La recette du succès de Chuki Beats, serial producer from Lokeren

Chuki Beats, serial producer from Lokeren.
Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

En vendant ses productions aux quatre coins du monde, le jeune producteur flamand Chuki Beats s’est taillé une jolie réputation. Avec un premier album et des concerts agités, il cherche aujourd’hui à se faire un nom. Rencontre.

On rencontre Chuki Beats dans son biotope naturel: assis devant son ordi et ses claviers, dans un studio, du côté de la porte de Hal, à Bruxelles. La minicaméra n’est pas loin non plus, prête à filmer la séquence (bi)hebdomadaire que le jeune homme postera plus tard sur ses réseaux. YouTube en priorité, puisque c’est là que tout a commencé.

En 2013, Yuki Asemota, de son vrai nom, y ouvrait sa propre chaîne pour poster et expliquer ses créations maison -un peu à la manière des leçons de Stromae. Dans le même temps, il proposait des « type beats » -ces instrumentaux génériques prêts à l’emploi- sur la plateforme BeatStars. Prod à la Drake, sons en mode UK drill, intro façon Damso, etc.: Chuki en débite ainsi par centaines. Depuis sa chambre, celui qui est alors étudiant en multimédia écoule ses productions un peu partout dans le monde. La voix étonnamment grave pour son jeune âge, il explique sa success story dans un mélange de néerlandais et d’anglais, très aware: « Au tout début, je bossais avec des écouteurs à dix euros. Désormais, on m’envoie directement du matériel audio! » Récemment, il a même lancé son propre « magasin » en ligne -secretaudio-, sur lequel il vend des collections de samples et des plug-ins.

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Par la force des choses, il a aussi réussi à placer quelques-uns de ses travaux chez les rappeurs du coin. Flamand (Zwangere Guy), mais aussi francophones, comme Frenetik ou Geeeko. On les retrouve naturellement sur son premier album… Paru à l’automne dernier, INSIDEOUT est un concentré de pop urbaine, cet esperanto musical pour la jeunesse millenial. Celle que l’on croisait par exemple au Fire Is Gold, le festival anversois où étaient présents, cet été, Chuki Beats et ses potes. Locks courtes et énervées, torse nu et lunettes de soleil, le producteur y avait enchaîné les beats trap, pied au plancher. Le son électronique, l’énergie rock juvénile. Troquant même à plusieurs reprises ses machines pour une guitare.

Une question de mindset

La première étincelle vient d’ailleurs de là. « À 6 ans, mon oncle m’a offert une guitare-jouet et je passais mon temps à imiter les rockeurs devant le miroir. » Il se rappelle aussi du concours Eurosong for Kids, remporté par le groupe prépubère X!nk, sorte de Hanson punk-rock flamand. « Cette année-là (2003, NDLR), il y avait également Tonya qui est devenue depuis ma girlfriend. Dingue, non! Elle chantait « Hé doe maar mee, ben je wit of ben je bruin » (Ndt: « Hé rejoins-nous, que tu sois blanc ou brun »). Forcément, ça m’avait parlé… »

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Né en 1995, d’un père nigérian et d’une mère flamande, Yuki Asemota a grandi à Lokeren -un peu plus de 40.000 habitants, entre Gand et Anvers (son festival, ses saucisses de cheval). « Forcément, en tant que métisse, vous vous sentez parfois un peu à part dans une ville comme Lokeren, qui n’est pas aussi multiculturelle que Bruxelles, par exemple. Certainement quand vous allez chercher des frites avec votre père… » Ne comptez cependant pas trop sur Chuki Beats pour monter au créneau et se lancer dans de grandes déclarations politiques antiracistes. « J’ai participé à la manifestation Black Lives Matter. Mais je ne l’ai pas trop mis en avant. Il faut évidemment parler des discriminations, mais je crois beaucoup dans le pouvoir des individus. Je pense que l’on peut changer pas mal de choses en modifiant son mindset. Avant, à cause de certaines mauvaises expériences, j’avais tendance à tout passer par le filtre du racisme. Aujourd’hui, j’essaie d’éviter. Cela n’est pas pour ça que je n’ai plus jamais de problèmes. Mais en faisant comme si cela n’existait pas, je remarque que, paradoxalement, cela change pas mal de choses… Et puis, ce qui a démarré comme un mouvement positif a parfois tendance, chez certains, à se transformer en envie de revanche. Ce qui n’est jamais une solution. Let’s love each other… »

Ce discours oecuménique se retrouve dans un disque polyglotte qui passe allègrement de l’anglais au néerlandais, du français à l’espagnol. Un vrai melting-pot. « Parfois même dans un seul et même morceau. C’est quelque chose que l’on n’entend pas très souvent. Mais cela marche! Regardez le duo de Dua Lipa avec Angèle. De toute façon, la question de la langue est devenue secondaire. Quelqu’un comme Aya Nakamura a cartonné dans le monde entier en chantant en français. Ce qui compte avant tout, c’est la vibe: pas besoin de comprendre les mots pour la ressentir. »

Résultat: les productions de Chuki Beats ont très vite voyagé. C’est le grand brassage du Net qui érode les particularités, certes, mais qui rassemble aussi au-delà des frontières. Même si le monstre numérique est vorace, avide de toujours de plus de contenus… En quasi dix ans de pratique assidue, Chuki Beats a d’ailleurs vu le paysage du Web évoluer à grande vitesse. « Le point positif est qu’il permet d’atteindre toujours plus de monde, en multipliant les canaux: Instagram, TikTok, etc. Dans le même temps, c’est de plus en plus compliqué de trouver le bon chemin pour toucher les gens. Parfois, je passe plus de temps à optimiser le SEO (le référencement, NDLR), trouver le bon hashtag, ou le titre qui va le plus parler aux algorithmes, qu’à pondre mon morceau. Avant, c’était beaucoup plus spontané… Mais c’est comme ça, je ne me plains pas. Je n’oublie pas que j’ai été élevé dans un famille où il fallait faire attention à chaque dépense. Aujourd’hui, si j’ai envie d’un restaurant, je n’hésite plus trop. Donc oui, l’activité que j’ai choisie demande beaucoup. Mais je reçois aussi énormément en retour. »

Chuki Beats, INSIDEOUT, distribué par 32WORLDWIDE. ***

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