jeune artiste, privée de l'exutoire de la scène. Alors, quand le public de Couleur Café lui renvoie l'énergie qu'elle n'a cessé de dégager, en applaudissant à tout rompre, Pongo craque...

La scène se déroule jeudi dernier. Sur la scène principale de Couleur Café, Pongo a du mal à retenir ses larmes. Celle que l'on surnomme volontiers la reine du kuduro - secousse électronique originaire d'Angola - vient d'enfiler une heure de concert/cardio à un rythme effréné, chantant et dansant sans s'arrêter, comme si sa vie en dépendait, livrant l'un des moments forts du festival. Née à Luanda en 92, arrivée à Lisbonne à l'âge de 8 ans, Pongo n'a jamais eu un parcours simple. Mais visiblement, l'année et demi passée sous covid a été particulièrement pénible et frustrante pour la jeune artiste, privée de l'exutoire de la scène. Alors, quand le public de Couleur Café lui renvoie l'énergie qu'elle n'a cessé de dégager, en applaudissant à tout rompre, Pongo craque. À l'image des festivaliers, soulagés de pouvoir enfin refaire la fête, elle semble se demander: comment a-t-on pu se passer de ça aussi longtemps? Combien de fois Couleur Café s'est-il posé lui-même la question? En 2020, le festival bruxellois avait dû, comme tout le monde, annuler son événement. En juin dernier, rebelote: face aux incertitudes de la 3e vague, et l'impossibilité de déployer le dispositif habituel, l'équipe avait préféré à nouveau faire l'impasse. Quelques semaines plus tard, elle annonçait cependant une formule XS. Non pas du côté l'Atomium, où Couleur Café avait trouvé refuge ces dernières années, mais bien au City Gate, du côté de la Petite Île, à Anderlecht. Après deux (longs) week-ends, il n'est pas compliqué d'en faire le bilan. Public, concerts, ambiance: il est quasi intégralement positif. Le pari n'avait pourtant rien d'évident. D'abord parce qu'il a fallu se retourner et s'organiser dans des temps très courts - toujours une gageure, même pour des professionnels aussi aguerris. Surtout, Couleur Café a fait le choix d'un nouveau site - le City Gate donc, ancienne usine pharmaceutique désaffectée, reconvertie en hub socio-culturel - , pas forcément toujours très connu du grand public. On aurait pu même craindre que l'endroit soit un peu trop décentré (et pas forcément bien desservi par les transports publics) pour attirer du monde. Mais au fond, le Heysel n'est pas forcément mieux servi. Surtout, le City Gate a constitué une cour de récréation parfaite pour le festival. Dès les premiers mètres franchis, il était frappant de voir à quel point la greffe a directement pris. C'est d'ailleurs la plus grande victoire de cette édition XS de Couleur Café: avoir réussi à habiter le lieu et à y faire vivre son esprit. La programmation concert a forcément fait beaucoup, avec son mix habituel de sonorités urbaines et world, entre rap (Benjamin Epps, JeanJass, L'Or du commun, etc), jazz (The Gallands), salsa (Mayito Rivera), reggae, électro, etc. Mais si la formule a fonctionné, c'est aussi parce qu'elle a su investir et animer chaque recoin d'un lieu forcément plus ramassé. Par exemple avec l'espace récréatif "Anger Games" - vous avez accumulé les frustrations ces derniers mois? Une carcasse de voiture n'attendait que vous pour se faire défoncer à coup de masse. Ou encore l'omniprésence des robots congolais DIY de la Kimbalambala République, se promenant en permanence sur le site. Il fallait voir aussi la fanfare afropunk Bruital amener la foule vers la transe collective, à coup de percussions tribales et de distorsions cosmiques. Suant! Évidemment, en se déplaçant jusqu'à la fin des vacances, Couleur Café a pu tabler sur un public qui aura eu davantage de temps pour se faire vacciner. Et compter sur un covid safe ticket qui est (presque) devenu la norme. Sans masque, ni distance, il est plus simple de ranimer un festival. Il n'empêche: parmi les événements, finalement pas si nombreux que cela, à avoir osé proposer une version alternative, Couleur Café est certainement l'un de ceux qui a le mieux tiré son épingle du jeu. Chapeau!