L'humanité se divise entre ceux qui regardent Freddy terroriser son petit monde wasp avec gourmandise, voire un sourire amusé accroché aux lèvres, et ceux qui détournent le regard en tremblant à la moindre porte fermée que s'apprête à ouvrir imprudemment le protagoniste d'un film à suspense.

Sur l'échelle de la trouille, la mini-série scénarisée par un vieux routier de la fiction américaine, l'écrivain Richard Price, d'après le roman éponyme du roi de l'horreur, Stephen King, se situe pourtant très loin des classiques du genre que sont L'Exorciste, Halloween ou Paranormal Activity. L'atmosphère est certes chargée d'une menace surnaturelle poisseuse mais le script nous épargne jusqu'ici -on n'est qu'à mi-chemin- les gros épandages de sang ou les apparitions brutales qui font gicler l'adrénaline (les Anglo-Saxons ont inventé un terme pour définir ces moments de terreur, quand un chat, un monstre ou un psychopathe surgit dans l'écran: les jumpscares). Ce qui ne veut en fait rien dire puisqu'on sait au moins depuis Psychose de tonton Alfred (mais on pourrait remonter à Nosferatu du Murnau) que la suggestion est souvent bien plus efficace pour mettre le cerveau en mode panique que le premier degré. Le Projet Blair Witch, qui jouait adroitement sur la peur ancestrale de la forêt, du noir et des esprits, est un bel exemple de manipulation mentale. Peu de moyens, beaucoup d'effet. Comme chez David Lynch, mais dans un registre plus sensuel, passé maître dans l'art de susciter le malaise en même temps que la volupté, chaque émotion renforçant l'autre.

Tous les hommes et les femmes ne sont pas égaux devant la peur.

Dans The Outsider aussi, des silences pesants, des mines fatiguées, des paysages bucoliques, une bande son sourde, l'ombre évanescente d'une puissance maléfique et un personnage à capuche énigmatique -variante du masque- suffisent à donner envie de vérifier si les portes de la maison sont bien fermées. Ne riez pas, c'est le lot de ceux qui n'ont pas été immunisés dans l'enfance contre les images anxiogènes. Et n'arrivent donc pas à "aimer à se faire peur" comme on dit souvent pour expliquer l'engouement indémodable pour les films gore, de Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper au récent Us de Jordan Peele.

Car comme toujours quand on parle des émotions, c'est dans l'enfance que se joue le rapport à l'effroi fictionnel, lequel affleure dans les images mais peut évidemment aussi se nicher dans les pages d'un roman de H.P. Lovercraft, dans les planches d'un Charles Burns ou dans le coup de pinceau d'un Edvard Munch. Face à une scène oppressante, l'amygdale tire la sonnette d'alarme corporelle comme s'il s'agissait d'une menace réelle. Le pouls s'accélère, la pression artérielle augmente, la respiration s'emballe... Un état de stress, donc un cocktail chimique, plus ou moins apprécié selon que de vieux traumas traînent ou non dans la mémoire, et que la peur ait été greffée à des émotions positives, par exemple en lisant des contes effrayants -et ils le sont tous, nous a appris Bruno Bettelheim- mais dans un contexte bienveillant. Ceux qui ont eu droit dans leur jeunesse à ce traitement de faveur prennent en général leur pied, ne gardant de l'expérience que l'excitation, que la joie de découvrir, même s'ils le savaient déjà, que tout était faux. Les autres par contre, ceux qui sont incapables de mettre de la distance avec cette simulation du pire, métabolisent leur peur en anxiété, laquelle va les accompagner au-delà de l'écran. Autant dire qu'ils n'en redemandent pas. On remarquera au passage qu'il n'y a pas ici de distinction de genre. On trouve des filles et des garçons dans les deux camps.

La fréquentation des films qui filent la pétoche à un âge trop précoce peut également causer un choc dont le futur adulte se remet difficilement. Le risque est d'autant plus élevé que les ados, déjà naturellement attirés par les interdits, sont souvent sommés de montrer leur courage et leur aptitude à affronter ce qui fout instinctivement les jetons, que ce soit de grosses bébêtes gluantes ou des silhouettes furtives au fond des bois. On peut en témoigner: regarder à 13 ans chez un copain La Chose de John Carpenter et ensuite rentrer seul à pied en pleine nuit dans la neige n'était vraiment pas une bonne idée...

L'humanité se divise entre ceux qui regardent Freddy terroriser son petit monde wasp avec gourmandise, voire un sourire amusé accroché aux lèvres, et ceux qui détournent le regard en tremblant à la moindre porte fermée que s'apprête à ouvrir imprudemment le protagoniste d'un film à suspense. Sur l'échelle de la trouille, la mini-série scénarisée par un vieux routier de la fiction américaine, l'écrivain Richard Price, d'après le roman éponyme du roi de l'horreur, Stephen King, se situe pourtant très loin des classiques du genre que sont L'Exorciste, Halloween ou Paranormal Activity. L'atmosphère est certes chargée d'une menace surnaturelle poisseuse mais le script nous épargne jusqu'ici -on n'est qu'à mi-chemin- les gros épandages de sang ou les apparitions brutales qui font gicler l'adrénaline (les Anglo-Saxons ont inventé un terme pour définir ces moments de terreur, quand un chat, un monstre ou un psychopathe surgit dans l'écran: les jumpscares). Ce qui ne veut en fait rien dire puisqu'on sait au moins depuis Psychose de tonton Alfred (mais on pourrait remonter à Nosferatu du Murnau) que la suggestion est souvent bien plus efficace pour mettre le cerveau en mode panique que le premier degré. Le Projet Blair Witch, qui jouait adroitement sur la peur ancestrale de la forêt, du noir et des esprits, est un bel exemple de manipulation mentale. Peu de moyens, beaucoup d'effet. Comme chez David Lynch, mais dans un registre plus sensuel, passé maître dans l'art de susciter le malaise en même temps que la volupté, chaque émotion renforçant l'autre. Dans The Outsider aussi, des silences pesants, des mines fatiguées, des paysages bucoliques, une bande son sourde, l'ombre évanescente d'une puissance maléfique et un personnage à capuche énigmatique -variante du masque- suffisent à donner envie de vérifier si les portes de la maison sont bien fermées. Ne riez pas, c'est le lot de ceux qui n'ont pas été immunisés dans l'enfance contre les images anxiogènes. Et n'arrivent donc pas à "aimer à se faire peur" comme on dit souvent pour expliquer l'engouement indémodable pour les films gore, de Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper au récent Us de Jordan Peele. Car comme toujours quand on parle des émotions, c'est dans l'enfance que se joue le rapport à l'effroi fictionnel, lequel affleure dans les images mais peut évidemment aussi se nicher dans les pages d'un roman de H.P. Lovercraft, dans les planches d'un Charles Burns ou dans le coup de pinceau d'un Edvard Munch. Face à une scène oppressante, l'amygdale tire la sonnette d'alarme corporelle comme s'il s'agissait d'une menace réelle. Le pouls s'accélère, la pression artérielle augmente, la respiration s'emballe... Un état de stress, donc un cocktail chimique, plus ou moins apprécié selon que de vieux traumas traînent ou non dans la mémoire, et que la peur ait été greffée à des émotions positives, par exemple en lisant des contes effrayants -et ils le sont tous, nous a appris Bruno Bettelheim- mais dans un contexte bienveillant. Ceux qui ont eu droit dans leur jeunesse à ce traitement de faveur prennent en général leur pied, ne gardant de l'expérience que l'excitation, que la joie de découvrir, même s'ils le savaient déjà, que tout était faux. Les autres par contre, ceux qui sont incapables de mettre de la distance avec cette simulation du pire, métabolisent leur peur en anxiété, laquelle va les accompagner au-delà de l'écran. Autant dire qu'ils n'en redemandent pas. On remarquera au passage qu'il n'y a pas ici de distinction de genre. On trouve des filles et des garçons dans les deux camps. La fréquentation des films qui filent la pétoche à un âge trop précoce peut également causer un choc dont le futur adulte se remet difficilement. Le risque est d'autant plus élevé que les ados, déjà naturellement attirés par les interdits, sont souvent sommés de montrer leur courage et leur aptitude à affronter ce qui fout instinctivement les jetons, que ce soit de grosses bébêtes gluantes ou des silhouettes furtives au fond des bois. On peut en témoigner: regarder à 13 ans chez un copain La Chose de John Carpenter et ensuite rentrer seul à pied en pleine nuit dans la neige n'était vraiment pas une bonne idée...