Huis 23. La cour de récréation, perchée au-dessus de son bar, de l'Ancienne Belgique. Là où la salle bruxelloise propose ses petits concerts gratuits, la projection de documentaires musicaux pointus et des ques- tions/réponses avec les personnalités les plus intéressantes qui franchissent ses portes. C'est ici que la moitié de Suuns, Ben Shemie (voix, guitare) et Joe Yarmush (guitare, basse), défend Hold/Still, son troisième album. Zeroes QC et Images du Futur avaient été enregistrés et mis en boîte avec Jace Lasek des Besnard Lakes à Montréal. Leur successeur a été fabriqué à Dallas, au Texas, avec John Congleton.
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Huis 23. La cour de récréation, perchée au-dessus de son bar, de l'Ancienne Belgique. Là où la salle bruxelloise propose ses petits concerts gratuits, la projection de documentaires musicaux pointus et des ques- tions/réponses avec les personnalités les plus intéressantes qui franchissent ses portes. C'est ici que la moitié de Suuns, Ben Shemie (voix, guitare) et Joe Yarmush (guitare, basse), défend Hold/Still, son troisième album. Zeroes QC et Images du Futur avaient été enregistrés et mis en boîte avec Jace Lasek des Besnard Lakes à Montréal. Leur successeur a été fabriqué à Dallas, au Texas, avec John Congleton. "Pour la première fois, nous avons quitté notre ville et travaillé avec un vrai producteur, commente Shemie. Une espèce de cinquième Beatle qui nous a donné un point de vue extérieur. Ce disque est à la fois tendu et minimaliste. On a essayé de capturer une atmosphère plus que de retenir les prises parfaites."Congleton a déclaré sa flamme aux Canadiens après les avoir vus en concert au Texas. "Il nous a dit qu'il était fan et qu'il adorerait bosser sur notre prochain album, retrace Yarmush. Je n'ai appris que plus tard tout ce sur quoi il avait travaillé. Dans ce business, les gens disent beaucoup de choses. Des types qui veulent à tout prix collaborer avec toi mais dont tu n'entends finalement plus jamais parler. Ou des mecs que tu apprécies, que tu contactes, qui te disent que c'est une bonne idée, mais qui ensuite ne donnent plus jamais signe de vie." Convaincus par son boulot avec les Swans, St. Vincent, Smog et Bill Callahan ("quel que soit le style et le son, le résultat était super"), puis confortés dans leur idée par leurs potes de Disappears et une conversation Skype avec le principal intéressé, les Suuns l'ont rejoint dans son studio Elmwood Recording. "Il est très petit et modeste. C'est dans les suburbs. Juste entouré d'une pompe à essence et d'un snack à tacos." "On a passé tout notre temps à bosser mais on a fait deux bowlings. C'est pas aussi dingue que tu l'imagines. Dallas est plutôt riche, éduqué, cosmopolite. Flingue ou pas, tout le monde était très sympa. Rien à voir avec le feuilleton.""Il y a quelque chose d'old school dans notre manière d'aborder la musique avec des instruments analogiques. En ce sens, on a un pied dans le passé et dans la tradition. Mais en même temps, on écoute beaucoup de projets contemporains." Suuns, à qui le Kreun à Courtrai avait donné les clés de son festival Sonic City en 2012, s'intéresse autant au rock qu'à l'électronique dans ce qu'elle a de plus aventureux. Comme le travail récent d'un James Holden. "Les trucs dark de Demdike Stare et d'Andy Stott nous ont beaucoup influencés avec leurs ambiances. Mais on trouve aussi génial un Disappears et un Big/Brave." Rétrofuturisme sombre, inquiétant, désolé: au fil des années et des albums, Suuns, rapidement catalogué comme une espèce de Clinic canadien, n'a cessé de renforcer son identité. Une évolution par le son -devenu plus âpre, radical- et une évolution par l'image. A travers les photos de femmes, plus étranges que celles de Belle and Sebastian, qui lui servent de pochettes, puis aussi des clips qui sont, comme sa musique, tout en minimalisme et fausse simplicité. Celui de Translate, réalisé par Charles-André Coderre, a été filmé avec des caméras thermiques... "Rien de militariste, insiste Shemie. C'était un choix purement esthétique, une bonne idée qu'on a essayé d'exploiter au mieux. Même si ça a été une plaie de les trouver. Elles ne fonctionnaient pas tout le temps. L'une d'entre elles ne marchait même pas du tout. Les seules personnes ou organismes qui possèdent ce matériel et qui n'ont rien à voir avec l'armée ce sont les grosses entreprises dans l'industrie lourde. Elles prennent des photos de leur machinerie et détectent ainsi les endroits où les circuits sont affaiblis. Quand on a tourné, c'était la première fois que le mec l'utilisait comme une caméra."Si son prix a chuté ces dernières années, le matériel reste extrêmement coûteux. Shemie est devenu un véritable expert dans le domaine. "L'objectif est doté de cristaux qui permettent de capter la chaleur. C'est ça la vraie magie de l'appareil. Mais ce cristal est devenu bon marché ces dernières années. Il fallait compter 150 000 dollars pour une de ces caméras il y a cinq ans. Elles ne sont plus qu'à 20 000 dollars aujourd'hui..." Alors que sort ce jour-là la vidéo de Paralyzer, une love story dans un laser game, les deux Suuns proposent de tester la suivante. Celle de Brainwash. "Elle est liée à une application de réalité virtuelle créée pour l'occasion. Tu veux essayer?"Yarmush nous flanque un casque sur la tête, nous suggère de nous lever et de nous promener. Voyage en mondes parallèles. Rudimentaire, coloré, vertigineux, trippant. L'effet psychédélique est garanti et semble idéal pour freiner la consommation mondiale de stupéfiants... "Le clip est un moyen promotionnel pour attirer les gens vers ta musique, de montrer qui tu es et ce que tu fais. C'est l'image de ton groupe. Il t'aide à construire ton monde. Dans le cas de figure idéal, tu as une vidéo pour chacune de tes chansons. C'est plus gai à regarder qu'une image fixe quand tu écoutes un morceau sur YouTube. Avant, avec MTV, le clip pouvait être prépondérant dans l'explosion d'un groupe mais on y revient d'une autre manière aujourd'hui, via les réseaux sociaux."Suuns se contenterait volontiers d'un succès d'estime. "L'une des forces de cet album, c'est qu'il est né dans le refus du compromis. On s'est dit à un moment qu'il n'était pas très accessible mais on l'a embrassé pour ce qu'il est. Puis qui sait? Il deviendra peut-être massivement populaire. Ça a été un peu compliqué de l'amener au label. Il ne possède pas de single particulièrement évident et en même temps c'est plus solide que tout ce qu'on a fait auparavant." Who loves the Suuns? HOLD/STILL, DISTRIBUÉ PAR JAGJAGUWAR/KONKURRENT. 7 LE 21/05 AU GRAND MIX (TOURCOING), LE 22/05 AUX NUITS BOTANIQUE ET LE 17/07 À DOUR. RENCONTRE Julien Broquet