Humoriste bien connu des aficionados de la chaîne Comedy Central, Jordan Peele réalisait le hold-up parfait en 2017 avec Get Out, petit film fauché qui passait les stéréotypes de race à la moulinette horrifique. Véritable phénomène du box-office international, le film avait tout du parfait petit objet pop, excellant dans l'ambiguïté et le malaise tandis qu'il louvoyait entre audaces narratives et propositions formelles d'une rare pertinence. Pour une radiographie ouvertement hyperbolique de la psyché malade de l'Amérique, Oscar du meilleur scénario original à la clé.
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Humoriste bien connu des aficionados de la chaîne Comedy Central, Jordan Peele réalisait le hold-up parfait en 2017 avec Get Out, petit film fauché qui passait les stéréotypes de race à la moulinette horrifique. Véritable phénomène du box-office international, le film avait tout du parfait petit objet pop, excellant dans l'ambiguïté et le malaise tandis qu'il louvoyait entre audaces narratives et propositions formelles d'une rare pertinence. Pour une radiographie ouvertement hyperbolique de la psyché malade de l'Amérique, Oscar du meilleur scénario original à la clé. Là où Get Out ressemblait à un (bon) épisode de Black Mirror, Us évoque aujourd'hui un (banal) épisode de The Twilight Zone (1). À tel point que sa trame est entièrement calquée sur celle de Mirror Image, 21e épisode de la série d'anthologie où une jeune femme se retrouvait confrontée à son double maléfique issu d'un monde parallèle. La formule est appliquée cette fois à l'ensemble d'une famille américaine, quatuor traditionnel pris d'assaut aux ciseaux par sa copie moins conforme que dégénérée, bien décidée à prendre sa place. La présence marquée de lapins blancs (et noirs) ainsi que la prolifération des miroirs renvoyant avec insistance à l'univers de Lewis Carroll. Tout, dans Us, est ainsi lourdement appuyé. Citant pêle-mêle et sans beaucoup de cohérence Alfred Hitchcock, Don Siegel, Steven Spielberg, John Landis ou Michael Haneke, Peele appuie ses effets, et en rajoute des couches au rayon humour et tension, bande-son très "herrmannienne" à l'appui. En clair, ça gesticule beaucoup pour pas grand-chose. Et le ridicule n'est jamais bien loin. Pastiche volontaire? Beaucoup d'esbroufe, en tout cas, d'écrans de fumée, d'appels du pied forcés et de signes ennuyeux à décrypter parmi les jeux répétés de reflets, d'ombres et de doubles lestés d'une peu digeste charge symbolique sur l'Amérique des damnés -celle des minorités et des opprimés. Heureusement, Peele filme mieux qu'il n'écrit, et Us est parfois affaire de mise en scène. Armé d'une caméra très mobile, il use çà et là avec intelligence du clair-obscur et du hors-champ. Mais sous ses dehors stylés et malins, le film se contente souvent de (très) peu, préférant recourir à des artifices très démonstratifs quand il pourrait se faire plus substantiel. Pire: ni malsain, ni gore, ni même vraiment effrayant ou bizarre, il est au fond un peu sage, et définitivement trop bien peigné. Jusqu'à ce final surexplicatif au possible qui tient lieu d'insulte à l'intelligence du spectateur et à l'idée même de mystère. Don't believe the hype. (1) Il est amusant de noter, en ce sens, qu'entre Get Out et Us, Peele a créé la Web série Weird City, qui n'est rien d'autre qu'une version rigolarde de Black Mirror, et qu'il s'apprête à lancer sur CBS son propre reboot officiel de The Twilight Zone.