Critique | Séries

Fils de, la nouvelle série RTBF: gangsters zinneke

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Camille Pistone (au centre), cocréateur de la série, est… Camille, fils de gangster. © RTBF/PROXIMUS/AT-PRODUCTION
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Titre - Fils de

Genre - Polar urbain

Réalisateur-trice - créée par Antoine Négrevergne et Camille Pistone. Avec Camille Pistone, Salim Talbi, Mara Taquin.

Quand et où - Dès le 15/05 sur Tipik et déjà en intégralité sur Auvio.

Nicolas Bogaerts Journaliste

Nouveau rejeton de la fiction RTBF, Fils de s’immisce dans la culture urbaine bruxelloise. Mélange de hip-hop, de zwanze et de débrouille, la série tire le portrait d’une famille de gangsters bien mal sous tous rapports.

Le retour du gangster Franck Pistone (Marka), après 17 ans de cavale au Maroc, ne fera peut-être pas les affaires de son fils Camille mais pourra sans doute le tirer du bien mauvais pas dans lequel il s’est fourré. Le fiston, qui semble régler ses pas sur les pas de son père, voulant palper rapidement de l’argent, s’est engagé à acheminer de la cocaïne à Bruxelles. Entre son retrait chez le Dutch, fournisseur anversois, et la livraison chez Isha, le boss de Matongé, il se fait carotter la marchandise. Et les ennuis commencent.

Pourtant, les ennuis, Camille y est abonné. Depuis le départ soudain de son père après un obscur braquage, mais aussi depuis qu’il est séparé de la mère de son enfant et crèche chez son ami Salim, éducateur de quartier. Pour sauver sa peau, Camille se réfugie chez Wafah (Béatrice Dalle), ancienne associée de son père, tenancière du strip-club Le Lupanaria et Ma Dalton du coin.

© JO VOETS

Transmission et reproduction

C’est ce moment que choisit Franck, le paternel, pour ramener sa fraise avec, dans son sillage, Sarah, sa fille et sœur surprise de Camille. Il se met en tête de payer la dette de son fils avec les diamants du casse qu’il a réalisé 17 ans plus tôt. Mais les cailloux attirent les convoitises et le désir de vengeance de vieilles connaissances de Franck, liées à la pègre et la haute société anversoises. Le règlement de comptes va inévitablement révéler bien des secrets, des non-dits, tester les fidélités et la parole donnée et sonder des personnages issus d’un arbre généalogique complexe aux branches entremêlées.

La trame de Fils de, récit de gangsters dopé aux musiques urbaines et à l’énergie zinneke bruxelloise, s’enroule alors autour du thème de la transmission, des héritages souvent encombrants (de ceux qu’on refuse ou qu’on poursuit), de la reproduction et de la famille élargie. Dans le rôle de Franck, le chanteur Marka impose par sa gouaille de zwanzeur et ses silences de cocker triste une figure paternelle fuyante mais bien décidée à réunir et sauver sa famille explosée avant que ne tombe le rideau.

© JO VOETS

Dans le scénario signé Antoine Négrevergne et la réalisation de Franck Devos (qui a signé l’excellente Undercover), la diversité de la capitale et de ses habitants saute aux yeux. La cité Hellemans dans les Marolles, le quartier Matonge à Ixelles, les avenues du centre-ville et la ligne d’horizon avec ses immeubles, la basilique de Koekelberg et le Palais de Justice: Bruxelles est filmée comme un réseau d’artères et d’organes où s’écoule le flux vibrant de ses habitants et de leurs secrets. Elle est prise en hauteur, comme pour mieux figurer une difficulté à l’englober sous une seule identité. Seul Matonge, quartier de la diaspora africaine à Ixelles, est le sujet d’une plongée progressive des toits vers la rue, ses galeries, ses boutiques, ses trottoirs, captés à hauteur d’hommes et de femmes. Isha, le chef de gang local, y règne de facto sans que son emprise ne se ressente véritablement dans ses interactions. Son antre est un squat mais aussi un studio où les rappeurs en herbe ont leur habitude. À la surface de cet univers où la création côtoie les trafics, Safia, sa sœur, tient un salon de coiffure. Elle élève César, son fils, le plus loin possible de l’univers de cet oncle peu recommandable. Malgré tout, l’ado, qui n’a pas connu son père, s’accroche à la reconnaissance de cette figure périlleuse. Bien qu’éloigné par les origines ou les loyautés, son destin est inévitablement lié à celui des Pistone. Aspiré par la sordide affaire, il continue à caresser l’idée de percer dans la musique.

Série urbaine

Le rap et les cultures urbaines en général sont omniprésents dans Fils de. Depuis le générique composé par Sofiane Pamart, sur lequel Meyy pose sa voix de nacre, jusqu’aux séquences qui reviennent à chaque épisode, assurées par quelques fines lames du hip-hop bruxellois: Lord Gasmique et Airkarlos, Shaka Shams, Dyce, Le Motel ou encore Scylla, ce dernier endossant au passage, et non sans maîtrise, le rôle du porte-flingue du Lupanaria et de sa taulière. L’exercice est périlleux: les morceaux sont en playback et les performers s’adressent à la caméra, explosant le quatrième mur pour faire entrer une atmosphère de clips codés hip-hop. Les sons et instrus collent avec l’ambiance de la série, et les paroles qui en surlignent les enjeux, frôlent parfois le spoiler. Atmosphériques plus que narrativement efficaces, ces moments renvoient aux qualités et aux défauts de Fils de, fiction urbaine légèrement kaïra mais, in fine, de bonne famille.

Fils de


La volonté de coller au public des musiques urbaines, leurs codes et clichés traverse les huit épisodes de Fils de. La réalisation lancinante et sombre s’épuise parfois sur des montages incohérents, des scènes sans enjeux, un caméo de Nicolas Anelka inopérant, rendant inutilement filandreux un scénario à la base consistant. Par ses thématiques centrales, Fils de parvient à rendre attachants ces héritiers malgré eux. La prestation de Mara Taquin en Sarah, sauvageonne progressivement repoussée hors de ses zones de certitude, imprime les rétines. Camille Pistone et Salim Talbi composent un duo d’amis qu’aucune embrouille, mensonge ou trahison ne semblent pouvoir déciller, même si le lien se lézarde sous les coups du sort et des décisions mal inspirées. Les deux figures de proue du générique, Marka et Béatrice Dalle, s’en sortent de justesse. Le jeune N’landu Lubansu (César), par son calme apparent sous la tempête d’un regard perçant et la justesse de ses tonalités, laissent espérer la naissance d’une silhouette et d’une présence à revoir bien vite.

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