Critique

[Critique ciné] Babyteeth (Milla), un film touché par la grâce

© DR
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Au coeur de Babyteeth, le premier long métrage de Shannon Murphy, réalisatrice australienne ayant fait ses armes au théâtre mais aussi sur diverses séries, on trouve Milla (Eliza Scanlen), adolescente de seize ans atteinte d’un cancer en phase terminale, moment où elle tombe amoureuse pour la première fois.

Il s’appelle Moses (Toby Wallace), est un garçon bord cadre doublé d’un dealer à la petite semaine, et leur rencontre sur un quai de gare fait des étincelles. Jusque dans le foyer tendance dysfonctionnel de la lycéenne d’ailleurs, dont les parents, Henry (Ben Mendelsohn) et Anna (Essie Davies), un psychiatre et une pianiste ayant renoncé à sa carrière, voient la romance d’un oeil fort peu favorable. Avant de constater, un brin désemparés, que leur fille semble renaître au contact du jeune marginal, portée par un insatiable appétit de vivre aiguisé encore par l’issue annoncée de la maladie.

Si le sujet est éminemment casse-pattes, Shannon Murphy se joue avec maestria des clichés, évitant avec un incontestable brio les pièges du mélodrame larmoyant. À quoi elle préfère une approche sensorielle, signant une petite perle ultrasensible où l’énergie vitale l’emporte sur l’excès de pathos, la douleur s’accommodant d’humour -ainsi, notamment, dans la peinture non dénuée de piquant qu’elle fait de l’environnement familial de Milla. Le résultat est tout simplement épatant qui, s’il n’est pas sans évoquer la Jane Campion des débuts et de Sweetie en particulier, traduit aussi une sensibilité et une vision toutes personnelles, déclinées par petites touches au gré d’un scénario articulé en chapitres, et idéalement servi par la caméra ondoyante d’Andrew Commis. Non sans trouver en Eliza Scanlen (découverte auparavant dans Sharp Objects et vue entre-temps dans Little Women de Greta Gerwig), une interprète incandescente, la jeune comédienne vibrant au diapason de Milla pour en restituer la palette d’émotions diverses. Une composition à l’image du film, touchée par la grâce.

De Shannon Murphy. Avec Eliza Scanlen, Toby Wallace, Ben Mendelsohn. 1h58. Sortie: 30/09. ****

>> Lire également notre interview de Shannon Murphy

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

Dixit Nicolas Michaux

« Mon père était critique de cinéma à la RTBF. Quand j’étais petit, j’allais avec lui le samedi matin au Centre de production de Liège. J’ai grandi en écoutant ses chroniques, en regardant des films avec lui, en matant tous les westerns de John Ford, de Sergio Leone, d’Howard Hawks… C’est mon background. J’entretiens un rapport intuitif et instinctif avec le cinéma. Peut-être plus encore qu’avec la musique. Je suis encore plus passéiste pour les films que pour les disques. J’aime aller à la cinémathèque et je suis abonné à la plateforme La Cinetek. L’influence du cinéma sur mon travail est assez fondamentale mais très intégrée. Maurice Pialat et Kurosawa me remuent et me questionnent. Pialat, c’est la vie. Ce n’est pas pour rien qu’il a consacré un film à Van Gogh. C’est cette espèce d’oeuvre d’art où la vie surgit. Il s’agit pour moi d’oeuvres vitalistes dans la démarche et dans le résultat. Il avait un scénario mais quand il tournait, tout était possible. Ne pas opposer fiction et documentaire mais proposer un truc entre les deux, ça me parle à fond. Varda aussi a fait ça. »

Partner Content