"Ça m'a pris du temps avant de me rendre compte que j'étais en train de dessiner un autoportrait. (...) Je suis un alien compressé, assis à une autre table, dans un autre monde." Ainsi commence Dédales, lorsque le jeune Brian Milner, jeune adulte taciturne, est à la fois absorbé par l'image déformée de son visage que lui renvoie le chrome d'un grille-pain, et le dessin qu'il vient de créer sur un coin de table de cuisine, alors que ses copains "font la fête et se défoncent dans la pièce d'à côté". Le dessin lui-même représente un être au corps déformé, lui-même en train de faire un dessin, et dont la tête a été remplacée par une sorte de cerveau-méduse qui semble prête à s'envoler. Charles Burns lui-même a-t-il vécu cette scène, et ce moment de détachement ultime où le dessin se fait automatique, traçant de lui-même les contours de son propre inconscient? C'est probable: si Dédales n'est que la première partie d'un nouveau récit que l'on devine déjà ample, ambitieux et malaisant comme il les aime et en produit depuis près de 40 ans, on ressent aussi, très vite, ...