Cannes: Sur la naissance des cartels colombiens, un anti-Narcos aux accents ethnologiques en ouverture de la Quinzaine

Les Oiseaux de passage, de Ciro Guerra et Cristina Gallego © DR
Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Greffe convaincante d’une esthétique radicalement auteuriste sur des enjeux narratifs de cinéma de genre, Les Oiseaux de passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego fait l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs ce mercredi.

Le film est inspiré d’une histoire vraie, annonce sobrement l’ouverture. Et pour cause. Situant son action à la pointe nord de la Colombie entre la fin des années 60 et le début des années 80, Les Oiseaux de passage retrace la naissance d’un empire, celui des cartels de la drogue, à travers le destin mortifère de deux clans indigènes Wayuu amenés presque par accident à mettre le doigt dans un engrenage faustien de déshumanisation organisée, la vente florissante de marijuana à la jeunesse dorée américaine conduisant bien assez tôt à une escalade dégénérée de la violence et au cercle sans fin des vexations familiales.

À la réalisation de ce film aux superbes images anti-spectaculaires découpé en cinq chants, à la manière d’une fable immémoriale, Ciro Guerra (l’halluciné L’Étreinte du serpent en 2015) s’associe avec sa compagne, la productrice Cristina Gallego. Ensemble, ils font le pari gonflé d’inscrire ce qui aurait pu n’être qu’un énième ersatz de Scarface à la mode colombienne dans une dimension quasiment ethnologique aux accents mythologiques. À la croisée des chemins entre strict respect des traditions et tentation outrée de la modernité, Les Oiseaux de passage condamne sans ambiguïté les dérives aveugles -appât délirant du gain et folie des grandeurs- du capitalisme. Intention très (trop?) lisible s’exprimant sur le mode on ne peut plus louable d’une stricte sobriété. Ni voix off logorrhéique, ni montage syncopé, ni soundtrack qui envoie… À rebours total des canons télévisuels prédominants, sans rien céder à la tentation du divertissement facile ou de la surenchère stylisée, Guerra et Gallego déroulent un cinéma exigeant, jamais clinquant, qui donne de la valeur au temps et refuse les effets de manche. L’anti-Narcos par excellence, en somme.

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