Qui pourrait croire que ce texte date de 1879? Quand on plonge dans les classiques du répertoire théâtral, il est rare de croiser des personnages féminins d'épaisseur équivalente à celle des protagonistes masculins, et rarissime de tomber sur des héroïnes porteuses d'un discours féministe. C'est pourtant bien le cas dans Une maison de poupée de l'écrivain norvégien Henrik...

Qui pourrait croire que ce texte date de 1879? Quand on plonge dans les classiques du répertoire théâtral, il est rare de croiser des personnages féminins d'épaisseur équivalente à celle des protagonistes masculins, et rarissime de tomber sur des héroïnes porteuses d'un discours féministe. C'est pourtant bien le cas dans Une maison de poupée de l'écrivain norvégien Henrik Ibsen, avec la révolutionnaire Nora Helmer, gentille femme au foyer amatrice de shopping, totalement dévouée à son mari Torvald et à ses enfants et qui va, à cause du lourd secret qu'elle porte, finir par ouvrir les yeux sur sa condition et se transformer de quasi-animal de compagnie ("un oiseau doit avoir le bec propre quand il gazouille", parmi les nombreuses répliques insupportablement paternalistes de Torvald) en être humain à part entière.Dans cette version du Théâtre royal du Parc vue en répétition générale, c'est à Anouchka Vingtier qu'il revient d'endosser ce rôle complexe, associant candeur, touche d'hystérie, désespoir, courage et même ici toute une scène déguisée en Marilyn. Un ingénieux anachronisme -Les hommes préfèrent les blondes est sorti en 1953- de la mise en scène de Ladislas Chollat où la scénographie monumentale signée par Thibaut De Coster et Charly Kleinermann, a priori réaliste, met en évidence que la maison de poupée du titre n'est pas le cadeau de Noël offert aux filles de Nora, mais la vraie demeure elle-même. Avec aussi un final, tout en ouvertures, où les résolutions de Nora font écho à celle d'Anne-Marie (Jacqueline Nicolas, hyper efficace pour glisser des touches de légèreté ici et là), à une époque où le travail des femmes était jugé incompatible avec leur rôle de mère. Une pièce parfaite pour mesurer le chemin parcouru, mais aussi celui qu'il reste à faire.