Canadien d'origine, Seth Rogen fait aujourd'hui office de figure de proue pour toute une nouvelle génération de comiques américains qui ont pris la bonne habitude, ces dernières années, de bousculer les codes en vigueur dans les films à caractère essentiellement humoristique. Génération dont la matrice serait peut-être bien à chercher dans les marges de la récente production télévisée. Du côté de Freaks and Geeks, par exemple, merveilleuse série de la fin des nineties s'intéressant au versant loser des années collège et au casting de laquelle on retrouvait déjà, aux côtés d'un tout jeune Seth Rogen, quelqu...

Canadien d'origine, Seth Rogen fait aujourd'hui office de figure de proue pour toute une nouvelle génération de comiques américains qui ont pris la bonne habitude, ces dernières années, de bousculer les codes en vigueur dans les films à caractère essentiellement humoristique. Génération dont la matrice serait peut-être bien à chercher dans les marges de la récente production télévisée. Du côté de Freaks and Geeks, par exemple, merveilleuse série de la fin des nineties s'intéressant au versant loser des années collège et au casting de laquelle on retrouvait déjà, aux côtés d'un tout jeune Seth Rogen, quelques autres anonymes qui n'allaient pas le rester longtemps: James Franco ( The Pineapple Express, Date Night), Jason Segel ( Forgetting Sarah Marshall, la série How I Met Your Mother), Martin Starr ( Adventureland, la série Party Down), Jason Schwartzman ( Funny People, les films de Wes Anderson)... Soit, on l'aura compris, ce qui deviendra bientôt la crème de la comédie made in USA. Pour un show alors créé par Paul Feig, responsable cette année de Bridesmaids, inattendu carton estival, et produit par Judd Apatow, futur réalisateur iconique du genre. Bref, un fameux bouillon de culture gag, enrichi pour le coup d'une profondeur inespérée: ici le rire ne se fait pas aux dépens des personnages, underdogs sans boussole peinant à trouvant leur place dans le monde qui les entoure, et pointe plutôt à leur égard une tendresse peu banale. Tendre et trash à la fois? C'est désormais possible. Et si Freaks and Geeks est arrêtée après une seule année d'existence, elle pose les bases d'une nouvelle façon de faire rire sur les écrans, tout en acquérant rapidement le statut de série culte. La carrière de Rogen et des autres est lancée. Bientôt rejoints par une pléthore d'électrons libres ayant fait leurs classes dans le stand-up, au Saturday Night Live ou autre show télé, et partageant cet humour spécifique, gavé de pop culture, qui fera bientôt le succès d'un site comme Funny or Die. Ils ont pour nom Jonah Hill, Andy Samberg, Danny McBride, Michael Cera, Aziz Ansari, Kristen Wiig, Adam Scott ou Bill Hader, ont tous plus ou moins la trentaine, et leurs parrains spirituels s'appellent Ben Stiller, Will Ferrell, Owen Wilson, Jim Carrey, Adam Sandler ou Vince Vaughn. Les uns et les autres se croisent et se recroisent sur les plateaux de cinéma, et de dessiner bientôt tous ensemble les contours d'une improbable famille du rire appelée à faire se gondoler les années 2000. " Nous aimons particulièrement jouer des cons, des mecs odieux, des grossiers personnages. Et je pense que nous avons tous en commun un humour à la fois stupide, maladroit, ingrat et dingo", analyse ainsi Seth Rogen. Se souvenant de Freaks and Geeks, Judd Apatow a cette formule définitive à son égard: " Plus nous tournions et plus je réalisais que Seth offrait bien davantage que ce que j'avais perçu de prime abord. Sous une apparence bourrue, méchante et drôle, une énergie douce et adorable se révélait progressivement. " (1) Un constat qu'il convient désormais d'étendre à toute une génération. (1) COMÉDIE, MODE D'EMPLOI, AUX ÉDITIONS CAPRICCI. N.C.