OK, le quartier Nord, c'est pas "les tours de New York". Et par ici, la Se(i)nne a depuis longtemps disparu sous terre. N'empêche: comme dans le dernier single d'Angèle, Bruxelles n'a probablement jamais été autant chantée. L'office du tourisme se frotte les mains: le hashtag BX parle désormais aussi aux millennials.
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OK, le quartier Nord, c'est pas "les tours de New York". Et par ici, la Se(i)nne a depuis longtemps disparu sous terre. N'empêche: comme dans le dernier single d'Angèle, Bruxelles n'a probablement jamais été autant chantée. L'office du tourisme se frotte les mains: le hashtag BX parle désormais aussi aux millennials. Certes, la ville a toujours fait l'objet de cartes postales musicales. Aujourd'hui encore, celles du grand Jacques (1962) et de Dick Annegarn (1974) restent sans doute les plus célébrées. Dans les deux cas, la ville y est toutefois étrangement absente -coincée dans un passé rêvé dans le premier cas, tenue à distance par la nostalgie dans le second. Bruxelles est un fantôme. Au point même de s'évaporer. Stop anonyme sur un itinéraire de tournée (Bob Dylan, qui atterrit à Zaventem, depuis Rome, dans When I Paint My Masterpiece), passade cheap (Elton John, et son Just Like Belgium, en 1981), prétexte à rimes faciles (Men At Work qui, comme Dylan, fait sonner Brussels et muscles sur son tube de 1981 Down Under). Alors oui, au même moment, TC Matic chante Viva Boema. Mais c'est bien en reprenant Trénet (Route Nationale 7), que d'autres héros locaux, les Tueurs de la Lune de Miel, obtiendront un tube... En fait, il faudra attendre Stromae et la vague rap 2.0 du milieu des années 2010 pour que Bruxelles redevienne tendance. Et plus seulement chez les rappeurs qui ont toujours ancré leurs rimes dans les quartiers. D'Antoine Wielemans (Bruxelles) à Warhaus (Bruxelles), de Françoiz Breut (Dérive urbaine dans la ville cannibale) à Charlène Darling (Saint-Guidon), même la scène indie a embrayé...Pour son grand retour, Angèle a choisi d'envoyer une déclaration d'amour à sa ville: Bruxelles, et ses communes d'Ixelles, Laeken et même Saint-Gilles (on l'a aperçue récemment dans les tribunes du leader actuel de la Jupiler League). Une manière de réaffirmer ses racines, après avoir été emportée par le tourbillon du premier album et connu un hit international (Fever avec Dua Lipa). Le titre annonce en outre un deuxième disque qui assume ses belgicismes, jusqu'à son titre, Nonante-Cinq. Peut-être y a-t-il aussi une petite dose de superstition: après tout, Angèle Van Laeken avait commencé à éveiller la curiosité en reprenant le Bruxelles de Dick Annegarn. Elle donne ici sa version, en y glissant, audace suprême, des mots de flamand. Trop forte.Ça démarre au Sablon, file vers la Grand-Place, avant de remonter en bus jusqu'au Mont des Arts, et dans la cour des Musées royaux des Beaux-Arts. BruxellesVie a beau avoir des allures de carte postale, le morceau reste du Damso pur jus, cru dans le verbe, outrancier dans la métaphore. Quand le titre sort, en mai 2016, le Bruxellois vient de se faire signer sur le label de Booba -il a même accompagné le patron sur la scène de Bercy. Mais c'est bien sa ville que William Kalubi met à l'honneur. Il n'hésite pas à détailler son récit, réservant une table "chez Mère Malou", ou s'arrêtant au nightshop du coin pour acheter un pack de Gordon. Émêché, Damso ose tout, arrogant au point de balancer sa "pisse sur les Champs-Élysées". Un classique.Bien avant la déferlante rap de 2016, Scylla a pondu l'un des premiers hymnes fédérateurs de la ville. Avec son remix de BX Vibes, il invite la plupart des autres cadors hip-hop de l'époque. Sous la drache locale défilent notamment Gandhi, Rival, Convok, 13Hor, ou encore Psmaker, futur Isha. À noter que dix ans plus tard, au plus haut de la hype belge, Scylla sortira une suite. Intitulée BX Vice, produite par Katrina Squad, elle est accompagnée d'un clip qui multiplie les clins d'oeil (Roméo Elvis vient notamment rendre la couronne). Nostalgique, Scylla en profite pour revenir sur sa trajectoire têtue et sa relation contrariée avec sa ville -"je l'ai dans la peau alors qu'en vérité, je sais même pas si je l'aime". Étonnamment, il faut attendre 2010 pour voir l'Ostendu magnifique se pencher sérieusement sur sa ville d'adoption, en sortant l'album Brussld. Dieu (et l'Archiduc, son café de prédilection, sur la rue Dansaert) sait pourtant combien Arno est enraciné dans la capitale. Le célèbre "chanteur de charme" est autant attiré par l'ouverture et le cosmopolitisme de la ville, que par son chaos constant. C'est d'ailleurs précisément le thème d'une chanson bilingue, français-anglais, dédiée à "Linda, Mustapha, Jean-Pierre, Fatima, Michel et Paul". Si le morceau est loin d'être le meilleur du catalogue d'Arno, il résume bien son amour pour une ville ouverte comme une vieille p... (célèbre aphorisme d'Arno), et où "l'oignon fait la force".En 1991, les héros indie Galaxie 500 se séparent. Dean Wareham forme alors Luna, dont l'un des albums les plus connus reste Penthouse. On y retrouve notamment 23 Minutes in Brussels, long groove à guitares, illuminé par un solo de Tom Verlaine. Le titre est un clin d'oeil/hommage à 23 Minutes over Brussels, bootleg d'un live de Suicide. Devenu culte, l'enregistrement date du 16 juin 1978. Ce jour-là, Suicide fait la première partie d'Elvis Costello dans une Ancienne Belgique chauffée à blanc. Impatient et peu réceptif au punk synthétique du groupe, le public commence à huer. Au bout de quatre morceaux, Alan Vega se fait même piquer son micro par un spectateur. Il terminera Frankie Teardrop a cappella, avant de quitter la scène, furax. Il n'y sera resté que... 23 minutes. L'un des plus gros tubes de Roméo Elvis n'est pas disponible sur les services de streaming -hormis YouTube évidemment. Pour cause: la production est repiquée à l'Américain G-Eazy. Cela n'empêchera pas le morceau de devenir viral, inaugurant, avec le BruxellesVie de Damso, la vague rap noir-jaune-rouge. Une bonne partie de la scène bruxelloise se retrouve dans le clip: Caballero, auteur d'un couplet, mais aussi JeanJass, Zwangere Guy, L'Or du Commun, Seyté de La Smala, etc. Le morceau fait le trajet de BX à Paris. Ce qui, à l'été 2016, prend tout de même une drôle de résonance, alors que les cicatrices des attentats à Paris et Bruxelles sont encore vives. "On est serrés dans une caisse", détaille Roméo Elvis, avant d'annoncer: "Tu vas finir au Père-Lachaise..." "Ne me demande plus comment/J'ai pris racine/Sur tes pavé détrempés entre les rails de ton tramway". Si de plus en plus d'artistes français atterrissent à Bruxelles, Françoiz Breut est certainement l'une des premières à s'y ancrer. Cela fait maintenant plus de 20 ans que la native de Cherbourg y a élu domicile. Au printemps dernier, elle sortait son septième album, Flux flou de la foule, sur lequel on peut trouver le titre Dérive urbaine dans la ville cannibale. "À coups de pelles mécaniques frénétiques/les bulldozers au-dessus de nos têtes/défonçaient les chaussées décrépites/ ignorant les frêles, les mous, les neurasthéniques", chante la néo-Bruxelloise, décrivant une ville en mutation, trouée par les travaux permanents.