Le terme ayant été mis récemment à toutes les sauces épidémiques, on se gardera de déjà parler de vague. Ils sont toutefois toujours plus nombreux, les films à avoir puisé dans la crise sanitaire un carburant insoupçonné. Ainsi, par exemple, de Malcolm & Marie, huis clos sous haute tension de Sam Levinson affichant bannière Netflix et produit limpide, dans son urgence même, d'un confinement pendant lequel il a été écrit et réalisé. Ce confinement que Pedro Almodóvar a mis à profit pour tourner The Human Voice, d'après la pièce de Jean Cocteau qu'il citait dans La Loi du désir, maître court métrage en forme de monologue auquel Tilda Swinton apporte des colorations multiples (une oeuvre que l'on pourra découvrir en Belgique dès la réouverture des salles). Ou Arnaud Desplechin pour filmer, en compagnie de Léa Seydoux et Denis Podalydès, Tromperie, adapté de Philip Roth. Un projet en sommeil depuis quelques années déjà, faute, dans le chef du cinéaste roubaisien, d'avoir trouvé comment le mettre en forme, et dont il confiait à Libération: "Tout à coup, sa modestie a résonné avec les circonstances imposées. Les personnages étaient confinés dans leur solitude, comme moi..."
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Le terme ayant été mis récemment à toutes les sauces épidémiques, on se gardera de déjà parler de vague. Ils sont toutefois toujours plus nombreux, les films à avoir puisé dans la crise sanitaire un carburant insoupçonné. Ainsi, par exemple, de Malcolm & Marie, huis clos sous haute tension de Sam Levinson affichant bannière Netflix et produit limpide, dans son urgence même, d'un confinement pendant lequel il a été écrit et réalisé. Ce confinement que Pedro Almodóvar a mis à profit pour tourner The Human Voice, d'après la pièce de Jean Cocteau qu'il citait dans La Loi du désir, maître court métrage en forme de monologue auquel Tilda Swinton apporte des colorations multiples (une oeuvre que l'on pourra découvrir en Belgique dès la réouverture des salles). Ou Arnaud Desplechin pour filmer, en compagnie de Léa Seydoux et Denis Podalydès, Tromperie, adapté de Philip Roth. Un projet en sommeil depuis quelques années déjà, faute, dans le chef du cinéaste roubaisien, d'avoir trouvé comment le mettre en forme, et dont il confiait à Libération: "Tout à coup, sa modestie a résonné avec les circonstances imposées. Les personnages étaient confinés dans leur solitude, comme moi..." S'il y a là autant d'oeuvres dont le dispositif a été, en quelque sorte, dicté par les contraintes du moment, d'autres ont fait de la crise sanitaire et du cortège de mesures l'accompagnant, confinement en tête, un moteur narratif, ce qui semblait jusqu'il y a peu du ressort exclusif de la science-fiction renvoyant désormais à la réalité. Encore le cinéma a-t-il le pouvoir de la détourner de son cours, comme le montrent deux films, du reste très différents, disponibles ces jours-ci en VOD: Host, du Britannique Rob Savage (lire encadré), et Locked Down, de l'Américain Doug Liman. Le premier s'empare de l'un des gimmicks de l'époque, la réunion Zoom, dont il orchestre le dérapage incontrôlé dès lors que ses participants s'y risquent à une séance de spiritisme virtuel. Le prétexte à un petit film fendard, plus astucieux que terrifiant en définitive, et une façon somme toute réjouissante de désamorcer la crise. L'ambition et les moyens, même limités, de Locked Down sont différents. S'appuyant sur un scénario de Steven Knight (Peaky Blinders mais aussi Spencer, de Pablo Larraín, l'un des films les plus attendus des prochains mois), Doug Liman, responsable de The Bourne Identity et de Fair Game notamment, y fait flèche de tout bois. Rues de Londres désertées de leurs habitants; couple en passe de se séparer contraint de vivre le confinement ensemble; réunions Zoom parasitées; manifestations bruyantes de soutien à l'égard du personnel soignant; files devant les rares commerces ouverts (et séquence prolongée dans les rayons de Harrods, fermé pour la première fois en 100 ans); razzia sur le papier hygiénique, dialogue fleuri à la clé -"How many asses have you got? - Fuck off!"; masques de rigueur dans l'espace public, et l'on en passe: le script semble faire l'inventaire des signes extérieurs de crise sanitaire, comme pour mieux (s')en jouer. Et le ressort narratif, s'il inscrit indiscutablement le propos dans le présent (au risque d'ailleurs d'une péremption accélérée), donne aussi un surcroît de saveur aux évolutions d'Anne Hathaway et Chiwetel Ejiofor, Locked Down ajoutant à ceux d'un film de casse des enjeux romantiques et, tant qu'à faire, moraux... Non sans, là encore, dédramatiser le contexte anxiogène, envisagé surtout comme moteur de ce qu'on aurait appelé en d'autres temps une comédie de remariage. La pandémie autorise, il est vrai, des déclinaisons diverses. Huit ans après avoir tenu le premier rôle de Eyjafjallajökull (d'après le nom du volcan islandais dont l'éruption avait paralysé le trafic aérien européen en 2010), Dany Boon a ainsi tourné 8 rue de l'Humanité, une comédie sur le confinement destinée à Netflix. D'autres ont pris les choses moins à la légère: c'est le cas par exemple de Radu Jude, qui a choisi d'intégrer à Bad Luck Banging or Loony Porn, Ours d'or au dernier festival de Berlin tourné par temps de Covid, la réalité du coronavirus, et notamment le port des masques. Il expliquait à ce propos à Focus: "J'aime l'idée que le film soit historiquement daté par les masques. C'est pour moi l'un des grands pouvoirs du cinéma: capturer l'esprit d'une époque, offrir une représentation d'une réalité très spécifique." C'est également le cas de Claire Denis, qui a décidé d'intégrer le contexte sanitaire à Avec amour et acharnement, son prochain film, inspiré du roman Un tournant de la vie, de Christine Angot, avec Juliette Binoche et Vincent Lindon dans les rôles principaux. Un choix que la réalisatrice d'Un beau soleil intérieur justifiait en ces termes aux Inrocks en mars dernier: "Lorsque nous écrivions le scénario, nous ne l'envisagions pas. Mais tandis que j'entrais en prépa du tournage, nous nous acheminions vers un second confinement. Il m'a paru impossible que le film ne porte pas la trace de ça. Je ne pouvais pas couper cette histoire du contexte dans lequel je la racontais." Avec un virus qui semble vouloir prendre un malin plaisir à jouer les prolongations, voilà un exemple qui pourrait bien faire école, encore que les points de vue divergent. Interrogé sur sa crainte d'être rattrapé par la réalité sanitaire, Thomas Lilti, le réalisateur de la seconde saison de la série Hippocrate, confiait ainsi récemment au Monde, avoir "flippé quelques heures, mais pas plus": "Je ne voulais pas instrumentaliser la crise en intégrant le Covid-19 dans la série, ça aurait été un peu obscène. J'ai l'impression que cette crise appartient à tout le monde pour l'instant et je ne voulais pas en faire une fiction, donc un divertissement. Je ne pouvais pas le traiter en temps réel. Ce qu'on raconte, c'est l'état de l'hôpital juste avant la crise." À suivre...