Bonjour à toutes et tous,

Nicolas Michaux ici. Musicien, producteur, membre de Capitane Records, citoyen.

Le Focus Vif m'offre gentiment la possibilité d'écrire l'édito de cette semaine et d'intervenir sur quelques pages du magazine. J'en suis très honoré.

2020 continue sur sa lancée. La pandémie rebondit, Macron s'en prend à la "pensée amish" des opposants à la 5G, Trump se bat pour être réélu et laisse planer le doute quant à sa réaction en cas de défaite, l'Amazonie et la Californie sont en flammes et bientôt en cendres, les flics pètent des gueules, les négociateurs négocient, Jeff Bezos et ses amis se font 13.000 euros à chaque seconde et nous avons toutes et tous les narines sèches et le sentiment diffus que la catastrophe a bel et bien commencé.

Et pourtant, malgré tout, je vois des raisons de garder espoir et de se battre pour sauver ce qui peut encore l'être. "Trop tard pour être pessimistes", comme l'écrit Daniel Tanuro dans un bel ouvrage du même nom.

On pourrait dire cette chose paradoxale: plus ça va mal, plus ça va bien. Certes, le monde part à vau-l'eau, de plus en plus et de plus en plus rapidement. Quarante ans de capitalisme financiarisé complètement débridé ont détruit en profondeur notre planète et nos sociétés. Notre jardin commun, la planète Terre, est un champ de ruines. Les communautés traditionnelles ont disparu. La guerre fait rage dans de nombreux endroits du monde, le post-colonialisme est la norme, les campagnes sont silencieuses et les abeilles peuvent bien aller se faire foutre.

Mais d'un autre côté, ne sommes-nous pas à la faveur du coronavirus en train de vivre une séquence historique tout à fait cruciale et intéressante? Ces langues qui se délient, ces corps qui se libèrent, ces voix qui s'élèvent, ces marches qui disent "on n'en peut plus", cette soif de débat public et de démocratie, ne serait-ce pas là les premiers pas vers quelque chose d'autre? Un renouveau? Une guérison?

La politique n'est-elle pas depuis quelques années, depuis les Gilets jaunes, disons-le tout net, en train de revenir vers celles et ceux à qui elle appartient de droit, à savoir la communauté civique?

Les solutions aux problèmes auxquels nous faisons face existent. Partout, des philosophes, des sociologues, des ingénieurs, des agriculteurs, des citoyens... apportent des éléments de réponses. Contrairement à ce que la Dame de fer et ses épigones nous ont asséné depuis des décennies, il existe des alternatives. Et ces alternatives parfois font déjà partie de nos sociétés. En effet, de larges pans de ces dernières ne répondent nullement à la logique capitaliste des marchés: c'est le cas des services publics et de la sécurité sociale tels qu'ils ont été conçus à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. L'hôpital public par exemple est une institution communiste qui ne fait appel à aucun investissement privé et qui appartient à ses usagers. Quand on cumule l'enseignement, les retraites, les allocations familiales, la santé, l'administration, de larges pans du monde de la culture et du logement... c'est en fait plus ou moins 35% de notre économie qui se fait hors capitalisme, sans actionnaires et donc sans dividendes. Pour et par les citoyens.

Un autre monde est possible. Il est plus que temps de le faire advenir.

C'est ce "déjà-là" que Bernard Friot (lire notre portrait) propose de généraliser petit à petit en créant un certain nombre de sécurités sociales nouvelles qui regagneraient progressivement du terrain sur les logiques mortifères du néo-libéralisme: sécurités sociales de l'alimentation, du logement, de la culture, de la presse...

Le sociologue français sort ce mois-ci un nouveau livre intitulé Un désir de communisme écrit en collaboration avec Judith Bernard du site Hors-Série. Il sera en conférence à Bruxelles le 7 octobre prochain au Théâtre Marni.

Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie quant à lui vient de sortir un livre tout à fait bienvenu intitulé Sortir de notre impuissance politique, où il essaye d'analyser les raisons des défaites de la gauche des dernières années et où il propose de nouvelles stratégies (combats judiciaires, entrisme, éducation...) permettant à la gauche de redevenir offensive sur le terrain des idées, d'agir concrètement sur le réel et de remporter les batailles cruciales qui sont devant nous.

Si nous laissons faire les dirigeants et les dominants actuels, les choses vont très mal se passer pour les classes moyennes et défavorisées. C'est un monde encore plus inégalitaire, plus injuste, un monde à feu et à sang qui nous attend. Ceux qui nous ont mis dans cette situation sont les chantres d'un modèle qui nous mène à toute vitesse vers le précipice et nie les nécessités de la nature et les besoins de dignité et de sécurité des êtres vivants. Ils doivent partir et laisser la place à de nouvelles personnes et de nouveaux processus démocratiques. On ne peut pas être pyromane et pompier à la fois, ce n'est pas honnête.

Juste avant le confinement, Pacôme Thiellement a sorti un beau livre de sagesse sur la question du bonheur intitulé Tu m'as donné de la crasse et j'en ai fait de l'or.

Nous ne serons jamais heureux tant que des enfants fuyant la guerre se noieront en Méditerranée à cause de politiques menées par nos pays. Nous ne serons jamais heureux tant que nous regarderons nos propres enfants avec le sentiment que des désastres sans nom les attendent.

Un autre monde est possible. Fait de justice sociale, de démocratie et d'écologie. L'une ne va pas sans les autres.

Un autre monde est possible. Il est plus que temps de le faire advenir.

La relève est là. Et comme le chantait Elvis sur un bel air napolitain: "It's now or never".

Seul au monde: le mot de Laurent Raphaël

Touche-à-tout par conviction -pour ne pas se mentir, comme il dit-, Nicolas Michaux arpente le côté introspectif et métaphysique de la pop. Son Amour colère navigue entre ces deux pôles extrêmes, épousant les reflets changeants d'une époque à la dérive. L'artiste liégeois, qui partage sa vie entre Bruxelles et une île danoise sauvage, traque la vérité dans les replis des questions existentielles plutôt que des réponses aux soudures fragiles. Sans pour autant rogner sur les mélodies, ce dandy intègre prenant grand soin de la forme, qu'il fasse accoster ses morceaux sur les rives de la no wave ou de la chanson française. Une humilité et un sens esthétique qui nous ont donné envie de faire un bout de chemin en sa compagnie. Et d'entendre l'éclat perçant d'une voix hors circuit, hors système mais pas hors du temps. Précieux.

Bonjour à toutes et tous, Nicolas Michaux ici. Musicien, producteur, membre de Capitane Records, citoyen. Le Focus Vif m'offre gentiment la possibilité d'écrire l'édito de cette semaine et d'intervenir sur quelques pages du magazine. J'en suis très honoré. 2020 continue sur sa lancée. La pandémie rebondit, Macron s'en prend à la "pensée amish" des opposants à la 5G, Trump se bat pour être réélu et laisse planer le doute quant à sa réaction en cas de défaite, l'Amazonie et la Californie sont en flammes et bientôt en cendres, les flics pètent des gueules, les négociateurs négocient, Jeff Bezos et ses amis se font 13.000 euros à chaque seconde et nous avons toutes et tous les narines sèches et le sentiment diffus que la catastrophe a bel et bien commencé. Et pourtant, malgré tout, je vois des raisons de garder espoir et de se battre pour sauver ce qui peut encore l'être. "Trop tard pour être pessimistes", comme l'écrit Daniel Tanuro dans un bel ouvrage du même nom. On pourrait dire cette chose paradoxale: plus ça va mal, plus ça va bien. Certes, le monde part à vau-l'eau, de plus en plus et de plus en plus rapidement. Quarante ans de capitalisme financiarisé complètement débridé ont détruit en profondeur notre planète et nos sociétés. Notre jardin commun, la planète Terre, est un champ de ruines. Les communautés traditionnelles ont disparu. La guerre fait rage dans de nombreux endroits du monde, le post-colonialisme est la norme, les campagnes sont silencieuses et les abeilles peuvent bien aller se faire foutre. Mais d'un autre côté, ne sommes-nous pas à la faveur du coronavirus en train de vivre une séquence historique tout à fait cruciale et intéressante? Ces langues qui se délient, ces corps qui se libèrent, ces voix qui s'élèvent, ces marches qui disent "on n'en peut plus", cette soif de débat public et de démocratie, ne serait-ce pas là les premiers pas vers quelque chose d'autre? Un renouveau? Une guérison? La politique n'est-elle pas depuis quelques années, depuis les Gilets jaunes, disons-le tout net, en train de revenir vers celles et ceux à qui elle appartient de droit, à savoir la communauté civique? Les solutions aux problèmes auxquels nous faisons face existent. Partout, des philosophes, des sociologues, des ingénieurs, des agriculteurs, des citoyens... apportent des éléments de réponses. Contrairement à ce que la Dame de fer et ses épigones nous ont asséné depuis des décennies, il existe des alternatives. Et ces alternatives parfois font déjà partie de nos sociétés. En effet, de larges pans de ces dernières ne répondent nullement à la logique capitaliste des marchés: c'est le cas des services publics et de la sécurité sociale tels qu'ils ont été conçus à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. L'hôpital public par exemple est une institution communiste qui ne fait appel à aucun investissement privé et qui appartient à ses usagers. Quand on cumule l'enseignement, les retraites, les allocations familiales, la santé, l'administration, de larges pans du monde de la culture et du logement... c'est en fait plus ou moins 35% de notre économie qui se fait hors capitalisme, sans actionnaires et donc sans dividendes. Pour et par les citoyens. C'est ce "déjà-là" que Bernard Friot (lire notre portrait) propose de généraliser petit à petit en créant un certain nombre de sécurités sociales nouvelles qui regagneraient progressivement du terrain sur les logiques mortifères du néo-libéralisme: sécurités sociales de l'alimentation, du logement, de la culture, de la presse... Le sociologue français sort ce mois-ci un nouveau livre intitulé Un désir de communisme écrit en collaboration avec Judith Bernard du site Hors-Série. Il sera en conférence à Bruxelles le 7 octobre prochain au Théâtre Marni. Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie quant à lui vient de sortir un livre tout à fait bienvenu intitulé Sortir de notre impuissance politique, où il essaye d'analyser les raisons des défaites de la gauche des dernières années et où il propose de nouvelles stratégies (combats judiciaires, entrisme, éducation...) permettant à la gauche de redevenir offensive sur le terrain des idées, d'agir concrètement sur le réel et de remporter les batailles cruciales qui sont devant nous. Si nous laissons faire les dirigeants et les dominants actuels, les choses vont très mal se passer pour les classes moyennes et défavorisées. C'est un monde encore plus inégalitaire, plus injuste, un monde à feu et à sang qui nous attend. Ceux qui nous ont mis dans cette situation sont les chantres d'un modèle qui nous mène à toute vitesse vers le précipice et nie les nécessités de la nature et les besoins de dignité et de sécurité des êtres vivants. Ils doivent partir et laisser la place à de nouvelles personnes et de nouveaux processus démocratiques. On ne peut pas être pyromane et pompier à la fois, ce n'est pas honnête. Juste avant le confinement, Pacôme Thiellement a sorti un beau livre de sagesse sur la question du bonheur intitulé Tu m'as donné de la crasse et j'en ai fait de l'or. Nous ne serons jamais heureux tant que des enfants fuyant la guerre se noieront en Méditerranée à cause de politiques menées par nos pays. Nous ne serons jamais heureux tant que nous regarderons nos propres enfants avec le sentiment que des désastres sans nom les attendent. Un autre monde est possible. Fait de justice sociale, de démocratie et d'écologie. L'une ne va pas sans les autres. Un autre monde est possible. Il est plus que temps de le faire advenir. La relève est là. Et comme le chantait Elvis sur un bel air napolitain: "It's now or never".