Il semble loin, le temps où Woody Allen était l'un des réalisateurs les plus admirés de la planète, les comédiens de tous horizons se bousculant pour jouer dans ses films qui faisaient le bonheur des festivals comme des cinéphiles. C'était toutefois avant l'émergence de #MeToo et la libération de la parole ayant suivi, le cinéaste new-yorkais étant rattrapé dans la foulée par un scandale dont il avait pourtant été blanchi par la justice, et dont il est toujours présumé innocent: les accusations d'agression sexuelle sur sa fille adoptive de sept ans, Dylan, déjà portées à son encontre en 1992 par son ex-compagne, Mia Farrow. Avec, pour effet immédiat, aux États-Unis en tout cas, une carrière au point mort sans autre forme de procès, Amazon dénonçant...

Il semble loin, le temps où Woody Allen était l'un des réalisateurs les plus admirés de la planète, les comédiens de tous horizons se bousculant pour jouer dans ses films qui faisaient le bonheur des festivals comme des cinéphiles. C'était toutefois avant l'émergence de #MeToo et la libération de la parole ayant suivi, le cinéaste new-yorkais étant rattrapé dans la foulée par un scandale dont il avait pourtant été blanchi par la justice, et dont il est toujours présumé innocent: les accusations d'agression sexuelle sur sa fille adoptive de sept ans, Dylan, déjà portées à son encontre en 1992 par son ex-compagne, Mia Farrow. Avec, pour effet immédiat, aux États-Unis en tout cas, une carrière au point mort sans autre forme de procès, Amazon dénonçant le contrat de quatre films qui la liait à un réalisateur dont jusqu'à l'autobiographie, Apropos of Nothing (Soit dit en passant, dans sa traduction française), faillit bien ne jamais sortir. C'est dans ce contexte incertain que débarque sur Be TV Allen v. Farrow, minisérie documentaire HBO en quatre épisodes cosignée par Kirby Dick et Amy Ziering, et s'insinuant dans les méandres d'une affaire ayant fait les choux gras de la presse à sensation mais pas que. S'il s'ouvre sur les images de Woody Allen se défendant des allégations d'inceste dont il fait l'objet lors d'une conférence de presse organisée au Plaza de New York en août 1992, la particularité de ce document réside dans son caractère à charge, les auteurs s'en tenant quasi exclusivement à la version des faits portée par le "clan Farrow". Et de reconstituer l'affaire, son contexte familial et professionnel comme ses épisodes successifs -relation puis mariage du cinéaste avec Soon-Yi, la fille adoptive de Farrow, avec ce que cela a pu alimenter de rumeurs, procès pour la garde des enfants...- à l'aide de pièces nombreuses: home movies, archives, éléments nouveaux et, bien sûr, témoignages. Mia Farrow, sa fille Dylan et son frère Ronan en particulier se succèdent devant la caméra, leurs interventions étant entrecoupées de celles de proches, mais aussi de journalistes de cinéma, d'experts, de psychologues, de juges ou d'enquêteurs. Quant à Woody Allen, il est réduit à des extraits audio de Soit dit en passant. De même, les éléments d'enquête lui étant favorables se voient ramenés à fort peu de choses sinon escamotés. Et les documentaristes ne répugnent pas à recourir à l'occasion à des procédés qui apparaîtraient risibles dans d'autres circonstances -ainsi d'une relecture orientée de la filmographie d'Allen au départ de Manhattan où il sortait avec une adolescente, mais encore de l'avis de "critiques" qui décrètent doctement boycotter désormais ses films... Éminemment discutable tant dans ses attendus que dans sa méthode, Allen v. Farrow n'en reste pas moins un objet intéressant, une plongée dans une zone grise dont on émerge incontestablement troublé. À défaut d'une prétendue vérité, le film charrie son lot de questions, tout en apportant en creux un éclairage sur la manière dont la vague #MeToo a rebattu les cartes, conférant un crédit médiatique nouveau à la parole de Dylan Farrow, la controverse entourant Woody Allen s'en trouvant relancée de plus belle. Et de se poser incidemment en portrait de l'époque. Qu'il faille en passer pour cela par le déballage sordide d'une affaire privée ne regardant que les intéressés et la justice le cas échéant, n'en laisse pas moins un profond sentiment de malaise. De tristesse aussi, comme par A Rainy Day in New York, du titre du dernier film de Woody Allen sorti sous nos latitudes...