Critique | Cinéma

Men (Eux): un film sous la forme d’une hallucinante expérience anxiogène

4 / 5
© Kevin Baker
4 / 5

Titre - Men (Eux)

Genre - Horreur folk

Réalisateur-trice - Alex Garland

Casting - Avec Jessie Buckley, Rory Kinnear.

Durée - 1h40

Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Nourri de symbolisme biblique, Men décline les multiples visages de la masculinité toxique au cœur d’une expérience viscérale assez estomaquante.

Étonnant parcours que celui du Britannique Alex Garland. Londonien diplômé en Histoire de l’art, il se fait connaître dès les années 90 en publiant un premier roman basé sur son expérience de bourlingueur qui l’impose d’emblée comme l’une des voix incontournables de la génération X en littérature. Le livre s’appelle La Plage et connaîtra une adaptation cinématographique hélas peu inspirée avec Leonardo DiCaprio devant et Danny Boyle derrière la caméra. Dans la foulée, Garland signe encore deux romans, assez expérimentaux, avant de se consacrer à l’écriture de scénarios: 28 jours plus tard et Sunshine pour Boyle, Never Let Me Go pour Mark Romanek… L’Anglais s’intéresse d’évidence beaucoup au genre et au sous-texte métaphysique qu’il autorise, ce que confirment ses deux premières réalisations, placées sous le signe de la science-fiction: Ex Machina et Annihilation. Il y a deux ans, il signe, avec Devs, une minisérie assez folle qui s’en prend violemment aux gourous de la Silicon Valley mais s’impose surtout comme un objet plastique vertigineux d’originalité et de maîtrise. Et là, une question, lancinante, émerge: Garland ne serait-il pas, au fond, devenu sans vraiment que l’on s’y attende l’un des grands formalistes de notre époque? Men apporte aujourd’hui un élément de réponse, et il est plutôt du genre positif…

© National

Les racines du mâle

Dans ce troisième long métrage, Harper (Jessie Buckley), une jeune femme marquée par un récent drame personnel, se retire à la campagne dans l’espoir de pouvoir s’y reconstruire. Mais une présence inquiétante sortie des bois environnants vient troubler son hypothétique tranquillité, la menace latente virant peu à peu au cauchemar absolu, d’évidence alimenté par les démons d’un passé traumatique… C’est l’une des grandes forces du film: dans Men, Garland joue en permanence de la confusion entre dimension réelle et espace mental, l’ensemble prenant la forme d’un énigmatique jeu de piste qui met les nerfs du spectateur à rude épreuve. Face à Harper, les apparitions d’hommes effrayants et toxiques se multiplient, mais ils portent tous le même visage, immuable et changeant à la fois: celui de l’incroyable Rory Kinnear (les séries Black Mirror et Years and Years, notamment). C’est donc bien aux racines -viciées- du mâle que s’attaque ce Men au titre limpide et à l’humour grinçant.

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Mais ce serait une grossière erreur de réduire le film à sa seule portée thématique. Sous des dehors parfois un peu roublards et une symbolique biblique très appuyée (Harper cueille littéralement le fruit défendu sur un pommier au début du film, avec tout ce que ça implique bien sûr en termes de culpabilité), Men se présente avant tout comme une hallucinante expérience anxiogène nourrie de body horror. À cet égard, la dernière demi-heure du film, viscérale, explose le trouillomètre du beau-bizarre et laisse le spectateur estomaqué. Promenons-nous dans les bois

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