À l'instar de son quasi-homonyme Roy Andersson, Wes Anderson compte parmi les réalisateurs à l'univers immédiatement identifiable, un seul plan de leurs films valant signature. La comparaison s'arrête là cependant, à la vision désespérée de l'humanité du maître suédois répondant la fantaisie débridée et maniériste qui est la marque de fabrique du cinéaste américain. Un style porté à sa quintessence le temps d'une période enchantée qui le vit aligner The Darjeeling Limited, Fantastic Mr. Fox et Moonrise Kingdom, avant que The Grand Budapest Hotel puis Isle of Dogs ne tra...

À l'instar de son quasi-homonyme Roy Andersson, Wes Anderson compte parmi les réalisateurs à l'univers immédiatement identifiable, un seul plan de leurs films valant signature. La comparaison s'arrête là cependant, à la vision désespérée de l'humanité du maître suédois répondant la fantaisie débridée et maniériste qui est la marque de fabrique du cinéaste américain. Un style porté à sa quintessence le temps d'une période enchantée qui le vit aligner The Darjeeling Limited, Fantastic Mr. Fox et Moonrise Kingdom, avant que The Grand Budapest Hotel puis Isle of Dogs ne trahissent un tarissement sensible de son inspiration; une tendance que ne vient malheureusement pas infléchir The French Dispatch, son dixième long métrage. Anderson en situe l'action à Ennui-sur-Blasé, bourgade française fictive du XXe siècle, et plus précisément au sein de la rédaction de The French Dispatch of the Liberty, Kansas Evening Sun, magazine américain dont le fondateur et rédacteur en chef, Arthur Howitzer Jr. (Bill Murray), vient d'être retrouvé mort. Et la rédaction de se réunir pour écrire sa nécrologie, les souvenirs de ce patron de presse visionnaire se cristallisant autour de quatre articles composant le sommaire de l'ultime numéro de la publication. Et tenant lieu de scénario à ce qui tient du film à sketches. Le premier suit un reporter à bicyclette (Owen Wilson), et il plane de petits airs de Jacques Tati sur une histoire véhiculant, avec force clins d'oeil, une image d'Épinal de la France du siècle dernier. Plus ambitieux, le second met en scène un artiste psychopathe embastillé (Benicio Del Toro) et sa geôlière et muse (Léa Seydoux), au coeur d'un reportage sur le monde de l'art et ses dérives croqués par l'oeil de J.K.L Berensen (Tilda Swinton). Le troisième revisite pour sa part mai 68, les pavés et la révolte étudiante sur les pas de Zeffirelli (Timothée Chalamet) et Juliette (Lyna Khoudri), passés au crible de la plume-scalpel de Lucinda Krementz (Frances McDormand). Enfin, le dernier révèle, narrés par Roebuck Wright (Jeffrey Wright), les dessous d'une sombre affaire d'enlèvement ayant touché le Commissaire (Mathieu Amalric). Foisonnant et échevelé, The French Dispatch, en dépit de son inventivité formelle, ne convainc que modérément, la logorrhée incessante et le rythme trépidant ne suffisant pas à masquer l'absence d'enjeu -nulle trace du caractère subversif qui prévalait à Fantastic Mr. Fox ou de l'émotion qui parcourait Moonrise Kingdom, par exemple. Maniaque et excentrique, c'est là certes du pur Wes Anderson, au risque parfois de l'auto-caricature, le quatrième temps du film, particulièrement réussi, ne suffisant pas à dissiper le sentiment que sa mécanique tourne désormais quelque peu à vide...