Le Primavera (celui de Barcelone du moins) est devenu tellement grand qu'il semble avoir perdu son âme en chemin et que des sponsors organisent désormais des navettes en bus pour traverser son site bétonné. Le festival espagnol a cependant toujours le chic pour monter une affiche du tonnerre, donner le ton de la saison et amorcer les come-backs savamment orchestrés. Zoom sur cinq projets attendus chez nous cet été.
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Le Primavera (celui de Barcelone du moins) est devenu tellement grand qu'il semble avoir perdu son âme en chemin et que des sponsors organisent désormais des navettes en bus pour traverser son site bétonné. Le festival espagnol a cependant toujours le chic pour monter une affiche du tonnerre, donner le ton de la saison et amorcer les come-backs savamment orchestrés. Zoom sur cinq projets attendus chez nous cet été. Dégageant toujours une classe aussi inouïe, elle est arrivée sur scène un saxophone à la bouche, à la suite de ses musiciens, dans une étonnante marche funèbre. Ensorcelante prêtresse, PJ Harvey a hypnotisé le Primavera et livré l'une des prestations les plus bluffantes du festival barcelonais. Même pas gâchée par la scène immense où elle se produisait et sa sonorisation qui avait ruiné la veille le concert de Radiohead. Notamment entourée par Mick Harvey et John Parish, la native du Dorset y a défendu son nouvel album, The Hope Six Demolition Project, enregistré en public dans un studio de verre spécialement aménagé pour l'occasion à la Somerset House de Londres. L'Anglaise, qui sortait en octobre dernier un recueil de poésie également inspiré par ses voyages en Afghanistan, au Kosovo et aux États-Unis, lui a consacré les cinq premiers morceaux de son set avant de réinterpréter avec beaucoup d'à-propos les Down by the Water et autre To Bring You My Love et de nous ensorceler avec When Under Ether, extrait de son remarquable album au piano White Chalk. Who's the queen? Le supertandem formé par Alex Tuner, leader des Arctic Monkeys, et son pote Miles Kane (ancien Rascal) n'a pas vraiment répondu aux attentes avec son deuxième album sorti début avril sur le label Domino. C'était à prévoir. Everything You've Come To Expect arrive péniblement à la cheville de son splendide prédécesseur, The Age of the Understatement (huit ans déjà), et les Last Shadow Puppets n'ont pas livré à Barcelone un concert magique comme ça avait été le cas en octobre 2008 avec grand orchestre au Cirque Royal. Forcément accompagnés de cordes, mais dans une formule plus ramassée qu'à Bruxelles, les deux hommes fringués comme des princes et en mode poseurs ont réveillé les Standing Next to Me et The Element Of Surprise, et repris, comme à l'époque, du Leonard Cohen (Is This What You Wanted remplace Memories) et le I Want You des Beatles. Ancien saxophoniste de Snoop Dogg, Kendrick Lamar, Ryan Adams et Lauryn Hill, le protégé de Flying Lotus (il est distribué par son label, Brainfeeder) est la figure montante d'un genre qui se cherche désespérément de nouvelles stars: le jazz. Agé de 35 ans, l'Afro-Américain sorti des quartiers chauds de Los Angeles a ramené sa coupe afro, ses baskets et ses potes virtuoses sur la scène de l'Auditorium (3 200 places assises) pour donner vie et souffle à The Epic, triple album qui prend en live des allures de grande célébration transcendantale. Fils spirituel des John Coltrane, Ornette Coleman, Albert Ayler et autre Fela Kuti, Washington a comme sa bande usé ses fonds de culotte sur les genres les plus divers. C'est sans doute ce qui rend son jazz aussi intéressant et contemporain. D'abord annoncé mystérieusement sur le site Web du Primavera, le grand retour des serial sampleurs (3.500 échantillons auraient été invités sur leur premier album) n'a pas du tout tenu ses promesses. Suite aux problèmes de visa qui ont bousillé tout plan et espoir de prestation live, les Australiens ont revu leur copie en dernière minute. "Thank fuck we had our vinyl with us", Jamie XX sauvant de leur propre aveu ce come-back en passant chanter son Good Times a capella. Seize ans après la sortie de Since I Left You, les Avalanches sortiront enfin le 8 juillet son successeur Wildflower auquel ont été conviés MF Doom, Danny Brown, Father John Misty, Toro y Moi ou encore leur compatriote Nick Cave. Même ce cinglé d'Ariel Pink figure dans le trailer Since They Left Us: What Ever Happened to the Avalanches? Il leur reste deux mois, jusqu'au Pukkel, pour se mettre en ordre avec l'immigration... Seuls les imbéciles (et peut-être les non-vénaux) ne changent pas d'avis. Après avoir glissé une chanson de Noël sous les sapins, James Murphy mettait en janvier fin aux rumeurs et annonçait officiellement la reformation de LCD Soundsystem dissous en 2011 après un concert gigantesque de trois heures au Madison Square Garden qui fit ensuite l'objet d'un documentaire et d'un album live. Après avoir lancé une campagne pour mettre en musique le métro new-yorkais, ouvert un bar et un restaurant, produit Arcade Fire et les Yeah Yeah Yeahs, Murphy a remis la machine en route et elle est toujours aussi bien huilée. Daft Punk Is Playing at My House, Tribulations, Yeah, Movement... Sans nouveau morceau mais redoutablement efficaces quand il s'agit de transformer une plaine de festival en dancefloor, le remuant groupe new-yorkais (qui aurait signé un contrat avec le producteur de concerts AEG Live pour plusieurs millions de dollars) a proposé à Barcelone ni plus ni moins qu'un best of. Et promis un nouvel album pour cette année.