Avec les concerts à l'arrêt depuis le 13 mars dernier, inutile de répéter combien le secteur musical a été touché par la crise sanitaire. Alors, pour éviter qu'on se retrouve sans musique et sans musiciens dans le monde post-corona, les initiatives se multiplient pour aider ses différents acteurs.
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Avec les concerts à l'arrêt depuis le 13 mars dernier, inutile de répéter combien le secteur musical a été touché par la crise sanitaire. Alors, pour éviter qu'on se retrouve sans musique et sans musiciens dans le monde post-corona, les initiatives se multiplient pour aider ses différents acteurs.Le dernier en date n'est pas des moindres en termes d'ambition. Le Belgian Music Fund, créé par deux sociétés de gestion de droits (Sabam et Playright) et deux fédérations d'auteurs-compositeurs (la FACIR pour le sud du pays, la GALM pour le nord), veut ainsi offrir un soutien concret et durable à tous les artistes belges, tous genres confondus, et ce dans toutes les étapes qui précèdent le live: création, enregistrement, exécution, exploitation et promotion de la musique.Pour lancer l'opération, quelques gros bonnets (Jean-Luc Fonck de Sttellla, Sam Bettens de K's Choice, Jasper Sterverlinck d'Arid...) prêtent leur voix en soutien aux "stars de demain", sous la bannière #FundTheFutureOfMusic. Nous avons posé quelques questions à Pierre Dumoulin, lui-même musicien (Roscoe) et administrateur à la Sabam, pour en savoir plus sur ce projet d'envergure.Comment le fonds s'est-il mis en place?Ça nous trotte en tête depuis un moment. Pour vivre de la musique aujourd'hui, ce n'est plus sur les ventes de disques que ça va se faire, c'est clairement sur le live. C'est un constat qui est fait depuis de nombreuses années, mais que la crise du Covid a mis en lumière. Le live s'est effondré ces derniers mois et les artistes se sont retrouvés sans aucun revenu. On voulait donner un coup de pouce aux artistes sur toutes ces phases qui permettent au live d'exister, qui sont les phases préparatoires: le songwriting, la production, le mixage, mais aussi la promotion. C'est là-dessus qu'on voulait mettre l'accent. On s'est dit que c'était le bon moment pour le faire, mais c'est clairement un fonds de relance, pas un fonds d'urgence. On met ça en place sur le long terme. L'idée, c'est vraiment de faire un truc qui dure. C'était important que ce fonds soit fédéral?Oui, et ça s'est fait de manière naturelle. La Sabam et Playright sont fédéraux tous les deux, et puis la FACIR (francophone) et la GALM (néerlandophone) se sont vite entendues sur le projet. Ça s'est donc fait naturellement, ce n'était pas un choix politique. Je mets peut-être un pied dans la fourmilière, mais est-ce au privé de sauver la culture?Je pense que c'est à tout le monde de sauver la culture. Si je prends mon exemple personnel, pour le troisième album de mon groupe, Roscoe, on a reçu des subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles: je ne vais pas demander au Belgian Music Fund de me donner encore de l'argent, parce que j'en ai déjà eu d'un côté. Mais les fonds publics ne peuvent pas alimenter tout le monde non plus. Clairement, si on peut unir nos forces, et si ceux qui ont plus de moyens que d'autres peuvent le faire, tant mieux. C'est un peu ce qui a été mis en place avec le Tax Shelter: on demande au privé de financer le cinéma, avec des avantages fiscaux. Ici, l'idée, c'est aussi que les artistes puissent aider les artistes. Comment est-ce qu'on peut aider les artistes qui vont émerger, qui sont en train de débuter leur carrière? L'idée, c'est d'arriver à quelque chose d'équivalent au Tax Shelter, pour la musique?Ça fonctionne dans le même ordre d'idée, puisqu'il y a une déduction fiscale aussi, comme toute participation à un fonds. Ce ne sera pas un processus aussi complexe et complet que le Tax Shelter, mais clairement, il y a cet avantage fiscal qui peut aider les entreprises ou les privés à investir. Le timing tombe assez bien: vous arrivez quelques jours après cette gifle infligée à la Chambre jeudi dernier. Est-ce que c'était voulu? Cela vous a précipité?C'était déjà dans nos dossiers, mais c'est clair que ça a précipité les choses. Vu le cynisme qui est affiché envers la culture pour le moment, il fallait qu'on montre qu'on peut aussi avancer sans eux. Ce n'est pas possible, ça devient ridicule. Ça peut paraître bizarre de demander au privé de financer, mais pour moi, c'est un pan qu'il faut explorer aussi. Le mécénat, on le sait bien, a toujours existé et j'espère qu'il existera toujours, parce qu'on a besoin de participation partout. Ce fonds va institutionnaliser le mécénat, en quelque sorte? Le faciliter?Oui. C'est un aspect important du projet. Ce fonds va être géré via la Fondation Roi Baudouin. On essaye par là de donner un côté apolitique au projet et montrer que c'est neutre. La Fondation Roi Baudouin va mettre en place la structure d'octroi des aides pour s'assurer que les aides vont bien aux bonnes personnes, aux bons projets. Que tout ne revienne pas à un projet mais que ce soit bien varié. En quoi ce fonds diffère du Live2020, lancé il y a quelques semaines?Le côté moyen/long terme. On veut mettre ça en place de manière pérenne, et on va se concentrer sur toutes les phases qui précèdent le live. Ce sont des choses qui sont souvent oubliées, comme l'écriture, la création, les répétitions, l'enregistrement... On dit que c'est bien de sauver le live, mais il faut aussi sauver tout ce qui se passe avant. Comment cela va se déployer? Par appel à candidatures? Il va y avoir un appel à projets. Ici, on est dans la phase de sollicitation des dons, la phase d'appel à projets suivra. Sur le site, il y a déjà moyen d'entrer ses coordonnées et un petit descriptif du projet, et on sera recontacté dès que l'appel à projets officiel sera lancé.