Black Country, New Road: « On aime l’idée d’une pop music qui peut être catchy mais en même temps super complexe »

"Nos chansons ne sont jamais vraiment terminées. On déteste s'ennuyer. Mais les gens ont parfois juste envie de chanter un refrain en choeur." (Charlie Wayne, à droite sur la photo) © Rosie Foster
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Les Anglais de Black Country, New Road, qui viennent de perdre leur chanteur/guitariste Isaac Wood, se réinventent quelque part entre Bright Eyes et Arcade Fire. Entretien à la veille de l’annonce de son départ.

MISE À JOUR

Le lendemain du jour où nous bouclions cet article, le chanteur et guitariste Isaac Wood annonçait son départ de Black Country, New Road dans un message relativement cryptique publié sur les réseaux sociaux du groupe. Le voici: « I have bad news which is that I have been feeling sad and afraid too. And I have tried to make this not true but it is the kind of sad and afraid feeling that makes it hard to play guitar and sing at the same time. Together we have been writing songs and then performing them, which at times has been an incredible doing, but more now everything happens that I am feeling not so great and it means from now I won’t be a member of the group anymore. To be clear: this is completely in spite of six of the greatest people I know, who were and are wonderful in a sparkling way. If you are reading this maybe you have seen some of that. It has been a great pleasure and I would like to say « Thank you » to everyone. »

Un message qui contraste à ce que nous confiait le reste du groupe dans l’interview qui suit, à savoir qu’ils font « de la musique qui ferait que chacun dans le groupe s’y sente bien.« 

La tournée prévue jusqu’avril est bien entendu annulée, mais le reste des musiciens a aussi annoncé qu’ils continueraient de faire de la musique sous le même nom.

« La vidéo, je ne connais plus que ça. La prochaine rencontre en chair et en os, ce sera vraiment un événement. » Charlie Wayne, le batteur de Black Country, New Road, se marre. La bassiste Tyler Hyde est tombée malade et il assure seul le service après-vente du deuxième album signé par la jeune et excitante formation britannique. Son concert de l’an dernier au Botanique l’avait laissé présager: Ants from Up There est plus accessible que son glorieux prédécesseur. « Notre premier disque a quelque chose d’agressif, de dissonant. Ces chansons avaient été écrites pour le live. On cherchait notre son. Et aussi à se faire un nom. Un des moyens d’y arriver, de créer un semblant de buzz, est de se montrer angulaire, d’un peu choquer les gens quelque part. Ici, avec la pandémie et l’incertitude quant à son terme, on n’avait pas du tout ce genre de perspective et de préoccupation. On a fait de la musique pour nous. De la musique qu’on trouverait intéressante, qui ferait que chacun dans le groupe s’y sente bien. »

Là où For the First Time a des allures de compilation, de collection de chansons, un témoignage de là où ils en étaient et de ce qu’ils exploraient quand ils ont commencé, Ants from Up There sonne comme un véritable album. « Les mélodies sont plus poppy. Ce n’est pas compliqué à écouter. C’est le genre de disque qui peut relativement passer partout. On aime l’idée d’une pop music qui peut être catchy mais en même temps super complexe et se révéler au fil des écoutes. » Les disques de pop que Charlie trouvent excitants sont plutôt contemporains. Il cite Olivia Rodrigo, Billie Eilish. Côté hip-hop, Kanye West, Kids See Ghosts, l’album Blond de Frank Ocean. « Prends Abba. Ça semble évident, facile, mais on a essayé de reprendre l’une ou l’autre de leurs chansons et c’est très compliqué et complexe. »

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Ants from Up There est moins un album de pop qu’un disque de singer-songwriter. Il y a clairement du Bright Eyes, du Arcade Fire aussi dans les nouvelles chansons des Londoniens. « C’est un vrai compliment. Tout le monde n’écoute pas du Conor Oberst dans le groupe. Mais le Funeral d’Arcade Fire a été une vraie référence. J’ai apprécié The Suburbs. Parce que c’est avec ça que je les ai découverts. Mais on est tous retournés à Funeral pendant la pandémie. C’est l’album parfait. On aime les singer-songwriters, mais souvent ceux avec une vraie grosse instrumentation. Des gens comme Sufjan Stevens. Même avec des chansons très calmes d’ailleurs parfois. »

Final au kazoo

Empêchés par les protocoles sanitaires de défendre leur premier album comme il le méritait, les sept membres de Black Country, New Road se sont retrouvés aux Premises Studios, dans l’East London et le quartier d’Hoxton, en janvier de l’année passée pour plancher sur la suite. L’épique Basketball Shoes, 12 minutes 37 de bonheur et un final au kazoo, leur a servi de tremplin. « Sur le premier album, chaque titre explorait un monde différent. On voulait cette fois approfondir une facette. Sortir un disque folk. » Ils le font avec audace et jusqu’au-boutisme. Isaac Wood chante désormais plus qu’il ne parle, mais avec une ferveur déconcertante. « Chacun a évolué à sa manière. Les paroles sont d’Isaac et la première fois qu’on entend les textes, c’est parfois en studio quand on les enregistre. » Du point de vue de Charlie (il ne veut pas trop s’avancer), les chansons sont empreintes de nostalgie. Elles parlent de ceux qui nous manquent, de se réconcilier avec son passé et son présent. L’instrumental Mark’s Theme est dédié à l’oncle de leur saxophoniste Lewis Evans. Un fan de punk et de pub rock, petit trapu d’origine écossaise marié à la soeur de sa mère qui assistait à tous leurs concerts. « Nous commencions à enregistrer le disque quand il a été hospitalisé pour le Covid. Il s’est retrouvé dans le coma. Il était en bonne santé et pas particulièrement âgé. Il était infirmier et donc il s’est retrouvé en première ligne pendant un moment. Il est mort la veille de la sortie de notre premier album. C’était un mec adorable. Lewis a empoigné un saxophone et s’est mis à jouer pour se changer les idées. » Le morceau se termine par la voix du Mark en question. Un de ces mémos vocaux ou de ces messages qu’on envoie à ses potes, bourré, au beau milieu de la nuit.

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Il y a aussi dans ce disque de l’espoir et de l’optimisme. « On est quand même des grands privilégiés par rapport au reste du monde. Et même en tant qu’artistes. On avait signé notre contrat et terminé l’enregistrement de notre premier album quand la pandémie nous est tombée dessus. Maintenant, il y a moins de fric, plus d’incertitude. On n’a pas pu jouer beaucoup, certes, mais on a poursuivi notre cursus à l’université, terminé notre vie d’étudiants. On ne devait pas s’inquiéter de savoir si un concert aurait bien lieu pour être sûrs de pouvoir payer notre loyer. »

Charlie s’épanche sur la brasserie britannique qui a appelé une de ses bières avec des paroles du groupe. « Elle aurait pu nous contacter pour en parler. Aucun d’entre nous, j’imagine, ne voulait être associé à une pale ale. » Il raconte les quiz auxquels lui et ses potes participent dans les pubs. « Si tu gagnes, tu as des pintes gratuites. » Et leurs expéditions au cinéma. « On a été voir Dune. Et Lewis a tellement adoré The French Dispatch qu’il se l’est tapé deux fois le même jour. On nous a déjà souvent dits cinématographiques. Je pense que c’est surtout dû au nombre de musiciens dans le groupe. »

La pochette de l’album est une peinture à la fois sur- et hyperréaliste de Simon Monk: un avion dans un sac plastique qui pend à un crochet… « On ne trouvait pas de titre au disque. On a pensé à Ants from Up Here. Ce sentiment quand tu regardes les choses depuis les airs. Mais on s’est dit que ça risquait de sembler très prétentieux, de donner l’idée qu’on avait chopé le gros cou parce que le premier disque avait assez bien fonctionné. On a préféré renverser l’image. »

Ants from Up There, distribué par Ninja Tune/Pias. ****

Black Country, New Road:

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