"La partie de la vie que nous vivons vraiment est très courte. Le reste se confond en inquiétudes, en suppositions et en souvenirs approximatifs..." Ainsi commence Mémoires de l'Homme Fente, biographie inventée d'un peintre bien réel, J.C. De Venty, que Vimala Pons gratifie d'un étrange pseudonyme d'artiste, Mikki Rappuleinen. Plus loin, traduisant ainsi les sentiments enfouis qui agitent le héros de son livre audio, elle dit encore: "Je n'ai pas envie d'être triste, parce que c'est plus facile et c'est moins drôle." Ça tombe bien: tiré du malayalam, son prénom, Vimala, traduit une idée de pureté, mais aussi celle que la fête est permanente et que la tristesse n'est jamais que de passage.
...

"La partie de la vie que nous vivons vraiment est très courte. Le reste se confond en inquiétudes, en suppositions et en souvenirs approximatifs..." Ainsi commence Mémoires de l'Homme Fente, biographie inventée d'un peintre bien réel, J.C. De Venty, que Vimala Pons gratifie d'un étrange pseudonyme d'artiste, Mikki Rappuleinen. Plus loin, traduisant ainsi les sentiments enfouis qui agitent le héros de son livre audio, elle dit encore: "Je n'ai pas envie d'être triste, parce que c'est plus facile et c'est moins drôle." Ça tombe bien: tiré du malayalam, son prénom, Vimala, traduit une idée de pureté, mais aussi celle que la fête est permanente et que la tristesse n'est jamais que de passage. Enfant sauvage à la beauté solaire, la trentenaire est née au sud-ouest de l'Inde, à Thiruvananthapuram, dans le Kerala, au mitan des années 80, d'un père voyageur et d'une mère hippie sur le retour. Durant dix ans, elle grandit là, en culotte et à pieds nus, à l'ombre des grands arbres tropicaux. De cette jeunesse à la Mowgli, Vimala Pons semble avoir conservé une liberté farouche et électrique qui irradie en accents funambules. Géniale artiste plurielle, elle vit désormais sur une péniche à Paris et adore se balader dans le plus simple appareil sur scène ou à l'écran. Formée au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, elle a aussi suivi un cursus circassien durant lequel elle s'est spécialisée en équilibre et en jonglage. Au cinéma, elle apparaît depuis quinze ans déjà chez la crème des réalisateurs français et chez les jeunes tenants d'un 7e art loufoque et décalé, souvent empreint de poésie et de douce fantaisie. On la croise ainsi aussi bien chez Bruno Podalydès (Adieu Berthe, Comme un avion) que chez Bertrand Mandico (Les Garçons sauvages, Ultra Pulpe), chez Baya Kasmi (J'aurais pu être une pute, Je suis à vous tout de suite) que chez Antonin Peretjatko (La Fille du 14 juillet, La Loi de la jungle). Dans le Mémoires de l'Homme Fente qui nous occupe, elle dit encore qu'il faut savoir "se défaire des rêves qui ne nous appartiennent pas". Les siens semblent bien à elle, même si elle fonctionne beaucoup par familles de cinéma. Alors qu'on la rencontre en septembre dernier à Deauville pour parler de son actualité et prendre le pouls de ses projets, elle confesse ainsi: "C'est vrai que j'ai toujours beaucoup fonctionné comme ça. Jusqu'il y a peu, je me disais que c'était bien de rester travailler avec le même genre de réalisateurs, parce qu'il me semblait que ça racontait aussi une chose pour leur cinéma de ne pas voyager dans plein d'endroits différents. J'étais très fidèle à des auteurs et à des univers très spécifiques. Mais c'est en train de changer. Je vois les choses un peu différemment aujourd'hui. Je me dis que ça peut être bien également de ne pas toujours rester fourrée avec ses amis, de faire des choses plus grand public par exemple et de voir ce que ça donne. Parce que peut-être aussi via ce biais plus mainstream, les gens feront le chemin inverse et s'intéresseront enfin aux films de Mandico, de Peretjatko. Peut-être que je pourrai aller les chercher avec des choses plus évidentes pour les amener vers des choses qui ont moins de visibilité. J'aime bien l'idée. On verra." Le cinéma n'est jamais très loin dans Mémoires de l'Homme Fente, dont elle aime très justement parler comme d'un film sans images. Pas étonnant quand on sait qu'elle se plaît souvent à écouter chez elle des longs métrages à l'oreille. Elle connaît ainsi quasiment par coeur, au seul son, La Vie aquatique de Wes Anderson, par exemple. Elle avoue, par contre, ne pas savoir qui est J.C. De Venty, l'artiste bien réel à l'origine de son nouveau projet. Simplement, l'un des tableaux de celui-ci, déniché dans une brocante, a servi de point de départ à une série de reproductions peintes par Julia Lanoë, alias Rebeka Warrior, la chanteuse de Sexy Sushi, de Mansfield.TYA et de Kompromat. Un jour, cette dernière demande à Vimala si elle n'aurait pas envie de créer une vente aux enchères imaginaire de ces toiles. L'idée fait son chemin et l'actrice-acrobate se retrouve à écrire la biographie fantasmée d'un peintre auquel elle invente des origines hongroises avant de poser sa voix sur un habillage sonore qu'elle gère entièrement seule. Sous-titré Mikki Rappuleinen, sa vie, son oeuvre, l'objet, d'une durée totale d'une cinquantaine de minutes, est aujourd'hui édité par le label indépendant Transcachette Tapes et commercialisé sous forme numérique sur Bandcamp. Découpé en deux faces (L'Enfance et La Quête) et 28 échantillons sonores, comme autant de tableaux fugaces d'une vie suggérée en mode impressionniste, il propose une expérience narrative peu commune au sein de laquelle ledit Mikki Rappuleinen est soumis, lors de la vente aux enchères de l'intégralité de son oeuvre en 1997, à trois moments singuliers dits de "l'expérimentation de la Fente". En résulte un ovni très libre et assez perché à la forme constamment dynamitée par des variations inattendues de ton, d'ambiance et d'humeur. Le tout arrosé d'humour et de mélancolie, et habillé de bruits de fond divers et d'une atmosphère musicale résolument synthétique. Cette réjouissante bio fictive n'est pas la première incursion de Vimala Pons dans le domaine de la création audio. En 2019, elle sortait ainsi déjà, en compagnie de son comparse circassien Tsirihaka Harrivel, un disque bourré de cuivres et d'électro sur le furieux label punk et joyeusement zarbi Teenage Menopause (les groupes JC Satàn, Violence Conjugale, Jessica93 ou Ventre De Biche, parmi d'autres) fondé par Elzo Durt et François Aptel. Intitulé Victoire Chose, celui-ci était pensé comme la BO de leur spectacle de music-hall GRANDE, succession échevelée de numéros exubérants, entre effeuillage décomplexé et lancer de couteaux. "Pour moi, cet album est indissociable du spectacle. Mais je trouve ça génial que les gens puissent accrocher sans même nous avoir vus sur scène. François de Teenage Menopause travaille chez Dassault, en fait. Il est réparateur d'avions de chasse. Du coup il gagne plein de fric qui lui permet de financer Teenage. Je trouve ça vraiment super. Et trop marrant." Fan de labels indépendants à la culture DIY façon Born Bad Records (La Femme, Frustration, Le Villejuif Underground), elle ne compte d'ailleurs pas en rester là. "Je m'apprête à sortir une fiction sonore sous la forme d'un EP de 20 minutes sur Warriorecords." Soit le nouveau label queer, transféministe, antiraciste et résistant de Rebeka Warrior. La boucle est bouclée. Mais l'actualité de la jeune femme ne s'arrête pas là. Retour au cinéma: en avril prochain, Vimala Pons sera sur les écrans à l'affiche de Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal, très ambitieux et singulier blockbuster à la française où elle joue aux côtés de Pio Marmaï, Swann Arlaud, Benoît Poelvoorde ou encore Leïla Bekhti. "J'ai l'impression qu'en France, aujourd'hui, on commence à avoir un peu épuisé le filon d'un certain cinéma héritier de la Nouvelle Vague. Les films d'appartement, qui en soi peuvent être passionnants hein je ne dis pas, on commence un tout petit peu à avoir fait le tour, quoi. Enfin, il me semble. Moi j'aime passionnément les films de genre. Je me retrouve beaucoup dans les multiples lectures qu'ils autorisent et dans un certain décollement de la réalité en général. Souvent, ils permettent d'être dans une espèce de premier niveau de lecture d'intrigue haletant, émotif, grand spectacle, et à la fois de pouvoir poser en filigrane des questions assez profondes, quasiment de l'ordre de la tragédie grecque. En 2014, j'avais déjà tourné dans le tout premier film de super-héros français, Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador. Mais bon, là on était toujours dans un esprit à la Rohmer. Avec Comment je suis devenu super-héros, je dirais qu'on est davantage dans un esprit à la Warner (sourire). J'ai vraiment l'impression qu'il est en train de se passer quelque chose dans le cinéma français, qu'il y a peut-être un début de changement de paradigme. Je pense notamment à ce très beau film récent de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic, L'Angle mort, où Jean-Christophe Folly joue un homme invisible. Ou à Claire Denis qui s'embarque dans une aventure de science-fiction avec High Life. Je trouve ça très intéressant. Et excitant." Pour ce rôle de flic droite et carrée évoluant dans un monde de justiciers et de supervilains, elle dit avoir, en amont, beaucoup revu de buddy cop movies emmenés par des duos de policiers que tout oppose. "J'ai beaucoup regardé L'Arme fatale, par exemple. Ce genre de films. Pour observer comment bougent les corps. En tant qu'actrice, j'ai autant de méthodes que de rôles. Et, surtout, autant de méthodes que de façons de tourner. Sur Comment je suis devenu super-héros, j'ai beaucoup visualisé les choses en termes de couleurs. Je me voyais comme une couleur assez droite, assez froide, qui venait contrebalancer quelque chose de beaucoup plus vif chez Pio Marmaï, mon partenaire direct à l'écran. Et puis je suis blonde platine dans le film. C'est con à dire mais ça m'a beaucoup aidée à rentrer dans le personnage. Comme je n'avais pas de superpouvoirs, au moins j'avais des super cheveux (rires). La dimension technique du film m'a beaucoup séduite. J'ai aimé jouer sur fond vert, par exemple. Parce que ça implique de déployer une imagination très proche de celle à l'oeuvre au théâtre en fait, où tu dois constamment te représenter des choses abstraites, qui n'existent pas." Et comme spectatrice, fan de films de super-héros, Vimala Pons? "Disons que je suis davantage Marvel que DC. J'aime l'idée d'un désamorçage permanent par l'humour. Après, je ne suis pas très cliente de tous ces films choraux qui multiplient les super-héros jusqu'à la nausée. Je trouve qu'il y a un truc de parade de cirque là-dedans qui fait que finalement tu ne peux jamais te concentrer sur la spécificité des superpouvoirs et donc sur la vraie névrose des personnages. Les Avengers, je regarde ça avec un certain plaisir malgré tout, mais j'ai quand même un peu de mal, j'ai l'impression que c'est surtout un boys band de types en collants. Je vois davantage le marketing derrière. Ça sent quand même le gros recyclage à plein nez et la fin d'une certaine inspiration."