Dans un moment-clé où les personnages observent les étoiles au-dessus de leurs têtes, la voix off nous dit: "Nous avions l'impression étrange que nous allions en arrière plutôt que d'aller vers l'avant." Film de science-fiction glacé, et anxiogène à plus d'un titre, High Life convoque les motifs obligés du genre pour mieux les retourner: chez Claire Denis, le monstre est à l'intérieur. Et son film, lente dérive d'un vaisseau-prison aux confins de la galaxie et de la folie, se lit comme une inexorable régression vers un état primaire, débarrassé de la morale. Il y a quelque chose de l'ordre de la transe, mais plus encore de l'hypnose, dans cet objet âpre, exigeant, difficile d'accès, où un Robert Pattinson blême et monacal domine de la tête et des épaules un casting singulièrement hétéroclite qui rassemble aussi bien André Benjamin, fondateur du groupe OutKast, qu'une Juliette Binoche fanatisée en véritable Spermula de l'espace, criminelle au vagin en plastique obsédée par l'idée de créer la vie. La figure du trou, qu'il soit noir ou pas, traverse High Life de part en part, film-trip à la beauté hantée qui culmine dans un grand final utérin.

De Claire Denis. Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mia Goth. 1h53. Sortie: 20/03. ***(*)

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